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Sur la voie de l’action en faveur du climat

La présidente de la BCE lance un appel aux dirigeants présents à la COP26 et insiste sur le rôle que les banques centrales ont à jouer dans la politique de réduction des émissions carbone.

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

La conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) qui se tient cette semaine à Glasgow est une occasion unique de tracer la voie vers un monde neutre en carbone. L’élimination des émissions de carbone est le seul moyen d’éviter que le changement climatique ne prenne une ampleur catastrophique. La transition doit avoir lieu assez rapidement pour nous permettre d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris, et le temps nous est compté. Cependant, il n’est pas encore trop tard.

Des trajectoires crédibles de transition verte

La transition comporte, certes, des coûts, mais elle nous ouvre également des perspectives. Les progrès technologiques ont permis une forte baisse du coût de l’énergie solaire, devenue ainsi l’une des sources d’énergie les moins onéreuses dont nous ayons jamais disposé. D’après l’Agence internationale de l’énergie, plus de la moitié des réductions supplémentaires des émissions nécessaires pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris pourraient être réalisées sans aucune hausse des prix de l’électricité pour les consommateurs (1).

Cependant, nous ne pouvons pas, à l’heure actuelle, dépendre uniquement de sources d’énergie renouvelables. En outre, dans certains secteurs, la technologie n’est pas encore assez avancée. Nous ne savons pas exactement dans quel état seront nos économies dans trente ans ni comment le changement climatique modifiera nos vies à l’avenir.

Une telle incertitude peut être paralysante, notamment lorsque s’y ajoute la croyance erronée que nos actions individuelles n’ont aucun effet ou qu’il est déjà trop tard. Et pourtant, nous pouvons tous apporter notre pierre à l’édifice et chacun d’entre nous a un rôle à jouer.

Ainsi, les banques centrales ont appris au cours des dernières décennies qu’un objectif crédible d’inflation peut contribuer à guider les anticipations dans l’ensemble de l’économie. De la même façon, les pouvoirs publics peuvent aider les ménages et les entreprises à prendre des mesures pertinentes et coordonnées pour limiter le changement climatique en leur fournissant des trajectoires de transition claires et crédibles. Des jalons clairs sur une route longue et éprouvante rendent le voyage plus facile.

Certaines de ces trajectoires de transition nécessitent une tarification du carbone reflétant pleinement ses coûts environnementaux et sociaux, aujourd’hui comme demain. Or, à l’heure actuelle, c’est loin d’être le cas. Qui plus est, 450 milliards de dollars de subventions explicites ont été versés en faveur des combustibles fossiles en 2020 (2). De fortes hausses des prix de l’énergie pouvant avoir des effets sur les plus vulnérables d’entre nous, nous devons réfléchir attentivement à la manière d’assurer une transition juste, dont les avantages sont équitablement partagés.

Ces trajectoires exigent également des avancées technologiques importantes et des investissements considérables en vue d’atténuer les effets du changement climatique. L’investissement public pouvant avoir un effet de catalyseur sur l’investissement privé, le secteur financier a un rôle de taille à jouer. Les établissements financiers devraient exposer, dans leurs plans de transition, les moyens par lesquels ils entendent s’adapter à un monde sans carbone. L’alliance financière pour des émissions nettes zéro (Glasgow Financial Alliance for Net Zero, GFANZ) (3) fait les premiers pas dans cette direction. La diffusion de données exhaustives, cohérentes au niveau international et vérifiables peut contribuer à garantir que les fonds soient affectés là où les besoins sont les plus pressants, tout en écartant le risque d’écoblanchiment (greenwashing).

La contribution de la BCE à la lutte contre le changement climatique

Les banques centrales ont elles aussi un rôle à jouer. Les effets des catastrophes naturelles et de la transition verte sur l’inflation se répercutent directement sur notre mission principale de maintien de la stabilité des prix. C’est pourquoi la BCE accorde une attention croissante au changement climatique (4), qui est également source de risques pour les banques que nous supervisons et pour le bilan de la BCE.

