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Pierre Rabhi, le prophète de la terre, est décédé

Sandales aux pieds, pantalon de velours et bretelles, bouc bien taillé, Pierre Rabhi c’était « 52 kilos tout mouillé » mais un vrai charisme et des formules qui faisaient mouche pour appeler à une « insurrection des consciences ».

Temps de lecture: 4 min

Pierre Rabhi, décédé samedi à l’âge de 83 ans, était un prophète de la terre et un militant qui a toute sa vie inlassablement prêché pour une existence sobre et pour l’agroécologie.

Il a succombé aux suites d’une hémorragie cérébrale, a indiqué samedi soir à l’AFP son fils Vianney.

Né en 1938 aux portes du Sahara, il est très tôt écartelé entre « modernité et tradition », quand son père le confie à une famille de colons français, afin de lui assurer une meilleure instruction. Rabah deviendra alors Pierre.

« Des déchirements, des ruptures, des souffrances, il y en a eu un bon paquet », confiait cet autodidacte, enraciné en Ardèche depuis 1961, après avoir quitté l’Algérie au début des « événements » et connu « l’incarcération » d’une vie parisienne.

A l’usine, il rencontrera Michèle, secrétaire de direction et future mère de ses cinq enfants, avec qui il échafaude ce retour à la terre, dans une volonté de « désaliénation » car « nous ne sommes pas nés pour produire ».

Pour acheter ce qui deviendra leur ferme, le frêle Pierre Rabhi, mû par « l’énergie tenace des gens du désert », se fera maçon, menuisier, ferronnier, ramasseur de truffes, ouvrier agricole…

Il restera comme l’un des pionniers de l’agroécologie – pratique agricole visant à régénérer le milieu naturel en excluant pesticides et engrais chimiques. Une méthode appliquée dès les années 1980 en Afrique sub-saharienne, où il effectuera de nombreux séjours.

Référence dans le sérail écologiste et altermondialiste, celui qui fut l’ami de Thomas Sankara ou du légendaire violoniste Yehudi Menuhin, a connu une certaine exposition médiatique en 2002, lors d’une éphémère candidature à la présidentielle, pour, déjà, « introduire dans le débat l’urgence écologique et humaine ».

Il partagera par la suite son temps entre interviews, animation de ses fondations, conférences et rédaction d’ouvrages… Même si dans ce riche programme, le temps de jardinage n’était « pas négociable ».

« Il y a une espèce d’inconscience, nous sommes dans une modernité aveugle, dans le sens où l’on ne voit plus que le gain financier », déclarait-il à l’AFP en octobre 2018.

La ritournelle du colibri

En lui, le moine bouddhiste Matthieu Ricard voyait un « frère de conscience ». Et il sera adulé par l’actrice Marion Cotillard ou Nicolas Hulot. « Une des rares personnes qui m’ont aidé à me construire », confie l’ex-animateur de télévision.

Il fallait voir Pierre Rabhi raconter avec toujours la même énergie la légende amérindienne des colibris devant un parterre de groupies.

Il en fera une maxime – « chacun doit faire sa part » – et co-fondera le mouvement des Colibris avec l’écrivain militant Cyril Dion.

« Je ne veux pas être un gourou », disait-il pourtant. De ses cinq enfants, seule Sophie marche dans son sillage. Elle a fondé en Ardèche un écovillage construit autour d’une école, La ferme des enfants, projet fragilisé par une crise interne.

Les ouvrages de Pierre Rabhi, innombrables, rencontrent à chaque fois un succès indéniable. A commencer par son livre-plaidoyer, « Vers la sobriété heureuse », vendu à plus de 460.000 exemplaires depuis sa parution en 2010, selon son éditeur Actes Sud.

« L’agroécologie est reconnue maintenant, même par les Nations unies, comme étant la bonne solution pour résoudre les problèmes de l’alimentation dans le monde », se réjouissait-il. Elle « a beaucoup bénéficié des avancées scientifiques en matière de compréhension des sols et de la vie biologique ».

Sans parti, militant de « la joie » plutôt que de « la décroissance », Pierre Rabhi rejetait catégoriquement la notion de « développement durable », « une niaiserie ajustée sur la croissance économique ».

Certains, comme le site d’information Mediapart, ont pu s’interroger sur son « écologie inoffensive ».

Une autre enquête, intitulée « Le système Pierre Rabhi » et publiée en 2018 dans Le Monde Diplomatique, l’avait visiblement blessé et poussé ses amis, comme la journaliste Marie-Monique Robin, à le défendre publiquement.

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4 Commentaires

  • Posté par collin liliane, samedi 4 décembre 2021, 23:49

    On n'est pas écolo quand on fait 5 enfants.

  • Posté par Dupont Vincienne, samedi 4 décembre 2021, 23:33

    Vivement la mort de Raël. Juste pour voir si les journalistes du Soir salueront aussi ce "prophète". Rabhi, c'était une escroquerie. Rien d'autre.

  • Posté par MAESEN Jean-Luc, dimanche 5 décembre 2021, 10:56

    Quand on utilise des termes comme "prophète" (ou "gourou" d'ailleurs), ça commence directement à sentir mauvais...

  • Posté par Giefvan Agathe, samedi 4 décembre 2021, 21:53

    Je ne dirai jamais "Bon débarras" quand quelqu'un meurt. Mais quand une crapule médiatique meurt, cela signifie qu'il va enfin cesser d'exprimer des saletés. Le "bon débarras" est donc adressé au communicateur, pas à l'être humain. Rabhi était un ignoble religieux fondamentaliste. Son "écologisme" était un fondamentalisme déguisé. Sa "nature" consistait en une divinité anti avortement, anti progressisme, etc. Un peu comme la fasciste Soeur Teresa.

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