Accueil Belgique Politique

Jean-Luc Crucke démissionne du gouvernement wallon

Le ministre wallon du Budget tire les conclusions de l’incident de décembre autour de son décret fiscal. Crucke estime « ne plus être en phase » et sera candidat à la Cour constitutionnelle.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

Jean-Luc Crucke (MR) le ministre wallon du Budget, a annoncé ce lundi matin sa démission du gouvernement régional, à l’occasion d’une conférence de presse sans doute mûrement réfléchie, mais convoquée en urgence aux premières heures de cette journée de rentrée. Il a aussi annoncé qu’il serait candidat à la Cour constitutionnelle.

L’élu de Wallonie picarde montre qu’il a de la suite dans les idées. Le 6 décembre, il disait ceci aux députés de la commission des finances : « J’en tirerai les conclusions, le moment venu. » Les rumeurs d’une possible démission avaient alors enflé.

Le minist re avait ainsi conclu un incident qui l’avait ébranlé : des députés de son propre parti, le MR, s’opposaient à son projet de décret « portant diverses dispositions pour un impôt plus juste » pourtant approuvé en bonne et due forme par les trois partis présents au gouvernement. Le litige était remonté jusqu’au sommet du parti et avait provoqué une crise interne.

Jean-Luc Crucke avait aussi précisé qu’il défendrait jusqu’au bout le budget de la Wallonie pour 2022. Il avait tenu son engagement. Le budget a été voté à la veille de Noël avec le lancement d’un plan d’économies important, auquel le grand argentier wallon tenait beaucoup.

En coulisses, tout semblait être rentré dans l’ordre au sein du MR, après le vote de quelques amendements au décret contesté et la mise en place d’une procédure interne visant à un meilleur dialogue entre libéraux sur les textes importants. Mais ce problème politique avait profondément marqué cet homme au caractère entier, régionaliste convaincu, libéral dans l’âme, mais qui semblait marginalisé au sein de sa propre formation politique.

Depuis la mise en place du gouvernement PS-MR-Ecolo à l’été 2019, Jean-Luc Crucke était définitivement devenu une pièce centrale de l’échiquier politique wallon. En charge du budget et des finances, il aura été en première ligne pour faire face aux difficultés financières de la Région qui ont été amplifiées, et de quelle manière, par la crise sanitaire puis les inondations de juillet dernier.

Sa logique ? Ne laisser personne sur le bord de la route, quitte à s’endetter massivement, et malgré les difficultés, continuer à investir pour espérer redresser la Wallonie à travers un plan de relance qui, tous montants confondus, pèse plus de sept milliards d’euros.

D’année en année, Jean-Luc Crucke produisait ainsi un budget que nous avions qualifié de « trompe-l’oeil » : la trajectoire devant conduire à un retour à l’équilibre pour 2024 était conservée, mais sans tenir compte de tous les efforts précités qui creusaient les déficits et plombaient la dette.

Reconnaissons toutefois à Jean-Luc Crucke le mérite d’avoir osé regarder la réalité en face lorsqu’il a demandé à une commission d’experts de haut vol de se pencher sur la soutenabilité à terme de la dette régionale. Les conclusions ont été claires : si la Région ne réagit pas, elle va droit dans le mur. Le ministre a donc embrayé : le budget 2022 intègre pour la première fois un effort annuel de 150 millions visant à réduire les dépenses.

Cet effort ira crescendo au cours des prochaines années : 300 millions en 2023, 450 millions en 2024, etc. Crucke a mis le train des économies sur les rails. Il restera à son successeur à le faire progresser dans le respect de ces engagements pris l’automne dernier. Le plus dur est à venir.

Comme député hyper-actif et fonceur d’abord, puis comme ministre du Budget depuis 2017 ensuite, Jean-Luc Crucke aura marqué en profondeur la politique wallonne. Ardent défenseur de la cause régionale et fin analyste des finances dont il était devenu un spécialiste, l’ancien bourgmestre de Frasnes-lez-Anvaing a multiplié les discours fleuves, les emportements et les bons mots pour devenir une figure emblématique du cénacle wallon, aussi truculent sur la forme que sérieux sur le fond.

À lire aussi La rentrée casse-cou des chefs de gouvernement

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

31 Commentaires

  • Posté par Otte Gérard, lundi 10 janvier 2022, 22:17

    Une tempête dans une crucke (un pot?) de vin. Ce faux cruck a bien préparé sa sortie. Crucksifié soit qui mal y pense.

  • Posté par deghelt Rudi, lundi 10 janvier 2022, 15:05

    C'est fou ce que je pleure. J'attends simplement les autres. Ceux qui croient que faire de la politique, c'est un métier.

  • Posté par Wauters Francis, lundi 10 janvier 2022, 13:05

    "Quand les dégoutés seront partis, il ne restera plus que les dégoutants"... Il y a heureusement encore quelques exceptions à cet adage au MR, mais en préférant un Bouchez à un Crucke on ne peut pas dire qu'ils ont fait le choix de la qualité!

  • Posté par Ernotte Sébastien, lundi 10 janvier 2022, 12:59

    Bien vu monsieur. Rester dans un parti avec un enfant gâté empli d ego a sa tête, cela ne doit pas etre motivant.

  • Posté par Even Philippe, lundi 10 janvier 2022, 12:47

    Radicalisation du MR ? sans doute quand en entend les propos de GLB ce weekend : il a déclaré qu’il avait plus de respect pour Eric Zemmour que pour Valérie Pécresse. Donc "mettre de coté" un plus modéré comme JLC allait de soi pour lui. Enfin c'est mon avis ...

Plus de commentaires
Sur le même sujet

Aussi en Politique

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs