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La Belgique va-t-elle pouvoir se débarrasser un jour du CST?

« Emmerder les non-vaccinés » ne fait pas partie du vocabulaire de notre Premier ministre, vient-il de déclarer. On lui en sait gré. Il ajoute que, quand nous en aurons fini avec cette pandémie, il faudra mettre notre CST dans un tiroir fermé à clé et jeter celle-ci à jamais. Vraiment ?

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Rappelons tout d’abord que c’est le Gouvernement fédéral qui, en octobre dernier, a fait pression sur le Gouvernement bruxellois, qui peinait à atteindre ses objectifs de vaccination, pour élargir à une série de lieux et d’activités de la vie quotidienne l’usage du Covid Safe Ticket (CST), qui ne servait jusque-là qu’à voyager ou à participer à de très grands événements. Suivant ce qui venait d’être instauré en France ou en Italie, le CST s’est ainsi imposé à Bruxelles avant d’être élargi aux deux autres régions. Initialement prévu pour une durée limitée, il a déjà été renouvelé.

Depuis le début, il était clair, en Belgique comme ailleurs, que la généralisation du CST était un moyen déguisé d’encourager la vaccination, difficile à rendre obligatoire, en compliquant le quotidien des non-vaccinés qui, en plus de voyager, souhaitaient avoir une vie sociale et culturelle ou participer, par exemple, aux événements organisés par leur entreprise. Bref, il s’agissait bien d’« emmerder les non-vaccinés ». Notre ministre de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, sans utiliser les excès de langage d’Emmanuel Macron, déclarait d’ailleurs pas plus tard que le 7 janvier, qu’aller vers un pass vaccinal à la française était « parfaitement défendable ». Avant lui, le 27 décembre, Egbert Lachaert, le président de l’Open VLD, le parti de notre Premier ministre, disait déjà « craindre que l’on ne puisse suivre une autre voie ». De quoi donner encore un peu plus le sentiment aux non-vaccinés de se sentir traités en parias.

Hommage aux « emmerdés »

S’il y a certes encore parmi les non-vaccinés des personnes âgées et/ou souffrant de comorbidités qui mériteraient toute l’attention de nos autorités sanitaires, il y a aussi parmi eux un grand nombre de personnes, souvent jeunes et en bonne santé, qui s’interrogent non pas tant sur la vaccination en tant que telle que sur notre politique sanitaire et sur « l’état d’urgence technologique » (1) qu’elle engendre. Les objections que ces personnes soulèvent sont sérieuses. Elles portent notamment sur la mise au ban d’une partie de nos concitoyens – qui, rappelons-le, n’ont commis aucun délit – en vue de les pousser vers un acte médical qui leur ouvrira à nouveau des droits. Elles n’ont rien d’une attitude égoïste. Il faut au contraire faire preuve d’un réel courage pour se priver volontairement d’accès à une série de lieux et services. Leurs objections concernent le bien commun et conduisent régulièrement à des actions en justice, faute de pouvoir être entendues autrement. L’issue de la dernière action en date, à la Cour d’appel de Liège, reconnaît d’ailleurs le bien-fondé des arguments invoqués et la stricte conditionnalité du CST.

Nous devrions donc regarder beaucoup de ces non-vaccinés comme des lanceurs d’alerte auxquels nous sommes redevables. Combien d’entre nous, vaccinés, formulons les mêmes objections mais n’avons pas eu le courage de nos convictions, pressés que nous étions par l’envie de partir en vacances ou de nous offrir un bon restaurant ?

Qui a la clé ?

Car la question qui se pose aujourd’hui est celle de comment notre pays va pouvoir se débarrasser un jour de ce fameux CST. Notre Premier ministre, après avoir déclaré solennellement devant le Parlement, en mai 2021, qu’il n’y aurait pas d’évolution vers une « société de pass », affirme aujourd’hui que nous serons débarrassés du CST dès que cela ira mieux. Mais, il nous dit dans le même temps que « Au niveau européen, il a été décidé que la validité de la deuxième dose était de neuf mois. Après cela, un booster sera exigé » et fera partie de notre CST. Et ceci quelle que soit l’évolution de la situation épidémique et celle des connaissances concernant l’efficacité et la durée de validité de ce booster.

La Belgique n’est manifestement pas maître du jeu en la matière, d’autant que le développement d’une identité numérique européenne, voire d’une carte de vaccination commune, faisait déjà partie des objectifs européens dès avant l’apparition du covid. Pour Thomas Gomart, le directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), « c’est moins la question de l’inoculation des “valeurs universelles” en Orient que celle des “valeurs asiatiques” en Occident, par voie technologique, qui se pose désormais » (2).

Notre Premier ministre pourrait-il dès lors aller au-delà de ses pétitions de principe et nous dire comment, concrètement, il compte s’y prendre – et quand – pour enfermer le CST dans un tiroir et en jeter la clé ?

(1) Tesquet, O. (2021) Etat d’urgence technologique. Comment l’économie de la surveillance tire parti de la pandémie . Premier Parallèle, Paris.

(2) Gomart, T. (2021) Guerres invisibles. Nos prochains défis géopolitiques . Tallandier, Paris, p. 17.

À lire aussi Frank Vandenbroucke veut accélérer le débat sur la vaccination obligatoire

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2 Commentaires

  • Posté par Dedecker Nicolas, mardi 11 janvier 2022, 12:35

    Oh des professeurs d’universités qui reprennent les dires des complotistes d’extrême-droite du forum… que vont nous expliquer les grands prêtres covidistes cette fois ci?

  • Posté par Smyers Jean-pierre, vendredi 14 janvier 2022, 12:40

    Oh! M. Dedecker reconnaît enfin qu'il tient des dires de complotistes d'extrême-droite! Il y a du progrès.

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