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A qui sera attribué le Prix Victor Rossel 2021 de littérature?

Temps de lecture: 10 min

Les cinq nominé.e.s de l’édition 2021 du Prix Victor Rossel de littérature sont sortis du chapeau des jurés. Le lauréat sera désigné le 27 octobre.

Chef du service Culture

Présidé par Pierre Mertens, le jury du 79e Prix Victor Rossel de littérature a choisi, mardi soir, quatre romanciers et une écrivaine parmi les 63 auteurs et autrices en compétition. Comme l’exige le règlement, ils et elles sont tous et toutes belges ou résident dans notre pays. Le jury se composait cette année, outre Pierre Mertens, des ancien.ne.s lauréat.e.s Hedwige Jeanmart, Caroline De Mulder, Ariane Le Fort, Thomas Gunzig, Michel Lambert, ainsi que du critique littéraire du Soir, Jean-Claude Vantroyen, et des libraires Agnès Leroux et Simone Arend.

Le jury a délibéré de la qualité de chacun des titres de la sélection pendant une heure et demie, avant de resserrer les débats autour d’une quinzaine de livres dont l’écriture et la créativité soulevaient un enthousiasme partagé. Parmi ces romans dont le sort méritait d’être discuté en profondeur figuraient La malédiction des mots , un livre sur la survivance d’Evelyne Guzy, Le fils du Matador, une mise en abyme du déracinement signée Francisco Palomar Custance, ou Une Sœur, la révélation d’un secret de famille par Pascale Toussaint.

L’intelligence de Charly Dewart dans l’exploration du fantasme de la résurrection de son Grand Lézard, ou le savoir-faire d’Emmanuelle Dourson dans Si les dieux incendiaient le monde, ont également retenu brièvement l’attention du jury. Le portrait de la société bourgeoise de Ces enfants-là, un roman de Virginie Jortay, la méditation d’Isabelle Michiels sur le vieillissement dans La dernière vague, Une Fêlure , d’Emmanuel Régniez, ou Vent debout , d’Aurélie Giustizia, ont été écartés au seuil de second tour, qui a permis de faire émerger six titres.

Un vote à bulletins secrets a été nécessaire pour s’accorder sur le choix des cinq finalistes. S’en aller, le livre attachant de Sophie D’Aubreby, a échoué d’un cheveu aux portes de la nomination. A noter que parmi les cinq auteurs et autrices retenus, trois ont déjà été finalistes lors d’une édition précédente du Prix Victor Rossel : Giuseppe Santoliquido, Zoé Derleyn et Philippe Marczewski.

La cérémonie de remise des prix du 27 octobre rassemblera, pour la première fois cette année, les lauréats de l’ensemble des prix Victor Rossel de littérature et de bande dessinée.

Chapitre

Zoé Derleyn

L’intrigue. L’eau du titre est l’environnement favori de la narratrice, 11 ans, plongée dans l’étang jusqu’à la taille dès le début de ce premier roman. Elle est chez ses grands-parents et cherche à comprendre quel est leur rapport avec le monde, à partir de quoi elle se construira peut-être le sien. C’est, au fond, bien mystérieux. La grand-mère entretient un dialogue silencieux avec un livre à couverture rouge qu’elle emporte tous les dimanches pour une messe qui, la seule fois qu’elle y est allée, n’a pas convaincu la petite fille. Le grand-père, malade et près de la fin, est à la fois partage et autorité, strict sur certaines choses, très ouvert sur d’autres. Quant à l’absence plutôt bienvenue de la mère, elle convient à la narratrice, qui ne veut pas être arrachée à un paradis personnel où Dirk la fait frémir.

