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Espace EuroMed: quand l’Union européenne se contente du service minimum

Le Processus de Barcelone qui réunit 12 pays de la Méditerranée dans un partenariat avec l’UE a 26 ans. Le bilan de la politique européenne est plus que mitigé.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Chaque année, en novembre, nous fêtons l’anniversaire du Processus de Barcelone qui en 1995 réunit 12 pays de la Méditerranée (1) dans un partenariat avec l’Union européenne pour faire de cette région un espace de dialogue, d’échanges et de coopération garantissant « la paix, la stabilité et la prospérité ».

Aujourd’hui cette alliance a 26 ans. En ce mois anniversaire, je m’interroge sur son bilan général. Comme chaque année, ce constat m’apparaît en demi-teinte, à l’image de nos relations avec notre voisinage sud.

Si nous comparons avec le niveau d’ambition et l’intensité du dialogue de l’Union européenne avec ses voisin·ne·s de l’est, force est malheureusement de constater que notre politique envers nos partenaires du sud dresse un bilan bien médiocre. Par manque d’ambition et de volonté politiques et par faute de créativité institutionnelle, l’Union européenne semble s’être contentée du service minimum pour l’espace dit « EuroMed » ; un peu d’aide, beaucoup de discours lénifiants et surtout un accommodement avec une dérive autoritaire généralisée et une absence diplomatique flagrante face à des États et des peuples sombrant dans des crises politiques et économiques majeures comme la Tunisie ou le Liban, ou, pire, dans l’abysse du conflit armé dans le cas de la Syrie et de la Libye. Aussi, cette politique s’est avérée bien incapable de fournir une plateforme pour contribuer au règlement du conflit de la Palestine, où l’occupation demeure plus que jamais une source de violence et de désespoir persistants.

Une ouverture frileuse

Certes, l’UE ne peut être tenue responsable du tragique échec des élans démocratiques et des droits humains que le « printemps arabe » avaient soulevés, mais elle aurait dû faire sa part pour parler aux peuples et les soutenir, au-delà de leurs gouvernants autoritaires. Que dire du soutien frileux des Européen·ne·s fourni à la Tunisie ces dernières années, qui seule a su prouver que le monde arabe n’est pas condamné à un quotidien de répression et qui aujourd’hui malheureusement semble se trouver dans un entre-deux des plus inquiétants ?

Que dire de la grand-croix de la Légion d’honneur discrètement remise en décembre 2020 par le président français au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, ce militaire putschiste, notoirement critiqué pour les graves violations des droits humains dans son pays ? Comment expliquer aussi le silence gêné des autorités françaises et espagnoles quand le logiciel israélien de cyber-surveillance Pegasus est utilisé sur leur territoire pour espionner et intimider des militant·e·s, journalistes et avocat·e·s et dont le seul tort est de soutenir les droits humains des Sahraoui·e·s ? Enfin, que dire de la crédibilité de la main tendue européenne quand des Etats européens, dont la France, ferment toujours davantage leurs portes aux étudiant·e·s, travailleur·euse·s et touristes du Sud ?

Les devoirs des Etats membres

Si la politique européenne de voisinage essaye de garder son cap, certes améliorable, mais toutefois assez pertinente dans son ensemble, ce sont les politiques nationales des Etats membres, qui doivent en faire plus pour s’inscrire davantage dans une approche commune européenne.

Notre voisinage sud mérite mieux que ce que nos dirigeant·e·s européen·ne·s leur ont donné ces dernières années !

Osons rêver d’une politique euro-méditerranéenne à la hauteur des aspirations actuelles de nos voisin·ne·s et des défis de demain. Je rêve pour nos deux rives d’un grand projet méditerranéen co-construit d’égal·e à égal·e, qui mettrait en avant le tissu social, la culture, l’environnement et des valeurs communes ; qui viserait les jeunes et les peuples, plutôt que les élites usées et délégitimées ; qui ferait de notre Méditerranée commune une mer d’échange et d’espoir, plutôt qu’un cimetière pour des migrant·e·s et leurs rêves.

Osons, rêvons, inventons ! Mettons toutes les compétences de nos diplomates à l’œuvre pour porter une ambition et une contribution décisives de l’Union européenne face aux crises répétées et aux conflits prolongés.

Le programme EU Med Dialogue financé par l’UE, organise ce mardi 16 novembre un débat à l’Atelier des Tanneurs à Bruxelles intitulé « La Méditerranée, notre destin commun : Une utopie historique ou une possibilité concrète ? » (2).

Ce débat réunira plus d’une centaine de participant·e·s des deux côtés de la Méditerranée. Il sera l’occasion d’échanger sur les défis actuels pour envisager un avenir partagé et aborder les enjeux régionaux de manière constructive et, peut-être, ensemble imaginer la Méditerranée comme une maison commune.

(1) Algérie, Chypre, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Autorité Palestinienne, Syrie, Tunisie et Turquie.

(2) Ce débat est ouvert au public, il se déroulera à l’Atelier des Tanneurs à Bruxelles partir de 17 h, l’inscription se fait sur base de ce formulaire.

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1 Commentaire

  • Posté par Dupont Vincienne, jeudi 11 novembre 2021, 13:44

    Bah, de manière réaliste, vu certains des pays impliqués, ce n'est pas étonnant que rien ne se passe.

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