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Après la crise, les fusions-acquisitions font toujours recette

Les fusions et acquisitions ont battu des records en 2021 dans le monde, portées par l'accélération de la transformation numérique et l'abondance des liquidités, une fenêtre d'opportunité qui ne semble pas se refermer pour 2022.
Temps de lecture: 3 min

En 2021, les "fusacqs" (M&A en anglais), ont atteint 5.800 milliards de dollars (environ 5.100 milliards d'euros), un record, détaille mercredi dans son rapport annuel le cabinet d'avocats Allen & Overy, s'appuyant sur les données du spécialiste des données financières Refinitiv. 

C'est, de loin, le montant le plus important depuis la première édition du rapport, en 2012 et représente une hausse de 64% par rapport à 2020. Le nombre d'accords a, lui, augmenté de 24% sur un an.  

Fin décembre, la plateforme financière Dealogic avait même estimé que ce montant surpassait son précédent record recensé, en 2007. 

Après l'arrêt des opérations pendant la pandémie au printemps 2020, la forte reprise enclenchée sitôt après s'est confirmée. 

"En 2021, tous les ingrédients étaient rassemblés pour que le M&A tourne à plein régime", résume a l'AFP Alexandre Courbon, responsable des fusions-acquisitions chez HSBC France.

En accélérant soudainement des tendances de fond comme la "numérisation croissante des échanges" et en "désorganisant les chaînes d'approvisionnement", la pandémie a "polarisé le marché". 

La polarisation a agi comme "un catalyseur", explique-t-il. Qu'elles soient offensives comme défensives, ces transactions "ont été conclues sur tous les segments", les entreprises en meilleure forme tentant "de profiter de cet élan" pour gagner des parts de marché. 

Parmi les accords les plus marquants de l'année, la fusion entre WarnerMedia, filiale du groupe américain de télécommunication AT&T, avec Discovery, estimée par Dealogic à 96 milliards de dollars. 

En Europe, les négociations qui se poursuivent autour de Telecom Italia, pour laquelle le fonds américain KKR a fait une offre, tiennent le monde de la finance en haleine depuis novembre.

Dans l'ensemble, les États-Unis, avec une augmentation de 82% du montant des M&A et le secteur technologique, dont les opérations ont dépassé les 1.000 milliards de dollars cette année, ont guidé la tendance, souligne Allen & Overy. 

"Les grandes entreprises technologiques procèdent à des acquisitions à un rythme accéléré" pour se développer, tandis que les entreprises traditionnelles "cherchent à accélérer leur propre transformation numérique", appuie le cabinet.   

Il ne voit qu'un "bouleversement majeur de l'économie", ou de plus importantes régulations contre les investissements étrangers dans ce secteur pour venir mettre un terme à "cette période de croissance explosive." 

Les dirigeants disposent des moyens pour l'investir, dopés par des performances financières en forte hausse dans un contexte où les liquidités restent abondantes, notamment grâce aux politiques accommodantes des banques centrales.

Cet environnement a permis aux entreprises de s'endetter à moindre coût, les taux d'intérêt restant très bas.

"Un modeste retour sur investissement cible peut suffire à justifier un projet stratégique" d'autant plus que l'inflation, qui a brutalement accéléré ces derniers mois, "incite bon nombre d'investisseurs à déployer le capital plus rapidement", estime M. Courbon. 

Le M&A a suivi la tendance d'une année boursière exceptionnelle pour les actions des places financières occidentales.

Les cours de Bourse, très hauts, s'ils peuvent renchérir le coût des opérations, sont aussi un "indice de confiance" et il y a une corrélation entre les cours et le dynamisme du M&A, observent également les analystes de Morgan Stanley, qui restent "optimistes" pour 2022.

Santé financière, coût de l'endettement faible, volonté de transformation et de trouver des relais de croissance: "les mêmes facteurs devraient conduire aux mêmes résultats" en 2022, estime Frédéric Moreau, associé au département Fusions-Acquisitions du cabinet Allen & Overy à Paris. Toutefois, selon lui, la remontée des taux, des crises géopolitiques ou le Covid pourraient freiner ce mouvement.

La plupart des banques sont également optimistes pour 2022. Plusieurs accords ont déjà été conclus, comme l'achat par une filiale de la banque Société Générale du numéro un européen du leasing automobile LeasePlan, le 6 janvier, ou encore l'achat du studio du développeur Zynga par le géant américain de jeux vidéo Take-Two Interactive le 10 janvier.

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