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Procès des attentats de Paris: un rescapé se suicide deux ans après, «la 131e victime du Bataclan»

Les juges d’instruction ont retenu 130 victimes d’assassinats terroristes lors des attentats de Paris et Saint-Denis. Pour les proches de Guillaume, il est « la 131e victime du Bataclan » après s’être suicidé deux ans après les attaques.

Temps de lecture: 4 min

Rescapé du Bataclan, Guillaume Valette a mis fin à ses jours le 19 novembre 2017. Au procès des attentats du 13-Novembre, ses proches ont souligné mardi les blessures psychiques insurmontables et rendu hommage à la « 131e victime » des attaques à Paris.

S’approchant lentement de la barre à l’aide d’une béquille, Alain Valette s’assoit face à la cour d’assises spéciale de Paris. Il est là pour raconter le 13 novembre 2015 de son fils « qui n’est plus là pour le faire », dit-il sobrement.

Ce soir-là, Guillaume assistait au concert d’un de ses groupes préférés, Eagles of Death Metal, au Bataclan. Lui qui « détestait la violence » s’est retrouvé en plein chaos, « enfermé deux heures » avec un « amas de corps », entendant les « cris des blessés ». « Il en est sorti vivant et physiquement indemne, mais profondément atteint sur le plan psychique », retrace son père.

« Il n’a pas reçu de balle dans le corps, mais des balles psychiques qui l’ont progressivement tué », « comme une gangrène sur une jambe blessée », poursuit Alain Valette, chevelure blanche et costume sombre. En récupérant Guillaume « couvert de sang, glacé, exténué » la nuit du 13 novembre 2015, ses proches ont « tout de suite compris qu’il y aurait un avant et un après Bataclan ».

L’après « se découpe en deux périodes », précise Alain Valette. Une première où son fils a présenté tous les symptômes du stress post-traumatique, une seconde où ce stress « s’est transformé en un délire hypocondriaque et en dépression majeure ». La « première alerte » remonte au 8 juillet 2017 : Guillaume « se réveille brusquement dans la nuit en hurlant ». Sans vouloir avouer à sa famille les raisons de ce cauchemar. « Il a commencé à être persuadé qu’il était atteint d’une maladie grave voire mortelle », souligne Alain Valette. Il s’adresse à tous les spécialistes « et à chaque fois il n’y avait rien puisque c’était dans sa tête ».

Le cas de Guillaume Valette « s’aggrave sérieusement » en août, ses parents « impuissants » décident de le faire hospitaliser en psychiatrie à la fin du mois. Il change de structure en octobre, mais reste « dans son délire », passant par exemple une IRM thoracique, raconte son père.

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Le 19 novembre 2017, six jours après le deuxième anniversaire des attentats, Guillaume Valette se pend dans sa chambre d’une clinique psychiatrique du Val-de-Marne, à l’âge de 31 ans. Dans une lettre, il évoque un prétendu « cancer de l’œsophage » qu’une autopsie « confirmera ».

« Les psychiatres ont compris trop tard », déplore Alain Valette. « Toutes ces blessures psychiques, ces blessures invisibles devraient être mieux comprises, mieux appréhendées ». « Guillaume s’est suicidé parce qu’il a été blessé gravement. Il n’a pas eu le choix », lance à son tour Christophe Valette, décrivant son frère comme un passionné de musique, fidèle à ses convictions, un jeune qui « idolâtrait ses parents ».

Après avoir écouté les autres parties civiles, notamment cette « dame qui a besoin de se faire couler un bain pour avoir deux secondes de tranquillité » ou ceux qui « prennent des cachets comme des céréales », Christophe Valette met en garde sur « la réalité de ces blessures profondes ». Guillaume était « un blessé de guerre » et « aurait dû faire l’objet d’un traitement spécifique », estime sa mère Arlette, dans un témoignage lu à l’audience par un autre de ses fils.

« Le terrorisme ne l’a pas tué le soir du 13 novembre 2015 », mais « à petit feu », ajoute-t-elle. Elle a choisi que soit projetée une photo de son fils souriant, prise devant le Louvre en 2014, qui représente « les jours heureux ». « Toute notre vie, nous nous demanderons ce que nous aurions pu faire pour éviter cette issue fatale », écrit encore la mère de Guillaume Valette.

Pour ses proches, il est « la 131e victime du Bataclan ». Les juges d’instruction ont retenu 130 victimes d’assassinats terroristes lors des attentats de Paris et Saint-Denis. Les proches de Guillaume Valette ont été « reçus à l’instruction comme parties civiles en tant qu’ayant droit d’une victime décédée », a précisé à l’AFP en marge de l’audience leur avocate, Claire Josserand-Schmidt. Elle entend demander « à la fin de l’audience pénale » à la cour qu’elle requalifie la tentative d’assassinat dont a été victime Guillaume Valette en assassinat.

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