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Pourquoi l’épidémie repart, y compris parmi les vaccinés? L’explication de Marius Gilbert

Les communes avec un haut taux de vaccination sont celles où l’incidence de cas est la plus forte. L’épidémiologiste Marius Gilbert explique cette apparente contradiction par la baisse d’efficacité des vaccins dans le temps et la multiplication des contacts chez les personnes vaccinées.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Décidément, le coronavirus n’a pas fini sa mise à l’épreuve. Y compris des esprits les plus affûtés. Cela fait des semaines que les experts cherchent à comprendre des apparentes contradictions dans les chiffres alarmants du moment : selon les derniers rapports épidémiologiques de Sciensano, c’est dans les communes où le taux de vaccination est le plus élevé qu’on recense le plus de cas positifs (jusqu’à 680 en province d’Anvers les 14 derniers jours). Sur la carte, la Flandre-Occidentale en particulier est celle qui se teinte le plus majoritairement de bleu foncé (où l’incidence est la plus forte malgré 80 %, et plus par endroits, de la population totale vaccinée). Comment l’expliquer ?

L’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB) se fend ce jeudi d’un long thread sur Twitter pour analyser cette situation pour le moins complexe, sinon confuse. « Pour mieux comprendre les contradictions apparentes, il faut prendre en compte la différence entre taux de contacts des vaccinés et non-vaccinés et les différentes formes d’efficacité vaccinale », amorce-t-il. En d’autres termes, comme il l’explique au Soir, reconnaissant d’avance que ça va faire du bruit : « Les vaccinés contribuent davantage à la transmission que les non-vaccinés. » Est-ce à dire que les vaccins ne servent à rien ? Pas si vite.

Une protection qui s’estompe

Rappelons les fondamentaux : la vaccination reste hautement efficace pour la majeure partie des personnes contre le risque de forme sévère de la maladie. Les chiffres des hôpitaux le confirment : les admissions sont largement plus fréquentes chez les non-vaccinés. Mais c’est désormais un fait avéré, la protection donnée par les vaccins s’estompe dans le temps. D’où la nécessité urgente d’une troisième dose pour les personnes les plus fragiles ou exposées qui sont aussi parmi les premières à avoir été vaccinées. Et, plus globalement, pour l’ensemble de la population de plus de 18 ans, comme vient de le décider la France.

« La première chose à savoir, c’est que c’est l’efficacité vaccinale (EV) contre l’infection (être porteur) qui diminue le plus avec le temps depuis la vaccination, suivie de l’EV contre le risque d’infections symptomatiques (être malade), suivie enfin de l’EV contre le risque d’hospitalisations », campe d’emblée l’expert de l’ULB sur Twitter.

Dans ses tweets, Marius Gilbert rappelle aussi un autre constat en s’appuyant sur les enquêtes Comix de l’université de Hasselt  : les vaccinés ont en moyenne deux fois plus de contacts que les non-vaccinés. Ce qui contribue inévitablement à la propagation du virus à partir du moment où le vaccin n’empêche pas totalement la transmission. Avec la perte d’efficacité des vaccins au fil du temps, conjuguée à des températures hivernales qui nous confinent davantage à l’intérieur et le moindre respect des gestes barrières dû à un faux sentiment de sécurité, le moment fatidique arrive où l’augmentation du risque n’est plus compensée par le fait d’être vacciné. Et de ce fait, les communes les plus vaccinées deviennent celles où la transmission grimpe en flèche. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a par ailleurs relevé que le variant delta, plus contagieux, a réduit l’efficacité des vaccins contre la transmission de la maladie à 40 % (versus 60 % sur la souche originale).

Transmission aveugle

Mais alors, pourquoi l’incidence reste-t-elle plus faible chez les vaccinés que chez les non-vaccinés ? L’épidémiologiste avance ici aussi une piste d’explication, puisqu’on se fait principalement tester lorsqu’on est malade et que le risque d’être malade est plus fortement réduit par la vaccination que le risque d’être infecté. Autrement dit, comme on le sait depuis le début, la propagation de ce virus sournois se fait aussi par les personnes asymptomatiques et donc à bas bruit, y compris dans les communes les plus vaccinées.

Il y a donc une transmission aveugle qu’on ne détecte pas. Le delta (60 % plus contagieux que la précédente version alpha) circule donc activement, comme en témoignent les chiffres de Sciensano aptes à ne relever que les tests effectués : plus de 16.000 nouvelles contaminations par jour – avec un record absolu de 23.621 cas positifs ce lundi, soit plus qu’au plus fort de la deuxième vague, ce qui s’explique aussi en partie parce qu’on teste deux fois plus aujourd’hui (plus de 100.000 tests quotidiens).

La hausse constante du nombre de patients covid aux soins intensifs a de quoi inquiéter, qui frôlent à nouveau la saturation (686 lits actuellement occupés alors que, selon les projections de Sciensano, le seuil critique de 1.000 lits pourrait être atteint dans seize jours). Pour Marius Gilbert, on peut agir de deux manières : « D’un côté, en diminuant les taux de contacts potentiellement infectieux pour tout le monde (gestes barrières, masques, ventilation, mesures), de l’autre, en restaurant l’efficacité vaccinale contre le risque d’infection par une troisième dose. » Comme il l’explique sur Twitter, les données d’efficacité et de sécurité de cette dose additionnelle agissant comme un booster d’immunité s’accumulent, notamment en provenance d’Israël. Mais quant à dire si le schéma vaccinal préconisé sera similaire à celui de la grippe saisonnière (avec rappel annuel) ou à celui de l’hépatite B (avec un intervalle de six mois entre les doses et une troisième dose qui offre des effets durables), nul ne peut vraiment le dire pour l’instant. Les connaissances sur la question s’affinent au fil du temps, dans l’urgence pandémique actuelle.

