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«Fragile»: le tube qui fâche les autorités chinoises (vidéo)

Se moquer de Pékin peut briser une carrière. Deux artistes en ont fait leur argument de vente.

Temps de lecture: 3 min

Vue plus de 30 millions de fois sur YouTube, la chanson «Fragile» a réussi un exploit: devenir un succès commercial tout en dénonçant les dirigeants autoritaires chinois.

Dans le secteur de la Mandopop, la pop chantée en mandarin, se moquer de Pékin peut briser une carrière. Le rappeur malaisien Namewee et la chanteuse sino-australienne Kimberley Chen, qui vivent tous deux à Taïwan, en ont fait leur argument de vente.

Quelques jours après la sortie de cette chanson aux allures de pop sirupeuse, le mois dernier, les censeurs de Pékin les ont chassés de l’internet chinois, les mettant à l’index sur le principal marché mondial en mandarin.

Mais le titre est devenu un tube ailleurs en Asie et dans la diaspora chinoise sur la planète.

Voici les cinq manières dont les deux artistes se moquent de la Chine.

Petit rose

«Fragile» sonne comme une ballade à l’eau de rose mais les auteurs l’accompagnent d’un avertissement clairement politique: «fais attention si tu es un rose fragile».

Une référence à l’expression «petits roses» désignant en Chine l’armée de commentateurs nationalistes sur Internet qui font la guerre à tout ce qu’ils perçoivent comme un affront.

Le rose domine dans le clip, y compris pour les habits de Namewee et Chen. Un panda géant, référence explicite à la Chine, danse en salopette en imprimé treillis rose.

Le refrain entêtant demande pardon à une personne qui est fragile et n’accepte aucune critique.

NMSL

Dans une piscine vide rose, on voit Namewee se battre avec le panda géant et chanter «tu me dis NMSL quand tu te mets en colère».

L’acronyme, omniprésent dans les querelles en ligne entre nationalistes chinois et leurs cibles, vient de «ni ma si le» («ta mère est morte» en chinois).

L’an dernier, il avait été détourné lors d’une bataille rangée sur le net entre Thaïlandais et Chinois après des propos d’une célébrité thaïlandaise sur le coronavirus. Des internautes thaïlandais avaient créé une série de memes viraux caricaturant les nationalistes chinois en automates tapant instantanément «NMSL» dès qu’ils repèrent un sujet de désaccord en ligne.

Pommes et ananas

Namewee explique que le personnage de sa chanson «avale la pomme et coupe l’ananas».

Le premier fruit se réfère au journal hongkongais pro-démocratie Apple Daily, fermé après le gel de ses actifs et l’arrestation de ses dirigeants au nom d’une loi sur le sécurité nationale.

Le second fait allusion à la récente décision de Pékin d’interdire, à l’approche de la récolte, les importations d’ananas depuis Taïwan, île dotée de son gouvernement mais revendiquée par la Chine. Les consommateurs taïwanais et japonais ont pallié l’interdiction en achetant les surplus.

Soupe de chauve-souris

La chanson évoque les Chinois et leur «désir pour les chiens, les chats, les chauves-souris et civettes».

Le panda géant du clip offre à Namewee une marmite de soupe où flotte une chauve-souris en peluche, allusion transparente à l’idée, largement démentie, que la consommation de chauve-souris est à l’origine du coronavirus.

L’origine de la pandémie reste inconnue et a été plus difficile à cerner, selon l’Organisation mondiale de la santé, en raison de l’opacité officielle de la Chine.

Mais le cliché de la «soupe de chauve-souris» a souvent été utilisé contre les Chinois et les communautés asiatiques dans le monde pendant la pandémie, dans le cadre d’attaques et d’insultes racistes.

C’était l’un des éléments relevés par les médias d’État chinois quand cette chanson, jugée «malveillante» par le quotidien étatique Global Times, a été inscrite sur la liste noire.

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