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Pourquoi Jean-Luc Crucke démissionne du gouvernement wallon

Le ministre wallon du Budget tire les conclusions de l’incident de décembre autour de son décret fiscal. Crucke estime « ne plus être en phase » et sera candidat à la Cour constitutionnelle.

Temps de lecture: 6 min

Jean-Luc Crucke (MR) le ministre wallon du Budget, a annoncé ce lundi matin sa démission du gouvernement régional, à l’occasion d’une conférence de presse sans doute mûrement réfléchie, mais convoquée en urgence aux premières heures de cette journée de rentrée. Il a aussi annoncé qu’il serait candidat à la Cour constitutionnelle. Tout cela en présence de Georges-Louis Bouchez, le président du MR, auquel il avait annoncé sa décision dès le 3 janvier dernier. Son cabinet a été informé ce lundi 10 janvier seulement.

Il s’est longuement expliqué lors de cette conférence de presse. Voici ce qu’il a déclaré.

« Être ministre, c’est passionnant. Être ministre du Budget, c’est doublement passionnant. Pour maintenir les finances publiques à flot, particulièrement en ces périodes plus que chahutées, il faut du travail, énormément, et un sacré tempérament, je dois bien le reconnaître. Mon énergie a été entièrement canalisée dans mon job, chaque gouvernement est pour moi un défi, chaque dossier est traité avec rigueur et jusqu’au-boutisme, je dirais même parfois avec passion.

La crispation politique amenée par le décret impôt plus juste m’a porté vers une conclusion très simple. J’aime ma Région, et je la sers avec loyauté. Mes convictions qui, ne vous y trompez pas, sont des convictions libérales, ne sont cependant plus en pleine adéquation avec la ligne de mon parti. C’est une réalité, pas un regret. J’ai toujours eu des opinions qui étaient qualifiées comme “à la marge” au sein de ma formation politique, notamment au niveau climatique, migratoire, énergétique, mais encore, et aussi désormais, fiscal. Jusqu’ici, ça faisait également ma force. Mais celle-ci met désormais mon parti, mais aussi par ricochet la majorité gouvernementale, parfois en difficulté. Je peux négocier, concéder, crier, bloquer, avancer… mais en aucune manière me diluer. Je suis profondément libéral et je tiens à certaines valeurs qui font mon ADN. Et je ne veux pas que celles-ci ralentissent le travail gouvernemental. A aucun moment, je n’ai remis en cause le travail parlementaire, j’ai un respect pour celui-ci. Mais l’épisode de novembre/décembre m’a témoigné qu’on ne parlait plus du fond, et ma personnalité a pesé dans cet emballement. Ce texte, impôt plus juste, n’était, selon tous les experts, pas une révolution, juste un texte nécessaire qui collait, notamment, aux dispositions fédérales. Il est sain pour l’égalité fiscale de tous nos concitoyens et respecte la volonté du législateur. Et il y en a encore deux dans le train des réformes… Quand je jette néanmoins un coup d’œil dans le rétroviseur sur le scénario du mois de décembre, nous n’avons, au final, pas parlé suffisamment de l’essentiel : un budget 2022 avec des efforts de 150 millions par an (cumulatifs) à faire, des décisions très importantes pour l’aéroport de Charleroi globalement passées sous silence… Bref, ce n’est pas normal.

J’avais dit que je me mettrais à profit le répit de la fin d’année pour faire le point. Ce lundi 3 janvier, j’ai remis ma démission à mon président de parti. J’ai vu Georges-Louis jeudi, chez moi, et nous avons discuté, très franchement, calmement et dans la bonne humeur. Je lui ai expliqué que je ne voulais pas que les textes portés par “Jean-Luc” deviennent une source de crispation, pas sur le fond, mais sur la forme. Il ne m’a rien demandé, j’ai pris ma décision seul, sans aucune pression extérieure.

Être ministre, c’est être au service, pas au pouvoir. Il ne faut jamais l’oublier pour rester lucide. Cette démission, elle avait trois conditions :

- Secret absolu jusqu’à aujourd’hui. Nous avons travaillé avec une poignée de personnes H24 ces derniers jours pour remettre le travail “sans couture”. Ma priorité était de faire passer le budget en décembre, le travail devait être terminé. J’ai averti Elio ce matin ainsi que les personnes qui seront impactées, directement, par ma décision.

- J’ai informé mon cabinet ce matin à 8h30, la surprise était de taille. Tous les membres du cabinet qui le souhaitent pourront rester, à leur fonction, afin de poursuivre la continuité du travail. J’ai toujours recruté sur la base des compétences, et uniquement de celles-ci. Ce n’est pas mon cabinet, c’est celui de tous les citoyens.