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74 Commentaires

  • Posté par Delikovic Dogan, vendredi 26 novembre 2021, 3:15

    ''Les communes avec un haut taux de vaccination sont celles où l’incidence de cas est la plus forte''. Tout est dit ! L'ancien recteur de l'ULG, virologue de son état a affirmé ce jour ''qu'il n'y a plus AUCUNE DIFFÉRENCE entre la quantité de virus excrétée par une personne vaccinée et une personne non-vaccinée''. Pourquoi donc ce gouvernement d'irresponsables veut-il continuer à proposer la vaccination comme seule solution ? En entendant De Croo devant la chambre on se rend bien compte qu'il s'agit uniquement d'une posture idéologique : la maison brûle d'accord MAIS... on a le vaccin !!! Quelle stupidité sans nom. La maison brûle en effet mais rassurez-vous... on a des pompiers. N'empêche que la maison continue de brûler...

  • Posté par Rambeaux Paul, vendredi 26 novembre 2021, 9:09

    Voilà l'exemple même de type de désinformation que Bernard Rentier (et covirrationnel) est capable de faire, et franchement, c'est une honte. Je mets les liens à la fin, que chacun puisse vérifier que MOI je ne tronque pas les citations, contrairement à Bernard Rentier qui n'aura finalement pas manqué une seule connerie (ou malhonnêteté : rappelons-nous ses péroraisons en septembre 2020 nous expliquant que la 2ème vague, c'était une pure invention). Ce que dit l'étude (du Lancet) : "La vaccination réduit le risque d'infection par la variante delta et accélère la clairance virale. Néanmoins, les personnes entièrement vaccinées et néanmoins infectées présentent un pic de charge virale à celui des non vaccinés infectés et peuvent transmettre efficacité l'infection". C'est clair : si on est malade, on peut transférer; mais comme on n'est pas toujours malade, on transfère forcément moins souvent le virus, la première phrase de la conclusion le dit". Mais Bernard Rentier relaie l'étude du Lancet en ne citant que la deuxième partie. Et le neuneu de Crutzen, EVIDEMMENT, relaie les propos de Rentier en disant que c'est le Lancet qui le dit. Bref, la fabrique de la désinformation dans toute sa splendeur... De la part de celui qui prétend démonter le discours médiatique. A Vomir. Du coup, ceux qui s'en remettent aux désinformateurs tels que Crutzen et France-Soir, bin forcément, ils pensent que c'est TheLancet qui l'a dit...

  • Posté par Eygalieres Benjamin, vendredi 26 novembre 2021, 8:45

    Parce que la vaccination reste efficace. Quand vous lisez un article allez jusqu au bout. En voici un autre qui donne un exemple chiffré mais à lire jusqu au bout lui aussi https://www.rtbf.be/info/dossier/epidemie-de-coronavirus/detail_derriere-les-chiffres-plus-d-infections-au-coronavirus-dans-les-communes-plus-vaccinees?id=10885954

  • Posté par Bouram Cedric, jeudi 25 novembre 2021, 23:32

    Le taux d'incidence le plus élevé dans les communes les plus vaccinés, comme de par hasard ;)

  • Posté par Raspe Eric, vendredi 26 novembre 2021, 9:34

    Vous aller encore accepter longtemps monsieur maesen, de perdre votre temps à répondre à ce genre de crapule? Ils nous place face à un dilemme. Leur répondre, c'est leur donner une importance qu'ils ne méritent pas et mettre leurs déjections en évidence. Ne pas leur répondre, c'est les laisser propager leurs mensonges impunément. Ils persévèreront en suivant l'exemple de trump. A force de répéter un mensonge, il finit par être pris par certains pour une vérité. Et le doute s'installe comme le vers dans le fruit. Jusqu'à la pourriture finale. N'est-il pas opportun de prendre du recul et de comprendre ce qui rend ce genre de comportement pathologique possible? De voir que la politique de rétribution au nombre de clics suivie par le Soir mène à l'impasse de la médiocrité. Que la rédaction porte une part de responsabilité dans la commission des méfaits de ce type de malfaiteurs en leur offrant sur un plateau d'or un magnifique porte-voix qu'ils peuvent utiliser en toute impunité. On a même pu lire avec sidération ce matin sur ce forum une offre pour de faux cst (voir le fil des commentaires de l'article (https://www.lesoir.be/408689/article/2021-11-25/coronavirus-la-3e-dose-sera-necessaire-pour-un-cst-valable#comment-378002). Que laisser ouvert un forum sans contrôle est le contraire d'un travail de journaliste et est une autoroute à désinformation. Que ce forum n'apporte aucune valeur ajoutée au journal. Au contraire, il en détruit la crédibilité et donc la valeur. Que ce forum participe honteusement à la polarisation de la société. J'ai mis plusieurs semaines à adopter la proposition d'un autre lecteur de fermer ce forum. A première vue, c'est contraire aux aspirations d'un amoureux de la démocratie. Le paradoxe, c'est que pour quelle soit préservée, tout ne peut pas être dit dans une démocratie. C'est parce que je suis attaché à la démocratie, que la qualité de ce journal doit être préservée. Sinon, il disparaîtra. Et avec lui le dernier journal francophone belge de qualité où des opinions progressistes peuvent s'exprimer. J'espère que cela n'est pas votre souhait. Donc, que le Soir ferme ce forum et le remplace, comme la Libre le fait, par l'ancienne rubrique du courrier des lecteurs. Celle-ci à l'avantage que c'est la rédaction qui choisit ce qui est publié. Elle contrôle à nouveau la qualité de tout ce qui est publié en son nom. Je ne vois pas d'alternative. Mais peut être ne suis-je pas assez malin. J'attends donc vos propositions alternatives.

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