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«La vérité sur la violence sexiste passe par l’éducation»

La violence sexiste est souvent mal comprise. « Elle n’est pourtant ni une fatalité ni partie inhérente d’une culture », écrit Helena Dalli, la commissaire européenne en charge de l’Egalité.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Aujourd’hui encore la violence à caractère sexiste n’est pas pleinement perçue comme un problème sociétal ; une part importante de la population européenne la réduit encore essentiellement à un problème domestique. Cette façon persistance de l’envisager n’est pas sans conséquence pour les victimes : elles préfèrent se taire, décident ne pas signaler les faits. Lorsqu’elles décident de s’exprimer, de signaler les faits, il arrive qu’on le leur reproche.

Les victimes sont encore trop souvent interrogées sur un supposé élément déclencheur – leur comportement ou leur tenue vestimentaire par exemple – comme si les auteurs des violences commettaient celles-ci pour une raison justifiable. Un tel déplacement du centre de l’attention n’est pas rare. En effet, 27 % des citoyens de l’Union européenne (UE) estiment qu’une relation sexuelle non consentie « peut être justifiée dans certaines situations ». Il s’agit pourtant d’un viol.

Rien ne pourra jamais justifier la violence à caractère sexiste et la violence domestique. Parvenir à une perception uniforme de cette problématique au sein de la société relève du défi, sachant à quel point de telles justifications sont parfois profondément ancrées dans nos cultures.

L’évolution des sociétés et la lutte contre les idées reçues concernant la violence à caractère sexiste nécessitent une éducation précoce, y compris une éducation sexuelle. Elles exigent d’investir dans une stratégie globale de « tolérance zéro à l’égard de la violence » dans le cadre des politiques publiques. Les mouvements sociaux tels que #MeToo se sont révélés être de véritables moteurs du changement.

#MeToo a aidé des millions de femmes à trouver le courage de se défendre et de faire entendre leur voix. La Commission européenne s’emploie quant à elle à renforcer la sensibilisation sur ces sujets à travers des campagnes telles que #SayNoStopVAW (« Dites NON aux violences faites aux femmes) et la campagne UNiTE menée par les Nations unies. Ce renforcement de l’attention accordée à la violence à caractère sexiste n’a que trop tardé, il est plus que temps de procéder à de nombreux changements.

Ces changements ne peuvent se faire sans les hommes, qui doivent être beaucoup plus nombreux à participer à cet effort. Car c’est ensemble que nous changerons le discours, avec la contribution de tous. Il est tout aussi important de prendre en compte les auteurs de violences, notamment pour empêcher les récidives. Trouver la bonne approche est ici essentiel. Les programmes ciblant les auteurs de violences doivent offrir une éducation plus large sur la violence à caractère sexiste et ses conséquences, et limiter les interventions médicales aux problèmes de santé mentale et de toxicomanie.

S’agissant de la protection des victimes, notre devoir est d’éviter toute victimisation secondaire, qui résulte en soi d’une mauvaise compréhension de la violence à caractère sexiste. Chaque État membre de l’UE doit investir davantage dans la formation des professionnels, y compris des juges, des services de police et des travailleurs sociaux afin de leur permettre, entre autres, de savoir poser les bonnes questions et de déceler les bons indices.

Le Réseau européen de formation judiciaire reçoit chaque année du budget de l’UE un montant de onze millions d’euros pour organiser des séminaires sur la violence à caractère sexiste et la violence domestique, l’exploitation sexuelle liée à la traite des êtres humains et les droits des victimes en cas de violence à l’égard des femmes et des enfants.

Notre compréhension de la violence à caractère sexiste doit rester en phase avec les nouvelles technologies. D’après une enquête réalisée en 2020 auprès de plus de 14.000 jeunes filles dans 31 pays, 58 % d’entre elles ont été victimes de harcèlement en ligne et 50 % affirment être harcelées davantage en ligne que dans la rue. Ces chiffres sont aussi révélateurs qu’inquiétants : ils n’ont fait qu’augmenter ces dernières années. La pandémie de covid et les confinements qui en ont résulté ont contraint bon nombre d’entre nous à se connecter en ligne soulignant ainsi le fait que nos réalités numériques doivent également faire partie d’un environnement en ligne plus sûr.

