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Forte pression politique pour la vaccination obligatoire, De Croo n’y croit pas

Le ministre-président wallon, Elio Di Rupo, annonce qu’il mettra le point sur la table du Codeco ce mercredi.

Temps de lecture: 3 min

Le consensus politique en faveur de la vaccination obligatoire pour tous grandit d’heure en heure. A la veille du Codeco de ce mercredi, le président du PS, Paul Magnette, a répété dans Sud-Info son plaidoyer en faveur de la vaccination obligatoire, et pas seulement pour le personnel soignant, invoquant la disparité des mesures entre Régions, « cette politique du plic ploc que la population ne comprend plus ». Dans la foulée, rapportait l’agence Belga, le ministre-président wallon, Elio Di Rupo (PS), a également fait savoir qu’il voulait mener ce débat sans tarder, et qu’il mettrait dès lors ce point sur la table du Comité de concertation ce mercredi.

Mais les socialistes francophones ne sont pas les seuls à plaider pour l’obligation vaccinale. Ils ont désormais un allié de poids en la personne de Frank Vandenbroucke, l’influent ministre fédéral de la Santé, lui aussi socialiste (Vooruit). Après avoir, jusqu’à tout récemment, émis des doutes quand à la mise en place, sur le terrain, de cette obligation, il a déclaré ce lundi y être favorable.

Du côté des verts, la vice-Première Groen, Petra De Sutter, s’était elle aussi dite ouverte au débat dès lundi. Comme elle, le vice-Premier Ecolo, Georges Gilkinet, prône le débat. « Je ne suis pas en faveur d’une division de notre société. Rendre le CST accessible uniquement via vaccination ou certificat de rétablissement n’est pas, selon moi, une bonne idée car cela rendrait de facto la vie impossible aux personnes qui ont fait le choix de ne pas se faire vacciner. Si on parle alors de la vaccination obligatoire des adultes, je suis en faveur d’une décision claire, éclairée par les avis scientifiques utiles et transparents pour tout le monde. Pour que le débat puisse être mené correctement, je vais demander demain qu’un avis soit transmis le plus rapidement possible sur la faisabilité juridique de la mise en œuvre de la vaccination obligatoire des adultes eu égard au stade de développement du virus et des vaccins. »

Les chrétiens flamands semblent également alignés. C’est en tout cas la position du ministre de la Santé, Wouter Beke. Et, au MR, la vice-Première, Sophie Wilmès, est d’accord d’ouvrir la discussion, sans que la position du MR sur le fond ne soit connue à ce stade.

Seule exception connue dans ce concert, le Premier ministre fédéral en personne, Alexander De Croo. Il défend la position inverse. Il nous l’avait déjà annoncé en septembre, « on ne va pas mettre les non-vaccinés en prison ». Il l’a répété ce mardi matin en marge d’une visite de la Sonaca. « Je pense que c’est une fausse bonne idée. Ce qu’il faut, c’est convaincre les gens de se faire vacciner. » Il estime qu’en pratique, il s’agit d’une mesure impossible à mettre en œuvre. Les partisans de cette thèse relèvent aussi le temps qu’il a fallu pour mettre en place le Covid Safe Ticket, ainsi que la vaccination des soignants. Et soupçonnent une partie du monde politique de plaider pour la vaccination obligatoire pour faire mine de contester d’autres mesures qu’ils ont pourtant acceptées en Comité de concertation.

Dans les faits, en tout cas, la décision de vaccination obligatoire, si elle doit être prise, ne le sera pas à court terme. Lors d’un Conseil des ministres restreint lundi soir, il n’y a pas eu de consensus en ce sens. Et si Elio Di Rupo remet le sujet sur la table, le débat pourrait être ouvert, mais la décision ne tombera pas ce mercredi, nous assure-t-on à plusieurs sources. Avant d’en arriver là, de nombreuses questions devront être résolues, y compris celle de la légalité d’une obligation vaccinale, ce qui explique que très peu de pays dans le monde ont passé ce cap. Mais la volonté politique de prendre cette direction devient massive en Belgique.

Obligation vaccinale: «Les soignants doivent montrer l’exemple, mais la population doit suivre»

A partir du 1er janvier, la vaccination devrait devenir obligatoire pour tous les soignants. Entre l’obligation de ne pas mettre en danger les patients et le caractère discriminatoire de la mesure, les avis divergent, même parmi les vaccinés.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Hier encore, la population les applaudissait à la fenêtre pour leur dévotion au front, exempts de toute protection. Aujourd’hui, ils sont la cible du comité ministériel restreint. Ils, ce sont bien évidemment les soignants. A partir du 1er janvier, la vaccination devrait devenir obligatoire pour tous ceux qui se cachent derrière cet ensemble hétérogène : médecins, dentistes, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants, sages-femmes, kinés, mais aussi logopèdes, psychologues cliniciens. Sont incluses également les pratiques non conventionnelles : homéopathes, ostéopathes, acuponcteurs et chiropracteurs. Cette obligation vaccinale concerne environ 500.000 travailleurs, parmi lesquels près de 89 % sont déjà vaccinés. En cas de refus, les 60.000 non-vaccinés perdront leur agrément et donc leur accès à la profession. Jusqu’au 1er avril, ils pourront bénéficier du chômage temporaire. Ensuite, ce sera le chômage classique.

