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Arlette Vincent a fui le tumulte du monde

L’ancienne animatrice du « Jardin extraordinaire » est décédée à l’âge de 89 ans. C’est une page de l’histoire de la télévision belge qui se tourne.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Il y a un peu de ça : d’un côté, le passé, de l’autre l’Histoire, et alentour, quelques fragments de présent.

Arlette Vincent, décédée à l’âge de 89 ans, appartenait au passé de la télévision belge. Un passé déjà lointain : l’ancienne animatrice de la RTBF avait quitté le petit écran, à l’heure de la retraite, en 1991, après trente-sept années de carrière. Un passé glorieux surtout où, pendant quelques années, elle fit partie de la première équipe de speakerines de la télévision belge, aux côtés de Janine Lambotte et Monique Moinet, décédée l’année dernière. Les speakerines, espèce aujourd’hui disparue de la petite lucarne, étaient, à l’époque, les vraies stars de la télévision, elles qui assuraient le lien entre les programmes, jusqu’à ce que la RTBF décide, en 1994, de se passer de leurs services.

En noir et blanc

Le passé de la télévision, c’est aussi le noir et blanc, qu’Arlette Vincent a connu à ses débuts, entrée à l’Institut national de la radiodiffusion (ex-RTBF), puis passée à Radio Luxembourg. C’est sur ce mode qu’elle apprend son métier à la télévision, notamment en œuvrant comme présentatrice au moment de l’Exposition universelle de 1958, mais aussi en participant à des émissions comme Contraste, La Preuve par Quatre ou Cinéscope. En noir et blanc aussi qu’elle fait ses débuts, en octobre 1965, à la présentation d’une nouvelle émission intitulée Le Jardin Extraordinaire.

C’est là que commence l’Histoire, où on peut dire aussi qu’Arlette Vincent a laissé sa trace. Quand, en janvier 1971, il est question pour la RTBF de tourner la page du noir et blanc et d’adopter définitivement la couleur, c’est, en pionnier, Le Jardin extraordinaire qui essuie les plâtres, avant même le Journal télévisé, qui n’y viendra que deux ans plus tard. A l’écran, il y a déjà Arlette Vincent, Maryse Mayaudon et Edgar Kesteloot, conseiller scientifique de l’émission. Ils y resteront jusqu’en 1991, avant que l’heure de la retraite ne sonne pour celle qui considérait le Jardin comme son « bébé vert ».

Des animaux sur le plateau

Déjà alors, la longévité de l’émission, et son succès, étonne. Dans le paysage télévisuel, Le Jardin extraordinaire est un des programmes qui, tôt, introduit la dimension environnementale, à une heure de grande écoute. Singularité : dans les premières années, des animaux vivants étaient parfois conviés sur le plateau ! L’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, s’est souvenu de ces heures dans l’hommage rendu à l’ancienne animatrice, « certainement une des personnalités les plus populaires de la RTBF, dans le sens noble du terme. L’annonce de son décès ravive les souvenirs de moments partagés en famille à la découverte émerveillée du monde animalier et de la nature. Elle laisse dans son sillage l’empreinte de son savoir-faire, de sa courtoisie ».

Interrogée en 1991 au sujet de la longévité de l’émission, elle disait, au Soir, ne pas en connaître les raisons : « Je crois que cette émission rencontre des préoccupations des gens : l’environnement, les animaux… Le jardin extraordinaire semble avoir une importance affective pour les Belges, sans doute parce qu’il s’agit d’un programme familial. Les gens m’arrêtent dans la rue en me disant : “C’était le seul jour où, enfant, je pouvais regarder la télévision.” Il y a sans doute un goût d’enfance dans ce lien qui s’est tissé. »

Classe, intelligence et charme

Visage familier de la RTBF, Arlette Vincent avait aussi présenté l’émission Plein Jeu pendant quelques années, délaissant alors pendant quelque temps le Jardin, avant de le retrouver, jusqu’à son départ forcé à la pension. Tout fringant encore, en 1991, François de Brigode avait résumé sa collègue en trois mots, qui auront émaillé sa trajectoire professionnelle : classe, intelligence et charme.

Depuis 30 ans, Arlette Vincent était retirée, au vert, dans le Brabant wallon et donnait libre cours à sa passion pour la peinture. « L’œil glisse tellement vite sur tout (…). Il faut apprendre à prendre le temps de s’asseoir et de respirer un grand coup pour se sortir du tumulte du monde », confiait-elle à La Libre, en 2003.

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4 Commentaires

  • Posté par lambert viviane, vendredi 22 octobre 2021, 2:31

    La classe, l'intelligence, le charme... Tout ce qui a manqué à Claudine B. qui lui a succédé. J'ai cessé dès lors de regarder "Le jardin extraordinaire ". Merci infiniment, chère Madame, pour tout le bonheur que vous avez donné aux téléspectateurs.

  • Posté par lambert viviane, vendredi 22 octobre 2021, 2:31

    La classe, l'intelligence, le charme... Tout ce qui a manqué à Claudine B. qui lui a succédé. J'ai cessé dès lors de regarder "Le jardin extraordinaire ". Merci infiniment, chère Madame, pour tout le bonheur que vous avez donné aux téléspectateurs.

  • Posté par Desmet Marc, jeudi 21 octobre 2021, 21:01

    Merci Lady Arlette, quelle classe!!! Des merveilles avec peu de moyens, maintenant de la M... avec des millions (pas le jardin qui reste au TOP)

  • Posté par Van de Vijvere Véronique, jeudi 21 octobre 2021, 18:42

    Que de souvenirs....merci Arlette !

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