La violence à caractère sexiste survient chaque jour, et peut survenir partout : sur le lieu de travail, à l’école, dans la rue, en ligne… Elle nuit à la santé et au bien-être des personnes qui en sont victimes, elle entrave leur capacité à s’épanouir dans la société. Elle n’est pourtant ni une fatalité ni partie inhérente d’une culture. Elle peut et doit être évitée. La première étape vers l’élimination totale de cette violence consiste à la reconnaître pour ce qu’elle est. C’est ce que la Commission fera avec sa première proposition législative concernant la lutte contre la violence à caractère sexiste, la violence domestique et la prévention de celles-ci, prévue pour début 2022.

À l’occasion de cette Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, vous pouvez vous aussi apporter votre contribution à la lutte contre la violence à caractère sexiste. Faites preuve de vigilance face à ce réel problème, faites-en part à vos entourages personnel, social, professionnel. Défendez votre point de vue contre ce type de violence. Nous avons besoin du soutien de tous pour lutter contre ce fléau.

* Commissaire européenne en charge de l’Egalité

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5 Commentaires

  • Posté par collin liliane, vendredi 26 novembre 2021, 10:36

    La violence sexiste peut effectivement se produire partout. Mais il faut arrêter ce politiquement correct qui s'acharne à nier l'importance du facteur culturel: ce n'est pas partout dans les mêmes proportions. Il y a des pays où, au contraire de leurs frères, des filles ne vont pas à l'école, sont les servantes du foyer, sont excisées, violées, mariées de force (même à leur violeur), enceintes tous les deux ans, vendues, exécutées au nom de l'honneur de la famille, etc ...; et une religion permet même permis au mari d'être polygame et de battre son épouse pour la rendre obéissante. En réalité, le facteur culturel est prépondérant dans le sort réservé aux femmes.

  • Posté par Chalet Alain, jeudi 25 novembre 2021, 11:23

    Quitter cette vision à sens unique anti-homme ne peut se faire sans les femmes, qui doivent être beaucoup plus nombreuses à participer à cet effort. Car c’est ensemble que nous changerons le discours, avec la contribution de tous.

  • Posté par Chalet Alain, jeudi 25 novembre 2021, 11:13

    C'est bien de vouloir éliminer les violences dont sont victimes les femmes, mais pourquoi ne pas parler des violences dont sont victimes les hommes? Pourquoi ce battage médiatique malsain, car toujours à sens unique? Sans doute parce que les violences infligées à certaines femmes par des hommes sont généralement physiques, tandis que les violences subies par certains hommes de la part de femmes sont généralement plus psychologiques et souvent basées sur l'excitation pernicieuse du désir sexuel de l'homme, très différent de celui de la femme. Ou sur le chantage à la garde des enfants. Et malheureusement, notre société est trop peu évoluée pour admettre que ce type de violence féminine est au moins aussi grave et a des effets au moins aussi dévastateurs que la violence physique.

  • Posté par J.-M. Tameyre, samedi 27 novembre 2021, 20:14

    @Berthouze - Il suffit de vous lire pour comprendre que la violence que vous entendez combattre, je crois que c'est la vôtre propre. La plupart des hommes n'ont rien à voir avec votre histoire, votre vindicte et votre méchanceté.

  • Posté par Berthouze Pascale, samedi 27 novembre 2021, 8:19

    effectivement y a du travail !!! alors messieurs mettez une robe et vivez donc la vie de ces salopes qui excitent les pôves mecs qui ne peuvent que taper sur ces sorcières pour protéger leur intégrité et la beauté de leur queue (dans laquelle on trouve pêle-mêle leur cerveau, leur culture, leur courage) les mecs on en parle tous les jours ! sport, politique, art, loisirs etc....! une journé pour la femme ! y a effectivement du travail !! et je ne vous souhaite pas de renaître dans la peau d'une femme noire juive et handicapée

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