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Joséphine Baker entre au Panthéon

L’artiste franco-américaine disparue en 1975, figure éminente de la Résistance et de la lutte antiraciste, rejoint Simone Veil et Marie Curie.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

Il paraît qu’aucune voix ne s’est élevée autour d’Emmanuel Macron contre l’entrée de Joséphine Baker au Panthéon. Que la décision a été prise en juillet, que la famille le demandait depuis 2013, que l’Elysée trouve sa place totalement légitime « parce que c’est une femme qui est née noire et américaine dans une société fermée d’assignation à résidence et qui est devenue, tout au long de sa vie et jusqu’au bout de celle-ci, l’incarnation des valeurs des Lumières de la République française et de l’ouverture au monde que cela implique. »

Honnêtement, elle l’a bien mérité, non ? Joséphine Baker, son sourire, ses cheveux courts, ses seins nus, ses bananes, son mariage à 13 ans dans le Missouri, ses ménages chez les Blancs riches, Joséphine qui devient reine de Paris, qui chante pour les soldats au front, qui entre dans la Résistance, cache des messages dans ses partitions, et des microfilms contenant les noms d’espions nazis dans… son soutien-gorge. Joséphine la généreuse – elle a adopté 12 enfants –, Joséphine photographiée par Man Ray, muse des cubistes, amie de Christian Dior et Pierre Balmain, 45 ans après sa mort, fait son entrée au Panthéon.

Ce 30 novembre 2021, elle devient la sixième femme et la première femme noire à accéder au temple républicain. Elle y rejoint « l’inconnue du Panthéon » Sophie Berthelot (qui y repose auprès de son mari le chimiste Marcellin Berthelot), la physicienne Marie Curie, la résistante Geneviève de Gaulle-Anthonioz, l’ethnologue Germaine Tillion et la femme d’Etat Simone Veil. Six femmes panthéonisées contre 75 hommes.

De la Résistance à l’anti-racisme

Sa famille ayant refusé que son corps soit déplacé de Monaco, où elle est enterrée près de son mari et d’un de ses enfants, son cénotaphe – un cercueil vide, rempli de terre issue de quatre endroits symboliques où elle a passé sa vie : Saint-Louis, Paris, les Milandes en Dordogne, et Monaco – sera déposé dans le caveau 13, aux côtés de Maurice Genevoix. Le caveau 13 est le premier en bas à gauche en entrant, dans une allée en face de celle d’André Malraux, du couple Veil et de Jean Moulin.

A 17h30, on diffusera des images sur la façade du monument, et de la musique aussi, celle de l’Armée de l’air dans laquelle Miss Baker a été sous-lieutenant dès 1943, après le débarquement en Afrique du Nord. Elle portait d’ailleurs son uniforme et ses médailles de résistante lors de son intervention pour les droits civiques en 1963 aux côtés de Martin Luther King. Ce mardi, ce sont des aviateurs qui porteront le cercueil.

La date, enfin. Un anniversaire. Le 30 novembre 1937, c’est le jour où l’artiste américaine acquiert la nationalité française. Le jour de son mariage, en fait, avec Jean Lion, jeune courtier de 27 ans qui a fait fortune dans le sucre raffiné. Jean est juif et souffrira des persécutions antisémites, ce qui amorcera sans doute l’un des grands combats de sa jeune épouse engagée toute sa vie auprès de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (qui deviendra la Licra, quand s’y ajoutera le mot « racisme » en 1979) et pour la cause des Afro-Américains.

En 1955, soit 65 ans avant la mort de George Floyd, c’est elle qui amplifiera en Europe la vague d’indignation soulevée par le meurtre (dans le comté de Tallahatchie, Mississippi, Etats-Unis) du jeune Afro-Américain Emmett Till, suivi de l’acquittement de ses deux assassins, puis de leurs aveux cyniques après le jugement, en toute impunité.

« J’avais peur d’être noire »

Freda Josephine McDonald, dite Joséphine Baker, chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue et résistante française d’origine américaine, née le 3 juin 1906 à Saint-Louis (Missouri) et morte le 12 avril 1975 dans le 13e arrondissement de Paris, entre au Panthéon et c’est un juste retour des choses.

Après tout, elle n’a que 19 ans quand elle s’installe en France et choisit de lui donner, définitivement, tout ce qu’elle a. « Un jour, dit-elle, j’ai réalisé que j’habitais dans un pays où j’avais peur d’être noire. C’était un pays réservé aux Blancs. Il n’y avait pas de place pour les Noirs. J’étouffais aux États-Unis. Beaucoup d’entre nous sommes partis, pas parce que nous le voulions, mais parce que nous ne pouvions plus supporter ça. Je me suis sentie libérée à Paris ». Pour ça, et tout le reste, la France a trouvé que le Panthéon, c’était une bonne façon de dire merci.

Joséphine Baker au Panthéon  : le monument sera ouvert gratuitement au public les 4 et 5 décembre. www.paris-pantheon.fr/

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2 Commentaires

  • Posté par Tilquin Christine, mardi 30 novembre 2021, 23:01

    Et tout cet argent pour troubler le repos de cette pauvre défunte. Tout cela ne lui apportera plus rien ni même à sa famille.

  • Posté par Christian BOULET, mardi 30 novembre 2021, 7:53

    Enfin une bonne nouvelle ! Et un beau pied de nez aux intersectionnels (style Obono et Diallo) et autres racistes.

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