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Dès janvier, n’imposez plus l’enseignement à distance!

Dans cette lettre ouverte adressée aux Ministres De Croo, Désir, Vandenbroucke, Jeholet, au commissaire Corona Pedro Facon et aux expert.e.s du Gems : il faut oublier définitivement l’imposition d’un enseignement à distance dans les écoles secondaires, même hybride, même partiel, demandent les signataires.

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

Mesdames et Messieurs les décideu.rs.ses des restrictions,

Mesdames et Messieurs les expert.e.s en épidémiologie,

Ce message émane « d’expert.e.s » de tous les jours, 100 % préoccupé.e.s par les adolescent.e.s : leurs parents.

Le Codeco du 3 décembre a pris la décision d’obliger les écoles secondaires à pratiquer un enseignement à distance au moins 50 % du temps. Cette décision entrait en vigueur dès le 8 décembre (laissant deux jours ouvrables aux écoles pour se réorganiser) et s’appliquera jusqu’aux congés de Noël.

Cette décision est tombée à un moment pédagogique crucial pour les écoles (les bilans du premier trimestre, charnière s’il en est), sans information préalable, et au mépris des implications parfois majeures pour les enseignant.e.s, les directions et les élèves.

En vue du prochain Codeco qui aura lieu le 22 décembre, nous vous adressons cette lettre afin de vous demander de ne pas prolonger cette mesure temporaire et d’oublier définitivement l’imposition d’un enseignement à distance dans les écoles secondaires, même hybride, même partiel.

Un impact très violent

En effet, l’impact d’une obligation d’enseignement hybride est d’une violence extrême pour l’école, les jeunes, et par ricochet pour l’ensemble de la société. C’est une lapalissade de dire que la jeunesse « c’est l’avenir », nous le savons tous.tes ; pourtant il nous semble urgent de le rappeler. Nous, adultes, devons la respecter et lui donner les outils nécessaires pour qu’elle soit pleinement actrice du monde de demain !

L’école est (et doit rester) un lieu d’enseignement, d’apprentissages, de curiosité, de confrontations, de vie sociale, de rencontres, d’échanges, d’épanouissement, de quête de soi et de l’autre… En particulier, l’école où nos adolescent.e.s se rendent avec enthousiasme tous les jours a une devise : « Apprendre pour être libre », libre d’être un.e citoyen.ne du monde, autonome, responsable et critique.

Un décrochage inquiétant

L’hybridation empêche l’école de remplir sa mission. En perturbant durablement le projet pédagogique, elle brise l’élan qui le porte. L’une des conséquences immédiatement perceptibles est le décrochage. Un décrochage pas uniquement scolaire, mais aussi des liens et du sens qui font (la) société. Ce décrochage peut avoir de nombreuses causes directes, visibles ou plus insidieuses : manque de matériel ou d’espace adéquat pour suivre les cours à distance (la solution d’offrir un espace à l’école est stigmatisant pour ceux qui en ont besoin, ils n’y font pas forcément appel et elle ne règle rien), motivation en chute libre, perte de sens, dépersonnalisation des cours via des plateformes numériques, pression importante sur les enseignant.e.s, difficulté d’adaptation de nombreux cours au format hybride, aucun ancrage possible dans la durée, etc.

L’école permet / promeut la mise en commun des savoirs et des énergies, la mobilisation des jeunes dans leurs actions et leurs réflexions, y compris dans l’opposition propre à leur âge. L’enseignement à distance les met à la merci des réseaux sociaux et de leur impact délétère, bien connu, sur leur vision de la réalité et l’image de soi. L’adolescence est une période de vie souvent compliquée. Ils et elles sont fort.e.s et fragiles à la fois, téméraires et timides, en quête d’eux / elles-mêmes à travers les autres ; ils et elles ont besoin de rencontrer ces autres, de s’ouvrir à l’inconnu, de se mettre en danger en gardant des appuis, de pouvoir se projeter dans le futur, de rêver la suite. Les adultes ont leur propre expérience pour tenir le coup dans ce contexte d’interdits, des stratégies pour le dépasser (ou pas). Les adolescent.e.s voient ces années passer, sans trop savoir « quoi faire », parfois littéralement enfermé.e.s devant/par des écrans. Comment se construire dans ces conditions, avec trop souvent le sentiment de n’être pas pris en considération ? Doit-on encore rappeler les nombreuses études qui montrent la dégradation de leur santé mentale ?