Et nous ne sommes pas les seuls à nous préoccuper du changement climatique. Quelque 100 banques centrales et autorités de surveillance financière du monde entier ont formé le Réseau pour le verdissement du système financier (Network for Greening the Financial System, NGFS) (5), qui vise à promouvoir la gestion des risques climatiques et environnementaux au sein du secteur financier et à mobiliser des financements pour soutenir la transition verte.

Hier, la BCE s’est engagée publiquement à contribuer, dans le cadre de ses responsabilités, à la prise de mesures décisives pour mettre en œuvre l’accord de Paris et atténuer les conséquences du changement climatique (6). La lutte contre le changement climatique était un élément important de notre récente évaluation stratégique (7), et nous avons adopté une feuille de route ambitieuse qui définit notre programme de travail (8).

Notre test de résistance climatique à l’échelle de l’économie révèle les avantages d’une action précoce sur les questions climatiques (9). Les coûts à court terme de la transition verte sont largement compensés par les avantages à long terme de la prévention de catastrophes onéreuses telles que les incendies, la canicule et la sécheresse. La définition d’étapes intermédiaires plus claires nous aiderait à progresser vers l’objectif de zéro émission nette de carbone en 2050.

Le chemin restant

Nous nous trouvons aujourd’hui à la croisée des chemins. La reconstruction de nos économies après les bouleversements causés par la pandémie nous offre la possibilité de décarboner nos activités. Ne nous laissons pas intimider par l’ampleur de la tâche : le chemin est déjà bien jalonné et nous savons où nous allons. La transition vers un monde neutre en carbone est la seule manière d’assurer un avenir meilleur à l’ensemble de l’humanité. Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry, « le moment est venu d’agir. Il n’est jamais trop tard pour faire quelque chose ».

(1) Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2021 (perspectives énergétiques mondiales 2021, disponible en anglais uniquement), 2021.

(2) Parry, I., Black, S. et Vernon, N., « Still not getting energy prices right: a global and country update of fossil fuel subsidies«  (« Les prix de l’énergie ne sont toujours pas corrects : mise à jour des subventions aux combustibles fossiles, dans le monde et par pays », disponible en anglais uniquement), Documents de travail du FMI, no 2021/236, Fonds monétaire international, septembre 2021.

(3) Site Internet de la GFANZ.

(4) Cf. , par exemple, Parker, M., « The Impact of Disasters in Inflation » (« Les conséquences des catastrophes naturelles sur l’inflation », disponible en anglais uniquement), Economics of Disasters and Climate Change, vol. 2, no 1, pp. 21-48, 2018 ; et Faccia, D., Parker, M. et Stracca, L., « Feeling the heat: extreme temperatures and price stability » (« La pression monte : températures extrêmes et stabilité des prix », disponible en anglais uniquement), Working Paper Series, BCE, à paraître.

(5) Site Internet du NGFS.

(6) «  The ECB pledge on climate change action  » (« L’engagement de la BCE en matière de lutte contre le changement climatique », disponible en anglais uniquement), BCE, novembre 2021.

(7) Groupe de travail sur le changement climatique, «  Climate change and monetary policy in the euro area  » (« Changement climatique et politique monétaire dans la zone euro », disponible en anglais uniquement), Occasional Paper Series, no 271, BCE, septembre 2021.

(8) (« La Banque centrale européenne présente un plan d’action visant à inscrire les questions liées au changement climatique dans sa stratégie de politique monétaire », communiqué de presse, BCE, juillet 2021.

(9) Alogoskoufis, S. et al., «  ECB economy-wide climate stress test  » (« Test de résistance climatique de la BCE à l’échelle de l’économie », disponible en anglais uniquement), Occasional Paper Series; no 281, BCE, septembre 2021.

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