Cette annonce n’a pas manqué de faire réagir les syndicats d’obédience socialiste et chrétienne du secteur non marchand. « Mettre le doigt dans une telle mesure, c’est mettre le doigt dans une atteinte aux droits des travailleurs », n’hésite pas à avancer le Setca. Tout en admettant que la question de la vaccination obligatoire est une responsabilité « purement politique », le syndicat socialiste soutient que cette question ne peut être sous-segmentée entre des catégories de personnes, en l’occurrence ici des travailleurs. « Je n’ai aucun problème avec la vaccination obligatoire de l’ensemble de la population. Mais là, on est en train de stigmatiser les professionnels du secteur. C’est discriminatoire et disproportionné », abonde Yves Hellendorff, secrétaire national CNE non marchand. « Nous avons dit au cabinet de Frank Vandenbroucke tout le mal que nous pensions de son texte. Notamment sur l’aspect des sanctions. Un point sur lequel son cabinet nous a garanti qu’il y aurait une réelle concertation avec les représentants des travailleurs et les syndicats sectoriels. Ce qui n’a pas été le cas. »

Responsabilité professionnelle

Sur le terrain, les avis sont plus dithyrambiques. Selon une enquête menée par l’Absym (l’association belge des syndicats médicaux), trois quarts des médecins généralistes sont favorables à la vaccination obligatoire des professionnels de la santé. En outre, deux tiers d’entre eux ne sont pas opposés à des sanctions en cas de refus.

Le président du Collège de médecine générale, Christophe Barbut, prône lui aussi la vaccination du personnel soignant. « Il n’y a pas la moindre ambiguïté de notre part. Après la lecture des dossiers scientifiques, notre but a toujours été qu’un maximum de gens se fassent vacciner », affirme-t-il. « Est-ce qu’il faut, pour cela, passer à une obligation vaccinale ? Cette décision relève du politique. A titre personnel, je déplore qu’il faille en passer par là. Pour un soignant, la vaccination relève de la responsabilité professionnelle. » Un avis que partage Patrick Werrion, kinésithérapeute en cabinet libéral et ancien président de l’Association de défense professionnelle des kinésithérapeutes. « Les professionnels de la santé doivent, à mon sens, donner l’exemple. »

Le président de l’Association belge des praticiens de l’art infirmier, Olivier Gendebien, est lui aussi pour l’obligation vaccinale. « La profession infirmière doit se baser sur la science, sur la prévention et sur la sécurité des soignants et des patients. Les soignants doivent montrer l’exemple, mais le reste de la population doit suivre. » Il regrette toutefois la manière dont la question a été amenée. « Les sanctions imposées pourraient mettre en péril la stabilité d’un secteur déjà sur les rotules. Il va être difficile pour un employeur de licencier 10 % de son personnel dans un secteur en pénurie. »

Défections dans les rangs

Infirmière à l’hôpital Saint-Luc, Manon est vaccinée, mais elle craint les retombées sur les conditions de travail. « Sur une équipe de quinze infirmiers, cinq sont absents et trois ne sont pas vaccinés. Les non-vaccinés veulent se réorienter et le métier n’attire plus personne. » Lucie, une infirmière dans un hôpital de la région liégeoise, parle d’atteinte à la liberté individuelle. « Si on oblige les soignants à être vaccinés pour protéger la population, pourquoi est-ce que l’on n’obligerait pas les patients à être vaccinés pour protéger également les soignants ? On est déjà sous-payés par rapport aux risques que l’on prend. On est sans cesse exposés à des dangers. Le gouvernement refuse de reconnaître le métier comme métier pénible, et il voudrait en plus de ça nous obliger à nous vacciner. C’est vraiment pour nous achever. »

Le syndicat chrétien a déjà annoncé qu’il couvrira par un préavis de grève « toute action collective qui se déclenchera dans les institutions de soins suite à la mise en œuvre de cet avant-projet de loi et des sanctions qui s’y trouvent ».

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74 Commentaires

  • Posté par El Cabron Nicolas, mercredi 17 novembre 2021, 15:18

    Selon les enseignements de la Cour européenne des droits de l'homme, le vaccin ne peut être rendu obligatoire que pour autant que son innocuité soit nulle ou quasi nulle ce qui n'est pas le cas de ce vaccin de première génération, il faut bien l'admettre. De Croo a donc raison et le PS le sait très bien mais cherche à caresser dans le sens du poil son électorat composé en grande partie d'individus fragiles et anxieux.

  • Posté par STORDIAU Pierre, jeudi 18 novembre 2021, 12:48

    "Selon les enseignements ... de IEL Capone Nicolas" ... et blah! Blah! Blaah!

  • Posté par Smyers Jean-pierre, mercredi 17 novembre 2021, 17:29

    Prout prout ma jolie.

  • Posté par curto calogero, mercredi 17 novembre 2021, 13:36

    La fiabilité des vaccins doit être de 100%, pour rendre la vaccination obligatoire, les effets secondaires, sont pas tous connue, et surtout pas metriser, sera possible si des nouvelles générations de vaccins plus fiable viennent sur les marchés, ils y a encore du boulot.

  • Posté par curto calogero, mercredi 17 novembre 2021, 13:31

    Les défenseurs de la démocratie aux service du capitalisme, les lobby Pharma, ils ont sûrement reçu des actions, Phifzer.

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