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Les syndicats menacent de dégarnir les commerces alimentaires

Un mouvement de grève pourrait toucher les points de vente d’alimentation, supermarchés inclus, en cas d’échec des négociations entre syndicats et patrons des travailleurs qui font le pont entre magasins et fournisseurs. Le verdict est attendu ce mercredi…

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

Les commerces alimentaires, supermarchés compris, pourraient connaître des pénuries de marchandises dans les prochains jours. C’est en tout cas un risque clair en cas d’échec des négociations entre front commun syndical (FGTB Horval, CSC Alimentation, CGSLB) et patrons (Comeos et UCM), lors d’une « réunion de la dernière chance » (selon les syndicats) qui se tient ce mercredi après-midi. Le secteur concerné, qui est prêt à partir en grève d’un moment à l’autre, est celui de la commission paritaire 119. Celle-ci comprend les 40.000 travailleurs de l’ombre de 7.000 entreprises du secteur alimentaire, à savoir le personnel des dépôts de grandes enseignes mais aussi d’ateliers de commerces plus modestes, ainsi que les salariés actifs dans les criées. Pour faire simple, il s’agit des travailleurs qui assurent le lien entre les fournisseurs et les magasins. Et ces salariés sont fâchés.

« Durant les confinements, ils ont été reconnus – par le monde politique et par le patronat notamment – comme des travailleurs indispensables. Mais depuis le retour à une certaine normalité, ils ont repris leur place, celle de personnes qui n’existent pas », décrit Tangui Cornu, coprésident de la FGTB Horval (horeca et alimentation). « Ils ne sont plus entendus, à commencer par leurs propres employeurs. » Selon le représentant syndical, la base se sent non seulement incomprise mais aussi à bout physiquement, après des mois de labeur à grande cadence dans un secteur déjà exposé à une pénibilité grandissante avant la pandémie. Sur le terrain régnerait aussi un vif sentiment d’injustice, celui de ne pas être récompensé pour ses efforts durant la crise du covid, comme cela a été le cas pour le personnel des magasins.

Négocier par entreprise

Depuis septembre et à l’issue de huit tours de tractations, le front commun syndical constate qu’il n’a toujours pas obtenu de retour satisfaisant des patrons par rapport à ses revendications. Les représentants des travailleurs veulent une revalorisation salariale de 0,4 % pour 2021 et 2022, soit le maximum possible permis par la marge d’évolution des coûts salariaux fixée par le gouvernement fédéral. Ils souhaitent aussi l’octroi d’une prime corona de 500 euros à chaque salarié, une revalorisation des indemnités de déplacement en voiture alors que les prix des carburants s’envolent et des avancées nettes en matière de sécurité et de bien-être au travail.

« Mais la clé de voûte de nos revendications, c’est que des négociations soient possibles au niveau des entreprises », souligne Tangui Cornu. « A l’échelle sectorielle, il s’agit en effet de définir des conditions d’accord minimales, payables par toutes les entreprises. Or elles ne connaissent pas toutes les mêmes réalités et n’ont pas vécu la période covid de la même façon, selon qu’elles dépendent beaucoup de l’horeca ou de la grande distribution. » Les restos ont fermé, on le sait, tandis que les supermarchés ont connu des affaires particulièrement florissantes, à la faveur des confinements.

Prêts à débrayer

Que va-t-il se passer ? On imagine aisément que les deux parties – mais plus particulièrement le rang patronal – consentiront des efforts pour aboutir à un accord ce mercredi. Car à défaut, menace le front commun syndical, des arrêts de travail pourraient frapper immédiatement le secteur alimentaire. En effet, le préavis de grève déposé par les représentants des travailleurs est déjà arrivé à échéance et les syndicats sont fermement décidés à l’activer, mettant ainsi la pression maximale sur le banc patronal. Si ces actions devaient se concrétiser, elles pourraient avoir un impact assez rapide sur l’approvisionnement de nombreux magasins d’alimentation. Comprenez : des rayons dégarnis, voire vides.

Que pensent les patrons de cette perspective, ainsi que des revendications syndicales ? A ce stade, ni Comeos, ni l’UCM, contactés par Le Soir ne souhaitent pas réagir tant que les négociations ne sont pas terminées. Celles-ci étaient toujours en cours ce mercredi à 20 h. Et elles pourraient se poursuivre bien plus tard, au finish, vu les enjeux.

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11 Commentaires

  • Posté par eric biltiau, jeudi 11 novembre 2021, 10:31

    Il serait temps de mettre en équation "droit de grève" et "respect de l'autre". Au sein de l'entreprise, c'est entre eux que cela se passe et c'est logique d'y avoir un dialogue. Par contre, emme....r des personnes qui n'ont rien à voir avec leurs discussions et soit les empêcher de se rendre à leur boulot, de faire les courses, d'aller à l'école, etc....n'est pas compatible avec notre démocratie d'autant plus que ces "problèmes" sont parfois inexistants dans une autre région de notre pays.....Le droit de grève DOIT respecter également le droit des non-grévistes et ne pas polluer l'espace public par des actes malveillants.

  • Posté par Mauer Marc, mercredi 10 novembre 2021, 21:38

    C’est tout juste … pathétique !

  • Posté par Lecocq Jean-Louis, mercredi 10 novembre 2021, 19:48

    Le rayon Carapils étant vide ils seront les premiers emmerdés.

  • Posté par lambert viviane, mercredi 10 novembre 2021, 18:27

    Les syndicats ont bien raison. Les patrons UCM rt COMEOS s'en sont mis plein les poches, au mépris de leurs salariés. Qu'ils menacent surtout de bloquer l'essentiel : alimentation et produits d'entretien sur le long terme. Filtrage aux frontières !

  • Posté par J.-M. Tameyre, mercredi 10 novembre 2021, 18:37

    En Europe, la libre circulation des biens et services est garantie. J'irai m'approvisionner en France avec ma voiture de société. Avant de dire n'importe quoi, interrogez-vous : pourquoi en Belgique tout coûte en moyenne 10 à 20% plus cher qu'en France ? Et pourquoi la logistique Nivelles va s'installer 50 kms plus loin en Flandre après avoir viré 500 personnes. Ça va, le franc commence à tomber ?

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