La réaction. « Le Prix Rossel, c’est chaque fois une très belle sélection. En faire partie, c’est un honneur. Et c’est vraiment du bonheur, ça me fera une belle journée. »

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Thomas Lavachery

L’intrigue. C’est l’histoire d’Henri Juel, devenu veuf, et qui, à 60 ans, repart à zéro, joyeusement, dans un petit village. Au café, il rencontre les figures locales, dont la tenancière et le maire, et s’intéresse de près à trois hommes un peu condescendants qui collectionnent des cailloux aux formes rares glanés dans la nature. Et Henri n’aura de cesse de faire partie de ce cercle. Il commence dès lors à collecter lui aussi des cailloux aux formes d’animaux ou de personnages au cours de ses promenades. Ce livre est une proposition d’ouverture à autre chose que la vie comme elle va, il parle d’art et de nature, des gens, du quotidien et du merveilleux. Et Lavachery dessine avec délicatesse.

La réaction. « On est toujours très content d’être sélectionné. C’est d’autant plus important que c’est mon premier roman “vieillesse”, moi qui écris surtout de la jeunesse, et c’est un bel encouragement pour cette nouvelle aventure littéraire. »

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Philippe Marczewski

L’intrigue. Tchacatchac tchacatchac. C’est au rythme chaloupé de la cumbia que danse ce dense roman. Une musique qui enivre, secoue, déstabilise et emporte le narrateur, sans que son corps ni son esprit ne puissent s’y opposer. C’est qu’il est sans qualité, ce narrateur, dont on ne saura jamais le nom. Un homme perdu, dont le simple plaisir est d’aller barboter dans le bassin du parc tropical proche de la destinataire des livraisons « en mains propres » que lui impose son bureau. Des livraisons qui l’emmènent plus loin, à Madrid puis au Pérou. L’homme est ainsi poussé comme la bille d’un flipper, toujours à la recherche du corps tropical parfait, mais se rendant compte, petit à petit, que la réalité n’est pas l’exotisme des brochures touristiques et que l’Amazonie n’a rien à voir avec le parc tropical de sa ville du Nord et qu’il est, dans son inertie, le pigeon idéal des méchants de toutes sortes.

La réaction. « Formidable, merci. Ça fait très plaisir. »

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Giuseppe Santoliquido

L’intrigue. Chiara, 15 ans, a disparu d’un petit village italien. La télévision s’empare du fait divers local et le transforme en un feuilleton national qui tient le pays en haleine. Sous les regards extérieurs portés sur une communauté au fonctionnement de laquelle ils ne comprennent rien, les secrets intimes continuent à ronger les habitants, en particulier Sandro, le narrateur. L’enquête se nourrit des éléments apportés par les deux dimensions, et s’en trouve tout autant perturbée. Elle constitue le fil principal d’un récit qui tient en haleine par sa construction rigoureuse et ses rebondissements. Mais elle est aussi le support d’une réflexion menée de manière souterraine sur le fonctionnement d’une société tout à coup exposée aux commentaires les plus impertinents, au sens étymologique du mot.

La réaction. « Je suis vraiment ravi. J’ai un lien particulier, affectif, avec le Rossel. J’ai été sélectionné deux fois dans les cinq finalistes, pour L’Audition du Docteur Fernando Gasparri et pour L’inconnu du parvis, et cela m’a à chaque fois boosté. »

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Antoine Wauters

L’intrigue. Mahmoud Elmachi, le vieux poète, a chanté autrefois les louanges du lac près duquel il vit et où, souvent, il plonge. Il faisait ainsi allégeance au président el-Assad, le père de l’actuel président syrien, et en éprouve quelques remords. Ceux-ci ne sont rien cependant en comparaison de la douleur de l’absence. Les femmes aimées, Leila et Sarah, ne sont plus là. Reste le paysage, menacé d’effondrement, et la poésie, menacée pour sa part d’inutilité. Déchiré entre le désir de vivre encore des instants de plénitude, comme le sauvetage d’un papillon à la surface du lac, et la proximité d’une fin matérialisée par un grain de beauté qui grossit, Mahmoud Elmachi traverse des sentiments contradictoires dont le roman en vers s’imprègne en même temps qu’il nous transporte vers une autre culture.

