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Contre une nouvelle bruxellisation, pour une architecture belle, populaire et durable

Dans une carte blanche parue sur notre site le 11 novembre, plusieurs experts en architecture et urbanisme remettaient en question la façon de « faire la ville » à Bruxelles, en regrettant au passage la résistance face à l’urbanisation des réserves foncières de la Région. Trois associations actives dans le secteur historique et architectural contrent certains de leurs arguments.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Un clivage s’installe en architecture entre les partisans autoproclamés du progrès et les autres, ceux qui voient leurs lieux de vie irrémédiablement disparaître sans pouvoir rien faire. D’un côté, une technocratie architecturale demande à ce que ses prérogatives soient encore augmentées, et se plaint d’être entravée par les règles, le personnel politique et les citoyens. Elle dit aimer la participation citoyenne quand elle va dans son sens. Par contre, quand les habitants contestent ses projets et se constituent en comités de quartier et en associations, ils sont taxés de « populistes » et de « conservateurs », affolés qu’ils seraient par la peur du changement. En tant qu’associations rassemblant un certain nombre de ces citoyens soi-disant réfractaires au changement, voici notre réponse.

Le 19e siècle nous a légué une capitale qui était parmi les plus belles d’Europe. Un siècle plus tard, brisée par l’architecture moderniste-mondialisée, nous en ramassons les morceaux. Bruxelles a changé, certes, et ce changement s’est avéré désastreux. Nous ne voulons pas d’une nouvelle bruxellisation.

Et pourtant, à l’heure où nous écrivons ces lignes, nos villes s’enlaidissent de nouveaux logements toujours plus médiocres et toujours moins durables. Sous couvert de crise du logement, on construit des parcs résidentiels affligeants de banalité et dépourvus d’emplois, on transforme les campagnes en vastes banlieue-dortoirs d’où la voiture est l’unique échappatoire, on densifie les villes à outrance en y faisant pousser des tours toujours plus hautes. Sous couvert de crise climatique, on érige des éco-quartiers qui n’ont d’écologique que le nom, truffés d’isolants chimiques et de béton, prétexte à une architecture internationale insipide et qui n’a pas vocation à durer plus de trente ans.

Comment parler d’écologie dans ces conditions ?

Si les crises du logement et du climat existent bel et bien, elles ne doivent pas servir de marchepied aux intérêts particuliers et ne doivent pas nous empêcher de réfléchir. En l’occurrence, que voulons-nous pour l’architecture de demain ?

Pour une architecture épanouie

Contrairement à ceux qui voudraient la figer dans les dangereuses théories fonctionnalistes du 20e siècle, nous voulons qu’elle renaisse et s’épanouisse dans le foisonnement des styles pré-modernistes qui ont gratifié le monde de leurs bienfaits : des villes, des villages tous différents et tous plus beaux les uns que les autres. Nous voulons qu’elle soit belle, bien sûr, car chacun – pauvre ou riche – se réchauffe auprès de la belle architecture.

Nous voulons qu’elle soit respectueuse du passé, qui est notre mémoire commune. À l’heure où les villes subissent une puissante pression immobilière, il est urgent de réhabiliter le patrimoine public désaffecté et d’y loger ceux qui sont sans cesse repoussés aux périphéries.

Nous voulons qu’elle soit durable – réellement durable ! – à commencer par la longévité du bâti : un bâtiment réellement écologique traverse les siècles et les matériaux qui le composent sont naturels et disponibles localement. Inutile de faire venir la pierre bleue de Chine lorsque nos carrières wallonnes en sont pleines ! Absurde de répandre le béton armé en millions de tonnes alors que nous disposons d’alternatives : la pierre, la brique, l’ossature bois etc. En plus de réduire l’empreinte environnementale de l’architecture, on pansera les plaies d’une économie moribonde et délocalisée en stimulant la production locale des matériaux et en formant des métiers de qualité.

Enfin, l’architecture de demain sera populaire. Nos concitoyens s’insurgent contre les nouveaux projets d’architecture car ils n’y trouvent pas leur compte. Entre les reliquats des années 1960 et la construction de bâtiments tous plus ennuyeux les uns que les autres, ils sont pris au piège. La peste ou le choléra : de quelle sorte de choix s’agit-il ?

Une enquête de grande ampleur à mener

Si nous voulons vraiment connaître les préférences architecturales des Belges, n’y allons pas par quatre chemins : posons-leur la question. Les enquêtes publiques existent pour cela. Nous demandons instamment aux pouvoirs publics de conduire une enquête de grande ampleur, sur le modèle des sondages qui ont eu lieu au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour s’informer de l’opinion des Belges sur les questions d’architecture. Ainsi nous colmaterons la brèche qui s’est ouverte entre les experts et les citoyens. Ainsi nous réconcilierons l’architecture et la démocratie.

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