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Après le covid et les inondations, les directions d’écoles sont à bout pour mettre en place le Pacte d’Excellence

Le Conseil de l’Enseignement des Communes et Provinces (CECP) tire la sonnette d’alarme et tient à sensibiliser le gouvernement par cette carte blanche suite aux rencontres avec les pouvoirs organisateurs et les directions d’écoles, destinées à informer sur les décisions du séminaire des 1 et 2 octobre consacré à la dynamique de mise en œuvre du Pacte d’Excellence.

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

Les Pouvoirs organisateurs, les directions d’écoles et l’ensemble des équipes éducatives vivent des moments particulièrement difficiles depuis de nombreux mois. En effet, ensemble, depuis le début de la crise sanitaire, ils ont contribué à maintenir le plus possible les écoles ouvertes et ont déployé de nombreux dispositifs d’enseignement pour éviter autant que faire se peut le retard et le décrochage scolaires chez leurs élèves.

Dans ce contexte, les directions de nos écoles communales et provinciales, soutenues par leur pouvoir organisateur, ont dû mettre en place différents protocoles sanitaires complexes, pallier les absences des membres du personnel malades ou en quarantaine, piloter la mise en place de nouveaux dispositifs pédagogiques et ce, malgré les fermetures de classes ou d’écoles et encore bien d’autres choses. Au moment d’écrire ces lignes, rappelons que la situation reste complexe puisque la pandémie n’est manifestement pas encore derrière nous.

Au-delà, pour les pouvoirs organisateurs, les directions et leur équipe éducative dont les écoles ont été touchées par les inondations de la mi-juillet, les vacances d’été n’ont même pas pu rimer avec une phase de repos bien nécessaire. En effet, ces derniers ont dû, en priorité, remettre en ordre des salles de classe, reconstituer le stock de matériel scolaire, trouver des solutions pour rouvrir les portes de l’école le 1er septembre et, parfois même, organiser la rentrée scolaire dans d’autres lieux, de manière provisoire.

Dans le cadre de la mise en œuvre du Pacte pour un Enseignement d’Excellence, les directions d’écoles sont en première ligne pour porter les réformes et ce, depuis quelques années déjà. Leur métier a profondément évolué et leur responsabilité et leur charge de travail se sont profondément accrues. Parmi les mesures déjà réalisées on peut notamment citer la mise en place d’un nouveau modèle de gouvernance des écoles via l’élaboration de plans de pilotage et la mise en œuvre de contrats d’objectifs conclus avec le gouvernement ainsi que la mise en place d’une dynamique de travail collaboratif. Il s’agit de réformes majeures qui favorisent la responsabilisation et l’autonomie des acteurs dans une logique de reddition de comptes et qui sont les premiers pas vers une amélioration de la qualité de l’enseignement.

La plupart des pouvoirs organisateurs, des directions et des équipes éducatives reconnaissent les bénéfices que ces premières réformes ont déjà apportés. Ceci témoigne, s’il le fallait encore, de leur volonté de s’inscrire dans une dynamique d’amélioration de la qualité de l’enseignement. Néanmoins, ces réformes ont demandé beaucoup d’investissement de la part des directions qui ont été les principales porteuses de sens pour embarquer leurs équipes éducatives dans une dynamique de profond changement.

Tout en faisant face au cumul des difficultés, ces acteurs ont continué à relever tous ces défis

Il reste encore beaucoup d’autres mesures à mettre en œuvre ces prochaines années dans le cadre de la réforme du Pacte. Cette réforme étant systémique, les mesures envisagées ne peuvent faire sens et contribuer à l’objectif d’amélioration que si elles sont mises en œuvre dans une juste temporalité. La volonté de renforcer le plus rapidement possible la qualité de l’enseignement est partagée par tous les acteurs du Pacte comme par les membres du gouvernement. Le CECP partage cette ambition et ne souhaite pas s’écarter des équilibres du Pacte. Néanmoins, le nombre de mesures programmées durant la seule année scolaire 2022-2023 est particulièrement lourd.

Le CECP invite le gouvernement à prendre en considération la lassitude des directions et à entendre leur découragement, voire leur colère.