Une anxiété lourde à porter

Notre demande est donc toute simple : n’imposez plus l’enseignement à distance ! Et non, cela ne veut pas dire que les jeunes seraient épargnés ou privilégiés, ou ne se soucieraient pas des plus fragiles. Ils et elles portent déjà bien plus que leur part depuis le début de la pandémie, anxiété comprise. Ce sont elles et eux qui passent leurs journées entières masqué.e.s (écoles, transports, activités extrascolaires…), privé.e.s de sorties scolaires ou d’invité.e.s en classe, elles et eux qui voient leurs engagements en tant que volontaires empêchés, leur spontanéité brimée, leurs projets collectifs compromis, eux et elles qui ne peuvent plus aller danser, chanter ou rire dans les fêtes de leur âge, dormir chez des ami.e.s, eux et elles qui ont vu leurs stages, camps, compétitions sportives ou vacances tomber à l’eau, sans compter les violences sociétales qu’ils et elles subissent parfois comme seules réponses à leur besoin légitime de liberté, de réponse… Et ce sont elles et eux aussi qui voient leurs enseignant.e.s à bout, mis.e.s dans l’impossibilité d’accomplir leur mission dans des conditions dignes.

Tous à l’école dès janvier !

En conséquence, par respect pour l’école, ce qu’elle représente pour notre société, pour la construction d’un commun et d’un futur meilleur, par respect pour celles et ceux qui la font (les adolescent.e.s et les enseignant.e.s), oui, il faut des choses auxquelles on ne peut pas toucher ! Nous pensons que l’hybridation est contre-productive : ni constructive, ni inclusive.

C’est pourquoi nous vous demandons avec insistance que la rentrée de janvier se passe à 100 % à l’école, que les cours se donnent à l’intérieur ou à l’extérieur, mais pas devant un écran d’ordinateur ! Un arsenal bien étoffé de restrictions existe déjà, que ce soit à l’école ou ailleurs dans la société, vous pouvez faire confiance aux écoles pour leur mise en œuvre. Cette présence à 100 % à l’école devra se poursuivre tout au long de cette année scolaire et de toutes les années futures, comme un engagement de la société envers nos jeunes pour lesquel.le.s on a pensé un jour que l’éducation était suffisamment importante et émancipatrice pour la rendre obligatoire.

*Signataires : Catherine Fierens, Sophie Closson, Arzu Sengun, Frédérique Baudin, Serge Lacroix, Pietro Fragapane, Arnaud Badjou, Johanna Tornqvist, Aurore Carly, Philippe Van Roost, Isabelle Boyer, Boris Van der Avoort, Anne Penders, Maxime Vanhadenhoven, Marianne Descamps, Jérôme Decock, Saskia Claes, Laurence Deweer, Gisèle Deblandre, Eric Dewanne, Claire Frederic, François Lourtie, Julie Mairy, Serge Eggen, Loran Fontaine, Aurélia Licata, Isabelle Dorchain, Laszlo Mechler, Hélène Cochaux, Virginie Jortay, Malin Björk, Aurore Carly, Thierry Claes, Emilie Cornet, Garance Deschamps, Marc Delhaye, Elise Larpent, Judith le Maire.

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1 Commentaire

  • Posté par J.-M. Tameyre, vendredi 17 décembre 2021, 11:13

    Directement en écriture inclusive. Ça donne une idée du niveau éducatif lamentable de ces "parents".

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