- Pas de détricotage des compétences, personne n’a le temps de jouer à l’apprenti sorcier.

Georges-Louis a accepté ma démission aux conditions précitées, qui lui semblaient à lui aussi totalement légitimes, et nous avons longuement discuté des défis à relever et des dossiers en cours pour lui permettre de faire le meilleur choix de casting. Je suis absolument certain que la personne qu’il va désigner pour me remplacer aura toutes les qualités pour gérer ces magnifiques compétences, qui sont encore pour quelques jours les miennes. Pour les aéroports, un travail titanesque a déjà été fait, mais il reste encore du boulot, notamment au niveau environnemental. Pour le sport, de magnifiques projets sont sur la table, il faudra continuer leur concrétisation. Il faudra également un sacré caractère pour tenir la “maison Wallonie car être ministre du Budget, c’est aussi être l’empêcheur de tourner en rond. Mon président est fougueux, mais sincère, je l’espère l’être tout autant. Il m’affirme tenir à la Wallonie, il en prendra donc soin. Je suis certain que le profil choisi pourra s’intégrer facilement et harmonieusement dans cette majorité wallonne qui fonctionne bien et qui fait de l’excellent travail.

Georges-Louis m’a également à nouveau proposé d’être le candidat du MR à la Cour constitutionnelle et cette fois, j’ai accepté. Ce poste m’a toujours tenté, j’en avais parlé dès 2019 avec lui, on n’efface pas 30 ans de droit. Mais mon mandat ministériel occultait cette possibilité. La décision devrait néanmoins tomber fin du 1er semestre 2022. J’ai rencontré des magistrats, j’ai étudié les possibilités et je suis certain que je vais pouvoir y exercer un rôle qui me conviendra, toujours au service de la démocratie. J’ai beaucoup d’autres projets : enseigner, écrire, traverser l’Iran à pied… L’avenir se révèle passionnant. Et pas la peine de spéculer : mes amis sont partout mais je suis et resterai le libéral que je suis aujourd’hui.

En prenant ma décision, j’ai également posé un coup d’œil sur la Wallonie picarde où je puise mon énergie et ma commune d’adoption, Frasnes-Lez-Anvaing, à laquelle je crois avoir, modestement, énormément sacrifié. La “petite” histoire retiendra peut-être que je quitte la politique au moment où je vois arriver aux responsabilités des personnes que j’ai vu naître en politique et que j’ai formées pour certaines.

N’y voyez aucune contradiction, mais tout simplement la conviction du travail accompli et l’espoir dans un avenir meilleur.

Je tiens à remercier sincèrement mon cabinet pour les horaires dantesques qu’ils ont accepté depuis deux ans pour faire face aux crises successives. La ligne est là, chacun sait ce qu’il à faire, les placards sont propres. Ces mêmes remerciements s’adressent également à Elio et l’ensemble de mes collègues du gouvernement. Ils vont me manquer mais je suis certain que je vais également leur manquer un peu.

J’ai toujours été convaincu qu’il existe une vie avant la politique et qu’il existe une vie après la politique. Je cède donc la parole à celui qui reste en politique, Georges-Louis, et je me tiens ensuite à votre entière disposition pour répondre à l’ensemble de vos questions. »

À lire aussi La rentrée casse-cou des chefs de gouvernement

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10 Commentaires

  • Posté par L. Jean-Christophe, lundi 10 janvier 2022, 14:38

    Qu'on soit libéral ou pas, il faut reconnaitre que cet homme respecte ses idées et ses idéaux. C'est rare, très rare et mérite d'être souligné.

  • Posté par collin liliane, lundi 10 janvier 2022, 13:15

    Bon courage au malheureux qui acceptera de reprendre le dossier des finances wallonnes. D'autant plus que les transferts venant du Nord vont disparaître.

  • Posté par Tamo guillaume, lundi 10 janvier 2022, 14:02

    Vous pouvez y ajouter la gestion du précompte immobilier repris par la RW il y a un an et qui semble être assez chaotique au vu des retours de certains citoyens...

  • Posté par Giefvan Agathe, lundi 10 janvier 2022, 12:06

    Un grand, un digne, un homme d'état, pas un politicien. Et donc le voilà qui s'extrait du marigot. Pour paraphraser VDB (le vrai) : "Quand tous les Crucke seront partis, il ne restera que des Boucher !"

  • Posté par Quin Jean-Michel, lundi 10 janvier 2022, 12:46

    Excellent !

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