Si la grande majorité des directions partagent la nécessité de réformer l’école et l’ambition d’améliorer la qualité de l’enseignement, elles attirent quotidiennement notre attention sur leur besoin de soutien et leur demande de reconnaissance et estiment que le rythme de mise en œuvre de la réforme risque de devenir difficilement soutenable, au vu de leur état de fatigue et de celui de leurs équipes. Cela nous est également remonté de plus en plus largement par les pouvoirs organisateurs.

Il faut rappeler que le diagnostic qui a conduit à la réforme du Pacte indiquait, notamment, que les directions du fondamental ne disposent que de très peu de fonctions de supports administratif et éducatif.

Quant à la reconnaissance pécuniaire, celle-ci n’est pas du tout en phase avec le niveau de responsabilité et de la charge de travail sans cesse croissante. Certaines directions du fondamental doivent même exercer leurs missions tout en conservant encore une charge partielle de classe.

Le CECP ne peut qu’attirer l’attention du gouvernement sur la nécessité plus qu’impérieuse de reconnaître et de soutenir rapidement les directions, au risque de contribuer à amplifier une pénurie, déjà observable, pour cette fonction et de ne plus pouvoir s’appuyer sur ces acteurs clés dans la mise en œuvre de la réforme systémique du Pacte.

Les négociations sectorielles qui ont été entamées début 2021 pour la période 2021-2022 par le ministre-président du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), Pierre-Yves Jeholet (MR), aujourd’hui suspendues, doivent reprendre pour permettre de rencontrer ces revendications qui figurent dans le cahier revendicatif que le CECP a adressé au gouvernement.

Ainsi, le CECP revendique, pour les directions du fondamental, ordinaire et spécialisé :

– La création d’une fonction organique de directeur adjoint pour les écoles dont la population scolaire est importante et/ou à implantations multiples, la création d’une fonction organique d’éducateur, à l’instar des écoles secondaires, et la suppression de charge de classe pour les directions d’écoles de petite taille ;

– La revalorisation salariale des directions pour garantir une tension barémique suffisante à la hauteur des enjeux liés à la fonction et du renforcement des responsabilités engagées ;

– La concrétisation de la simplification administrative prévue par le Pacte, mais qui est effective et mesurable pour les acteurs de terrain.

En résumé, l’un des enseignements qui guide le Pacte est que si les moyens investis dans l’enseignement par la Fédaration Wallonie-Bruxelles sont importants, un déséquilibre structurel important existe entre le financement de l’enseignement fondamental et celui des autres niveaux et que, surtout, le fondamental est fondamental dans le parcours scolaire, et donc dans l’intégration de tous nos jeunes dans la société.

Si beaucoup de mesures ont déjà été mises en œuvre par les gouvernements successifs ces dernières années, principalement au niveau maternel, il n’en est pas moins incontournable qu’un renforcement des moyens des directions du fondamental s’avère essentiel au regard des enjeux de ce niveau d’enseignement.

Que nos décideurs soient bien conscients que sans les directions d’écoles, la mise en place des réformes programmées dans le cadre du Pacte sera impossible.

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1 Commentaire

  • Posté par Moriaux Raymond, dimanche 28 novembre 2021, 7:43

    Ici comme ailleurs, ceux qui travaillent (ceux qui sont là, pour commencer) en font de plus en plus pendant que et parque que les autres (ceux qui ne sont pas là, pour commencer) en font de moins en moins. Et ce, toutes autres choses étant égales par ailleurs, évidemment. Ici comme ailleurs, les syndicats et autres associations ne sont plus que des lobbies comme les autres ne trouvant plus d'autres réelle justification de leur existence que dans la contradiction pour elle-même. Pour eux comme pour d'autres, cesser de s'opposer, ce serait cesser d'être. Ici comme ailleurs, ils sont à cet égard parfaitement inscrits dans cette philosophie devenue stérilement complexifiante des "piliers" qui ne soutiennent plus rien mais fragilisent tout. Ici comme ailleurs, l'impression qui prévaut est que l'école n'est à certains moments et à certains endroits plus que la scène d'un (psycho)drame comme un autre, que les enfants n'y font alors souvent plus figure que de figurants et que notre projet pour eux n'en devient plus qu'un élément du décor.

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