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Le prix Interallié à Mathieu Palain

Dans « Ne t’arrête pas de courir », l’auteur fait le portrait d’un champion délinquant et interroge leur relation amicale.

Temps de lecture: 3 min

Le prix Interallié renoue avec une vocation qu’il a souvent oubliée : couronner le roman d’un journaliste. Ne t’arrête pas de courir, de Mathieu Palain, est le portrait d’un homme complexe, par un auteur qui ne l’est pas moins et qui, dans ce deuxième ouvrage, se questionne lui-même au moins autant qu’il interroge son principal interlocuteur.

Le dialogue se passe la plupart du temps en prison : Toumany Coulibaly, champion de France du 400 mètres, a eu les honneurs des pages sportives avant de basculer dans celles des faits divers : il était aussi, et en même temps, voleur multirécidiviste. A peine ses pointes et sa médaille rangées, le soir même de son titre national, il enfilait une tenue de cambrioleur pour casser, avec quatre complices, une boutique de téléphones portables. Ce n’était pas la première fois…

Mathieu Palain s’attendait à un refus quand il a écrit à Toumany Coulibaly pour le rencontrer. L’hôte de la prison de Fresnes avait exprimé « très clairement son désir de ne plus avoir affaire à des journalistes ».

Une amitié prudente, sans cesse sur ses gardes

Dans sa lettre, il indiquait sa profession. Mais il parlait aussi de l’effort spécifique du tour de piste – « la pire des distances » – et de son propre vécu : « Je sais simplement, parce que j’ai passé ma vie à Ris, Évry, Grigny, Corbeil, qu’il y a des choses que les journalistes ne peuvent pas comprendre. Disiz La Peste a fait une chanson là-dessus, le “Banlieusard Syndrome”. Une histoire de spirale du mec de tess, le truc qui fait qu’on a beau chercher à s’enfuir, le quartier nous rattrape. » Comme il le prévoyait, il n’a d’abord pas reçu de réponse. Et puis, un an après, il a reçu un texto. Le contact était noué.

Les deux hommes, qui ont le même âge mais des parcours très différents, commencent alors à se voir, à se parler, à nouer une relation qui tiendra, comment le dire autrement, de l’amitié. Une amitié prudente, sans cesse sur ses gardes de part et d’autre, mais une amitié quand même. Le portrait du champion délinquant est nourri de cette proximité installée progressivement, du partage des expériences personnelles. L’ambiguïté ne sera jamais totalement levée, et Mathieu Palain ne comprendra même jamais ce qui l’attire dans ce destin brisé, dans d’autres destins brisés aussi : « Alors, pourquoi je fais tout ça ? Je ne sais pas. »

La digue est fragile entre celui qui respecte les règles et celui qui ne les respecte pas. « Protégez-vous », lui dira une psy attentive aux possibilités de failles. Mais c’est dans ces possibilités de failles que naît la dimension romanesque d’un récit par ailleurs très attentif à restituer la vérité d’un homme, jusque dans ses errements. Jusque, également, dans ses rêves de reconquête sportive, bien qu’ils apparaissent, à la lecture, plus proches d’une douce illusion que d’un éventuel retour au premier plan.

« Ne t’arrête pas de courir », Mathieu Palain. L’Iconoclaste, 422 p., 19 €, ebook, 13,99 €

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