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France: critiqué, le gouvernement se défend de lâcher ses pêcheurs face à Londres

Paris a assuré vendredi ne rien lâcher face à Londres dans son contentieux sur les licences de pêche, au lendemain de déclarations interprétées comme une capitulation par certains pêcheurs et qui ont déclenché une vague de critiques des candidats à la présidentielle.
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"Il n'y a ni renoncement, ni reculade. On continue à la fois la négociation et la pression. On demande le même nombre de licences", a assuré à l'AFP le secrétaire d'Etat aux Affaires européens Clément Beaune.

La France réclame toujours "entre 150 et 200 licences" et "maintient toutes les options ouvertes si le dialogue" n'aboutissait pas, a-t-il dit en référence aux différentes sanctions que pourraient décider Paris et l'Union européenne.

Alors que Paris peine à obtenir des droits de pêche, notamment auprès des autorités de l'île anglo-normande de Jersey, la ministre de la Mer Annick Girardin a évoqué jeudi un plan d'indemnisation pour les pêcheurs qui perdraient leurs licences pour les eaux britanniques. 

Ces propos ont provoqué la colère des professionnels, y voyant un aveu implicite par la France de sa "défaite" alors que le comité de pêche réfléchit "aux modalités d'une mobilisation dans les prochains jours".

Plusieurs responsables politiques ont aussi exprimé leur courroux en pleine campagne présidentielle, et alors que les relations franco-britanniques sont très tendues sur de nombreux sujets.

"Emmanuel Macron a capitulé" pour la cheffe du Rassemblement national Marine Le Pen. "Une honte", pour le communiste Fabien Roussel. "Scandaleux renoncement", "camouflet"...: les prétendants à la présidence sautaient sur l'occasion de critiquer Emmanuel Macron, probable candidat à sa succession.

L'ex-négociateur du Brexit et candidat à l'investiture LR à droite Michel Barnier a fustigé "la résignation" et "le renoncement" du gouvernement face à "la mauvaise foi" des Britanniques.

"Il y a eu une erreur de communication de Girardin et une mésinterprétation des pêcheurs", estime Elvire Fabry, politologue à l'Institut européen Jacques Delors.

Mme Girardin avait dès jeudi soir réaffirmé que "la priorité du gouvernement (était) d'obtenir des licences" post-Brexit sans que "cela n'empêche pas de prévoir l'avenir de la filière".

A Londres, la déclaration de la ministre française est passée totalement inaperçue et n'a pas provoqué d'euphorie antifrançaise dans la presse tabloïd.

"A mon sens, le message de Girardin était de montrer que tous les risques sont planifiés pour ne pas laisser les pêcheurs penser qu'il y avait un risque de +chute de la falaise+" si la négociation n'aboutit pas, estime Mme Fabry.

A Bruxelles aussi, l'épisode a laissé de marbre. "On parle plus du protocole irlandais (un autre point de friction entre l'UE et le Royaume-Uni, ndlr) que de la question de la pêche", relève Eric Maurice, responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman qui considère que la France n'est pas isolée.

"Tout le monde est bien conscient à Bruxelles et dans les Etats membres que c'est une question plus générale de respect par les Britanniques des accords Brexit", estime-t-il, "et tout le monde sait très bien qu'on est face à un partenaire qui ne respecte pas forcement sa parole".

Une chose semble sûre, Paris est pressé de régler le problème avant le début de sa présidence tournante de l'UE le 1er janvier, car il n'aura pas "d'énergie politique en trop à investir sur ce type de dossier", selon Mme Fabry. 

L'agenda de la présidence française est "très court, élection présidentielle oblige" et "sera concentré sur les trois premiers mois" et "il ne faut pas, comme le souhaite Boris Johnson, que cela accapare l'attention médiatique alors que les priorités des Européens sont ailleurs", juge la chercheuse.

"Prendre la présidence, ça veut dire être en charge de tous les dossiers sur la table, et donc, politiquement, techniquement, c'est toujours bien de pouvoir fermer un dossier compliqué et se concentrer sur le pilotage de l'activité de l'ensemble de l'Union", estime aussi M. Maurice.

Les pêcheurs, eux, veulent maintenir la pression: "Le temps des actes est venu", prévient le comité des pêches.

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