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Prolonger Doel et Tihange, c’est le bon sens

La décision d’abandonner l’atome a été prise il y a près de 20 ans. Depuis, le monde a changé. Et le nucléaire reste le meilleur moyen d’y faire face sur un plan énergétique, plaide l’Association des ingénieurs civils de la Faculté polytechnique de Mons

Temps de lecture: 4 min

C’est à la fin de ce mois que la coalition « Vivaldi » prendra sa décision finale sur la sortie du nucléaire en Belgique. A quelques encablures de cette consécration aux conséquences lourdes pour tout un chacun, il est indispensable de revenir sur les circonstances dans lesquelles ce dossier a été construit puis porté sur les fonts baptismaux.

Ce débat, qui remonte au début du siècle, nous replonge à une époque presque révolue où l’euro venait d’être créé, où la mondialisation de l’économie ne faisait que s’amorcer timidement et où presque personne ne parlait de… gaz à̀ effet de serre.

C’est en effet le vendredi 1er mars 2002, que le premier ministre libéral Guy Verhofstadt, au terme d’une âpre négociation avec l’écolo Olivier Deleuze, annonçait « un accord sur un projet de loi organisant la sortie progressive du nucléaire à̀ l’horizon 2025 ». Un « marché à terme de vingt ans » engageant le destin électrique de onze millions de Belges ! Tandis que le citoyen, peu concerné par un horizon aussi lointain, pensait surtout à̀ son quotidien, le gouvernement transforma rapidement l’essai : en moins d’un an, le projet devint loi scellant l’avenir du nucléaire.

Depuis lors, près de vingt ans ont passé et c’est aujourd’hui, au premier ministre Alexander De Croo et à sa ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, qu’il revient de mettre en œuvre la loi de 2003.

Une position difficilement soutenable

Mesdames et Messieurs les politiques, on ne refait pas l’histoire. Votre position, qui pouvait peut-être se justifier il y a vingt ans, est, aujourd’hui, difficilement soutenable. Notre puissant voisin allemand, qui a fait, il y a dix ans et pour des raisons politiciennes similaires, le pari de la sortie du nucléaire, est aujourd’hui contraint de sacrifier le respect des recommandations climatiques internationales sur son autel du charbon et du lignite. Souhaitez-vous reproduire le fiasco de l’Energiewende ?

Vous voulez nous faire croire à l’intérêt d’abandonner à court terme une électricité nucléaire décarbonée au profit d’une électricité produite à partir de gaz importé émettrice de CO2. Ce gaz importé que vous semblez aujourd’hui idolâtrer et dont les cours ont atteint des sommets inédits au cours des dernières semaines va accroître nos émissions, briser notre souveraineté énergétique en nous rendant dépendants de pays dont la stratégie politique et les priorités commerciales sont plus que douteuses mais, surtout, renchérir significativement la facture énergétique des Belges les plus modestes.

Citons un autre argument pour défendre le fait qu’il nous est très difficile de nous passer du nucléaire : les industries lourdes sont grosses consommatrices d’hydrogène aujourd’hui produit par un procédé consommateur de gaz naturel et émetteur de CO2 ce qui le condamne à terme. Une alternative propre existe, l’électrolyse de l’eau, jusqu’ici peu utilisée parce que très consommatrice d’électricité. Si elle était retenue,

– ArcelorMittal à Gand (0,3 % de la production mondiale d’acier) consommerait la production d’une capacité de 2.000 MW (2 GW),

– la demande mondiale d’hydrogène (70Mt/an) exigerait une capacité de 570 GW soit près de 150 % de la capacité nucléaire mondiale de septembre 2021.

Bien que très coûteuse, cette voie semble cependant recueillir des suffrages. Si elle se concrétisait, il faudrait s’attendre à un marché mondial d’hydrogène tendu, voire spéculatif face auquel disposer d’une capacité nucléaire serait plus qu’un précieux atout. Aujourd’hui, Doel et Tihange nous apportent cet atout.

Un enjeu critique

Enfin, vous voulez nous faire adhérer à plus long terme à l’utopie d’un mix électrique de 100 % renouvelables, intermittents chez nous pour la plupart, alors que vent et soleil ne produisent, en moyenne, que pendant 20 % du temps et que, techniquement, la stabilité du réseau électrique n’est plus assurée quand la production instantanée desdits renouvelables franchit le seuil de 35 % de la puissance délivrée.

L’enjeu est critique :

– Pour assurer la stabilité de notre réseau,

– Pour assurer la couverture de notre consommation d’électricité qui va immanquablement croître au cours des prochaines décennies pour assurer la décarbonation de l’habitat, des transports et de l’industrie,

– Pour maintenir la compétitivité de notre outil économique et ne pas le rendre dépendant d’approvisionnements dont les prix resteront structurellement élevés, volatils voire déstabilisés par la spéculation,

– Pour éviter aux Belges les plus modestes de sombrer dans la précarité énergétique,

– Et, surtout, pour répondre à̀ l’urgence climatique, défi capital du XXIe siècle,

Il s’impose objectivement de maintenir les deux centrales nucléaires en Belgique !

Soyez pragmatiques, soyez de bon sens,

C’est cela qu’attendent les Belges, ni plus ni moins !

* Collectif d’Ingénieurs Civils, Président et Past Présidents de l’AIMs, Association des Ingénieurs Civils de la Faculté Polytechnique de Mons (Université de Mons, UMons) :

Charles Médart, Armand Henriette, Philippe Delaunois, Henri Chausteur, Jacques Hugé, Daniel Gauthier, Michel Vankerkem, Airy Wilmet, Anne Fiévez, Jean Philippe Draye avec la collaboration de Philippe Charlez.

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3 Commentaires

  • Posté par Lhermitte Jean-Yves , dimanche 28 novembre 2021, 11:59

    Le bon sens c est de remplacer les vielles centrales par des nouvelles.

  • Posté par Dagnelie Raphaël, jeudi 25 novembre 2021, 12:06

    Le gouvernement fédéral est à la botte des Ecolos

  • Posté par Dagnelie Raphaël, jeudi 25 novembre 2021, 12:06

    Le gouvernement fédéral est à la botte des Ecolos

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