La réaction. « C’est vraiment chouette, merci de me l’annoncer. Le Prix Rossel est un prix qui compte et je suis donc extrêmement heureux de figurer parmi les finalistes. »

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Vinciane Moeschler, Prix Rossel 2019: «Ce prix, c’est un baume sur notre travail»

Vinciane Moeschler fut la lauréate du Prix Victor Rossel 2019 avec Trois incendies, paru chez Stock. Dans son roman se répondaient les destins de trois femmes traversant trois générations et trois guerres. Pierre Mertens, qui présidait le jury, avait déclaré n’avoir jamais vu la guerre du Liban traduite avec autant de « profondeur et de sincérité ».

Vinciane Moeschler, vous avez gagné le prix Rossel avec Trois incendies. Pouvez-vous revenir en quelques mots sur ce livre et sur votre univers ?

En tant que journaliste, j’avais réalisé pour la RTBF un documentaire sur les femmes reporters de guerre et je trouvais le sujet passionnant. C’est de là qu’est né Trois incendies, qui parle de trois femmes et de comment la guerre se transmet d’une génération à l’autre. C’est un livre qui aborde différentes questions, comme la guerre au Liban, la transmission intergénérationnelle, la manière dont les femmes traversent les époques et les sociétés. Je parlais de l’avortement et des traumatismes. Ce n’est pas forcément un thème récurrent dans mon travail, celui de la guerre. Mais j’écris souvent autour de la question des blessures qui affectent les êtres, la fragilité du monde. Dans mon dernier livre, par exemple, je parle de ce qui est en marge.

Qu’est-ce que le prix Rossel a changé dans le rapport qu’avait le public à ce livre ?

J’ai vécu sa sortie un peu comme une déception. Dans ce livre, j’abordais des sujets que je trouvais assez poignants. C’est un livre qui s’étale sur trois générations avec une structure compliquée, polyphonique. Mais le livre est vraiment passé dans l’indifférence totale, donc j’étais super déçue. Et quand mon livre a été nominé pour le Prix Rossel, et qu’ensuite il l’a obtenu, j’ai eu l’impression qu’on lui donnait une seconde vie. Pour être tout à fait honnête, on parle de « Goncourt belge », mais, en matière de ventes, ce n’est pas spectaculaire non plus. Néanmoins, ça a fait de la lumière sur ce livre que j’avais mis plusieurs années à écrire. J’aimerais aussi dire que je ne suis pas belge, même si ma mère l’est et que je vis ici depuis vingt ans. J’ai des passeports français et suisse. Le Prix Rossel, c’était comme un petit cadeau d’intégration que m’a offert la Belgique.

Quelles opportunités peut apporter ce prix ?

J’ai reçu plus de propositions de commandes. J’ai réalisé, par exemple, une fiction radiophonique pour Musiq3. La consigne était de s’approprier une musique, j’ai pris L’Apprenti sorcier, de Paul Dukas. Ils avaient proposé l’exercice à plusieurs auteurs et je pense que s’ils m’ont choisi, c’est aussi parce que j’avais reçu le Prix Rossel. On m’a également demandé, pendant le confinement, d’écrire une lettre sur un écrivain et j’ai choisi Albert Camus. J’ai pu faire plus de presses, plus de rencontres avec les libraires et plus de passages radio. Paradoxalement, d’ailleurs, ce prix m’a mise dans une situation délicate. Je ne suis pas forcément très sociable. Et d’un coup, je me retrouvais à devoir défendre ce livre avec des interviews. Mais même si ce n’est pas facile, c’est important de savoir partager ce que l’on fait. Finalement, le Prix Rossel nous permet de sortir un peu du lot. Ça fait du bien. C’est un petit baume qu’on passe sur notre travail.

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4 Commentaires

  • Posté par Restons Optimistes , jeudi 14 octobre 2021, 18:05

    ""A qui""?? Sans intérêt ces bouquins!

  • Posté par Christian BOULET, jeudi 14 octobre 2021, 8:38

    Celle qui ne gagnera pas sera vraiment une écri.vaine !

  • Posté par Restons Optimistes , jeudi 14 octobre 2021, 22:03

    J'ai mis le temps à comprendre-excellent MDR!

  • Posté par Rouvroy Franck, mercredi 13 octobre 2021, 16:17

    Si Le soir commence à écrire des articles en écriture inclusive, c'est sûr, j'arrête mon abonnement !!!

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