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Carte blanche: un besoin urgent d’un lieu de reconnaissance dédié aux enfants ayant vécu des expériences traumatiques répétées

Les professionnels de l’enfance en danger et spécialistes du trauma appellent à la création d’un lieu dédié à la reconnaissance des souffrances des enfants ayant vécu des expériences traumatiques répétées.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Il existe tout autour de nous un pouvoir méconnu. Un pouvoir qui peut être le premier pas vers la guérison pour des milliers d’enfants et d’adultes. Cette lettre est un appel à la société dans son ensemble, à la ministre de l’Enfance Bénédicte Linard et à la ministre de l’Aide à la jeunesse et de la Promotion sociale Valérie Glatigny en particulier, pour encourager à faire usage de ce pouvoir.

En 2020, les 14 équipes SOS Enfants ont reçu 6.257 signalements de maltraitance. Et c’est loin d’être une année exceptionnelle. Chaque jour, des enfants font l’expérience de la douleur causée par la maltraitance, les abus et la négligence à long terme, souvent derrière des portes closes.

Les terribles impacts de la maltraitance

Lorsque les enfants sont exposés à des expériences traumatiques répétées, celles-ci impactent leur corps et leur cerveau. Cela influence quasiment tous les aspects de la vie des enfants et des jeunes concernés. Cela rend les relations sociales plus difficiles, diminue l’estime de soi et la confiance en soi, génère des difficultés d’apprentissage, freine le développement et menace la santé physique (1). L’impact de traumatismes répétés durant le jeune âge peut affecter le comportement, les relations et la santé physique et mentale du futur adulte (2). Les survivants peuvent encore souffrir d’anxiété, de cauchemars et d’autres troubles psychologiques des dizaines d’années après les faits. Le stress toxique chronique causé par un traumatisme augmente aussi le risque de maladies auto-immunes, de maladies cardiovasculaires et de cancers (avec une corrélation encore plus élevée que celle entre le tabagisme et le cancer du poumon). En d’autres termes : un traumatisme non reconnu et non traité peut avoir des conséquences sévères sur la santé physique.

La solidarité, le meilleur antidote

Les personnes et la communauté qui entourent les survivants ont un rôle important à jouer dans le processus de guérison qui suit de pareilles expériences. Comme l’explique l’experte en traumatismes Judith Lewis (3) : « La solidarité d’un groupe (de personnes victimes de traumatismes) est le meilleur antidote à une expérience traumatique. Le traumatisme mène à l’isolement. Le groupe recrée un sentiment d’appartenance. Le traumatisme génère de la honte et stigmatise. Le groupe écoute et rend valide. Le traumatisme rabaisse la victime. Le groupe la met sur un piédestal. Le traumatisme déshumanise la victime. Le groupe lui rend son humanité. »

L’importance d’un lieu de reconnaissance

C’est exactement pour ces raisons qu’un lieu de reconnaissance officiel et public dédié à toutes les personnes qui ont vécu des expériences traumatisantes répétées durant leur enfance représenterait une importante plus-value sociale. La reconnaissance peut voir le jour dans différents cercles concentriques de la vie des enfants : à l’intérieur du cercle des personnes proches qui partagent leur quotidien et sur qui ils peuvent compter, à l’intérieur du cercle plus élargi de leurs amis, de leur famille et de leurs connaissances, et à l’intérieur du grand cercle que constitue la communauté dont ils font partie.

Un lieu de reconnaissance dans ce cercle extérieur peut offrir une reconnaissance directe mais aussi faciliter indirectement la reconnaissance dans les autres cercles. Le silence et le tabou entourent encore les agressions à l’égard de l’enfant. Cette reconnaissance officielle des souffrances de l’enfant représente symboliquement le tiers nécessaire garantissant l’écoute, le soutien et la reconnaissance de sa parole. Il est ainsi reconnu que ces histoires sont injustes, douloureuses et se sont réellement passées. Ces expériences deviennent ainsi quelque chose que, en tant que citoyens, nous pouvons porter ensemble.

Appel aux Ministres

Cette lettre est un appel chaleureux aux ministres compétentes afin qu’elles contribuent à créer un lieu officiel, aussi reconnu par les autorités et la société, où les survivants peuvent se rendre et où leurs expériences trouvent un endroit qui leur est dédié, où ils peuvent découvrir les expériences d’autres survivants, où ils peuvent trouver de l’inspiration ou une aide concrète pour aller de l’avant malgré leur traumatisme. Un monument physique, comme il en existe pour les attentats du 22 mars ou du 11 septembre. Nous aimerions inaugurer ce lieu ensemble le 10 octobre de l’année prochaine.

Vous souhaitez être moteur de cette initiative ? Contactez hilde.boeykens@sos-villages-enfants.be

*Cosignataires : les formateurs de L’ASBL BIP (Institut belge de psychotraumatologie) ; Centre PEPS-E, Psychothérapie Et Pratiques Spécialisées- Emotions ; Le service Kaleidos (Projet Éducatif Particulier de l’Aide à la Jeunesse) ; Dr. Eva Kestens, psychiatre pour enfants et adolescents au Centre d’observation et de traitement (OBC) ter Wende-Espero et formatrice à la Child Trauma Academy ; Romina Cuadros Perez, psychologue, superviseure d’équipe au Centre d’observation et de traitement (OBC) ter Wende-Espero et formatrice à la Child Trauma Academy ; Mattias Bouckaert, directeur du Centre d’observation et de traitement (OBC) ter Wende-Espero ; Tim Stroobants, directeur Vlaams Expertisecentrum Kindermishandeling ; De 5 Vlaamse diensten voor pleegzorg ; Kristien Schoenmaeckers, ayant vécu une expérience traumatique, co-formatrice en pratiques de prises en charge sensibles aux traumatismes ; Melanie Dagnely, ayant vécu une expérience traumatique, intervenante en pratiques de prise en charge sensibles aux traumatismes ; L’ASBL Cachet, organisation par et pour les jeunes de l’aide à la jeunesse ; Dr. Sofie Crommen, psychiatre pour enfants et adolescents, Présidente de la VVK ; Dr. Stijn Umans, psychiatre pour enfants et adolescents, MFC Covida location Siekemkensheuvel et CIP Zonhoven ; Dr. Cindy Creemers, psychiatre pour enfants et adolescents, MFC Covida location Siekemshevel ; Dr. Jan Umans, psychiatre pour enfants et adolescents, MPC ter Bank, Groepspraktijk De Parelvissers ; Ludwig Cornil, EMDR-Europe trainer, psychotraumatologue NtVP et directeur Traumacentrum Zottegem ; Kim Lerouge, Psychotraumathérapie, EMDR trainer K&J i.o.

(1) Professeur Tarquinio, in Colloque Quantum Way, avril 2021. Les souffrances de l’enfance expliquent les maladies des adultes .

(2) Vincent Felitti (1998), Relations entre les expériences répétées d’adversité durant l’enfance et la santé mentale de l’adulte.

(3) Herman, J. L. (2001), Trauma and Recovery : From Domestic Abuse to Political Terror.

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