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Quand le politique signe la mise à mort de la profession infirmière

Face aux menaces qui pèsent sur le personnel non vacciné et à l’important absentéisme pour cause de burn out dans le secteur médical, les professionnels des soins infirmiers réclament des mesures politiques courageuses et fortes.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

S’il y avait des leçons à tirer des différents Codeco et/ou autres organes d’apparence décisionnaires depuis le début de la pandémie, nous pourrions citer en premier l’absence d’apprentissage du monde politique des différentes vagues.

En effet, nous sommes passés d’un modèle directif digne d’une gestion de crise enseignée en médecine de catastrophe à une anarchie décisionnaire où chaque représentant politique au lendemain du sacro-saint Codeco, nouveau haut lieu belge du compromis mou, en réfute les décisions. Ne parlons pas non plus de l’absence régulière de suivi des entités fédérées sous peine de contrarier les électeurs potentiels. Le tout engendrant une perte d’adhésion de la population et une incompréhension voire une révolte chez les soignants.

La deuxième leçon se définirait comme l’absence consciente de responsabilités dans le sacrifice du système de santé et de ses acteurs face aux enjeux économiques… Rappelant que l’essentiel est de maintenir les marchés de Noël en renvoyant au diable la santé de tous et balayant les fondements éthiques de notre profession. Mais puisqu’il est d’usage, estimons-nous heureux, le métier d’infirmier est rare puisqu’il est en pénurie. Et au final, les conditions nous les supportons déjà depuis des années, alors un peu plus… ce n’est pas bien grave puisque nous l’avons choisi !

La troisième leçon se situe dans l’estime portée à notre profession où des promesses de pain et de jeux réalisées au pied du mur lors de la première vague, il ne nous reste que du désespoir et des larmes. Ce désespoir que témoignent nos soignants à bout, en manque de reconnaissance, en manque de soutien, en manque d’un simple geste d’un monde politique se jouant de l’essentialité à la simple utilité en regard d’une situation complètement hors de contrôle.

Triste réalité

Ces larmes qui symbolisent, l’abnégation de nos professionnels qui chaque jour depuis mars 2020 répondent présents. Enfin, de moins en moins, et cela mettant en péril la continuité de notre système de santé. Mais au final, rien ne va mal puisque la vaccination e.a. pourrait être réalisée par un quidam. Ceci ne reflétant que la troisième tentative en moins de deux ans de ne pas respecter notre art et de le conférer à tout un chacun sous le prétexte d’une loi d’urgence qui nous devons bien l’avouer fait mal à notre démocratie.

Et des larmes encore, car au final, rien de plus normal comme nous l’avons entendu : « quand il fait noir, il fait noir pour tout le monde » dixit un ministre quand nous lui avons présenté des résultats sur la détresse émotionnelle de nos soignants. Quel mauvais ministre ! mais rassurons-nous, nous sommes 18 mois plus tard et rien n’a avancé. Enfin presque rien, car le nombre de départ de la profession et le taux d’intention de la quitter eux ont bien progressé. Bien triste réalité.

Continuons à presser notre profession ou du moins ce qu’il en reste, nous allons dans la bonne direction, car : « un milliard d’euros ont été injectés dans le système… » Il est évident que ceci contribue à la paix sociale, car depuis cette injection, il n’y a jamais eu autant de mouvements de grève, de mécontentements et de lits fermés. Oserions-nous poser la question du pourquoi ? Les bons acteurs sont-ils autour de la table des négociations ?

Des sanctions disproportionnées

Une autre leçon pourrait porter sur le fait qu’il ne faut pas être grand clerc de notaire pour se rendre compte qu’un des piliers pour sortir de cette pandémie est la vaccination pour tous. Nous, directions de département infirmier, avons soutenu ce principe. Mais nous ne comprenons plus quand l’obligation se traduit par des sanctions disproportionnées pour les soignants non-vaccinés. Que diable, ces mêmes soignants non vaccinés qui, s’ils sont covid positif asymptomatiques, peuvent prendre en charge des patients covid jusqu’au 31décembre. Et que fait-on à minuit une ? Un frottis ? Et que fait-on le 31mars 2022 ? Mais attention, une fois encore ne vous méprenez pas, le patient n’est pas uniquement pris en charge par des soignants définis comme tels aux yeux de la loi et sanctionnables. Alors que fait-on de l’obligation de vaccination des assistants logistiques, des brancardiers ou bien même encore des étudiants qui ne rentrent pas dans cet avant-projet ? Oups, une incohérence de plus, mais peut-être faut-il regarder du côté des entités fédérées où l’on ne sait à quel ministre s’adresser.

Un débat incompréhensible

L’enseignement, la santé ou encore la médecine préventive ? Au final les structures de soin n’ont qu’à gérer. Le système étant déjà complexe, autant ajouter une couche à la gestion de cette pandémie et des mouvements de grève mêlant des revendications en tous sens afin de s’assurer d’une adhésion minimale et de rendre le débat encore plus incompréhensible pour la population. Vous comme nous, quand nous commandons une lasagne au restaurant, si l’on peut en apprécier la qualité des aliments mis couche par couche isolément, nous nous attendons à ce que les différentes couches mangées ensemble renvoient l’harmonie d’un plat excellent. Ici, l’aigreur à chaque bouchée est au rendez-vous.

Le système est déjà aux soins intensifs

Des leçons à tirer, il y en a encore beaucoup, des éléments/des recommandations sur lesquels il faut agir, le monde politique les connaît, mais il est plus simple de réaliser encore l’une ou l’autre étude pour objectiver le débat, car il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre. Alors que le monde politique arrête de témoigner une empathie à distance pour mieux montrer un mépris à la moindre décision. Aujourd’hui, la profession en a ras le bol et attend des actes, du soutien et de la reconnaissance.

Qu’attendez-vous ? Que le système s’arrête ? Nous vous rassurons, il est déjà aux soins intensifs, car les urgences sont débordées, les unités sont fermées et il n’y a presque plus de professionnels de santé pour s’en occuper.

« Agir sans savoir est une imprudence. Savoir sans agir est une lâcheté. » (D. Pire)

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5 Commentaires

  • Posté par Moriaux Raymond, mardi 7 décembre 2021, 8:38

    Le respect de l'Art infirmier, comme celui des autres d'ailleurs, est d'abord dans le chef des praticiens eux-mêmes, tout comme celui des "fondements éthiques" de leur profession. N'exigez pas des autres le respect des règles que certains d'entre vous ne s'appliquent pas. Des sanctions disproportionnées, dites-vous ? Les règles aujourd'hui bafouées par vos collègues font partie des conditions indispensables pour recevoir l'autorisation de faire votre métier. Mais il est clair que cette obligation, sous peine d'en vider le sens, doit évidemment s'appliquer à tous les acteurs qui circulent à proximité des patients/résidents. A cet égard, on ne comprendrait d'ailleurs pas qu'on y soumette les brancardiers et les secrétaires mais pas les soignants, au premier rang desquels se trouvent, naturellement, les praticiens de l'Art infirmier. ...Et ce quelque soit l'extension de l'obligation au reste de la population derrière laquelle vous ne pouvez vous cacher.

  • Posté par Marlier Jacques, mardi 7 décembre 2021, 18:26

    D'accord avec Moriaux Raymond. Beaucoup de soignants semblent ne pas se rendre compte que ce sont avant tout eux-mêmes (!) que les 10% de soignants réfractaires à la vaccination prennent en otages. "Si on nous oblige à nous montrer responsables vis-à-vis des patients (... et de vous-mêmes, chers collègues), vous devrez travailler tout seuls, tralalalalère!" [Les contaminations proviennent principalement de la famille, des amis, mais aussi des collègues de travail.]

  • Posté par Dupont Vincienne, mardi 7 décembre 2021, 3:19

    Très bonne carte blanche, merci.

  • Posté par STORDIAU Pierre, lundi 6 décembre 2021, 23:23

    "Carte Blanche" polémiste et digne des Tabloïds ... mais n'ayant RIEN a faire dans les colonnes du SOIR! A la poubelle.

  • Posté par Jean Luc, mardi 7 décembre 2021, 2:02

    Pourtant, il semble que les cons soient autorisés à asséner leurs commentaires...

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