Accueil Société

Coronavirus: les psychologues se disent en faveur de l’obligation vaccinale

Si la vaccination volontaire était « jusqu’à ce jour » un choix juste, les experts du groupe Psychologie et Corona estiment désormais que « nous sommes à un tournant ».

Temps de lecture: 1 min

Une obligation vaccination présente plus d’avantages que d’inconvénients, sont d’avis les experts du groupe Psychologie et Corona, cités dans les quotidiens du groupe Mediahuis mercredi. « La motivation volontaire était jusqu’à ce jour un choix juste, mais nous sommes à un tournant », observe le psychologue de la motivation, Maarten Vansteenkiste (UGent).

Les personnes qui subissent des pressions actuellement pour refuser un vaccin, pourraient toutefois l’obtenir grâce à une obligation, illustre-t-il. « Une obligation peut aussi être plus souhaitable qu’une politique qui divise les personnes vaccinées et non-vaccinées et est en fin de compte une obligation déguisée ».

La vaccination obligatoire ne donnerait pas nécessairement de prise aux anti-vaccins. « Qui est contre mordicus, sera encore plus extrême et vocal », explique la professeure de psychologie sociale Vera Hoorens (KU Leuven). Mais cela ne nourrit pas pour autant l’inquiétude des experts. « Plus on est extrême, moins les gens se laisser duper », pointe-t-elle.

Mais les psychologues n’occultent pas le fait qu’il y a aussi des inconvénients à l’obligation vaccinale, comme la méfiance et les tensions qui peuvent en découler. « La communication sera la clé pour éviter ces cas de figure », recommande M. Vansteenkiste.

Pourquoi le groupe Psy et Corona penche en faveur de l’obligation vaccinale

Longtemps favorables à une vaccination sur base volontaire, les experts du groupe interuniversitaire Psy et Corona développent dans une carte blanche des arguments pour l’obligation vaccinale pour tous, au vu de la situation actuelle. De leur point de vue de psychologues, ils invitent à peser les pour et les contre.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Le débat sur la vaccination obligatoire recèle de multiples aspects et il n’y a pas de réponse claire à toutes les questions. Quel est l’impact de la vaccination sur les soins de santé et sur la propagation du virus en cette période de vague omicron ? Existe-t-il une base éthique pour la vaccination obligatoire ? Comment ancrer juridiquement celle-ci et la faire respecter ? Mais aussi : existe-t-il un soutien suffisant pour une vaccination obligatoire ? Quel est l’impact d’une obligation sur le respect des mesures sanitaires, ainsi que sur le bien-être et la cohésion sociale ?

Un soutien grandissant à la vaccination obligatoire

Le Baromètre de la motivation suit les aspects psychologiques de la crise du covid depuis mars 2020 et plusieurs conclusions pertinentes émergent au fil des enquêtes. En premier lieu, le répondant moyen souhaite la sécurité, pour soi, mais encore plus pour son entourage. Les gens modifient spontanément leur comportement selon leur perception des risques de contamination et n’attendent pas les décisions du Codeco pour ce faire. Le répondant moyen apprécie également une politique ferme si elle est claire, logique et cohérente. La cohérence et la clarté renforcent en effet la motivation volontaire (soutenue par la conviction personnelle) à respecter les mesures et augmentent la volonté de renoncer temporairement à la liberté et à l’autonomie de décision.

L’attitude initiale à l’égard de la vaccination était plutôt hésitante, mais une grande majorité de la population a rapidement été convaincue, ce qui a entraîné un taux de vaccination élevé dans la population. En novembre 2021, 60 % des personnes interrogées étaient d’ailleurs en faveur de la vaccination obligatoire pour tous les adultes, avec des pourcentages plus élevés pour les professions de santé, les groupes vulnérables et les enseignants. C’est une nette augmentation par rapport à août 2021, même si ce pourcentage fluctue en fonction de la perception des risques.

Une polarisation entre vaccinés et non-vaccinés

Hélas, nous constatons également un fossé grandissant entre les personnes vaccinées et non vaccinées. Ces dernières perçoivent moins de risques d’infection, de maladie grave et d’hospitalisation, tiennent peu compte de la situation dans leur comportement et sont moins prudentes dans leurs relations avec autrui. En même temps, elles craignent une polarisation croissante, se sentent exclues par l’introduction du pass sanitaire (CST), perçu comme une obligation vaccinale déguisée.

En fait, proportionnellement, ils contribuent davantage à la propagation du virus et pèsent plus sur les soins de santé. La question de savoir si ce dernier argument fournit une légitimité suffisante pour une obligation de vaccination est certes une considération éthico-politique. Mais nous souhaitons mettre en évidence que l’introduction de la vaccination obligatoire est susceptible non seulement de favoriser le soutien de la majorité de la population vaccinée mais également d’être plus claire pour les non-vaccinés.

Une vaccination « par défaut » qui présente des avantages

D’autres considérations psychologiques entrent en ligne de compte. Tout d’abord, une vaccination obligatoire générale permettra de supprimer la frustration et l’agacement des personnes vaccinées et de toutes celles qui ont été confrontées à un retard de soins. Le passage vers l’obligation en fait également une vaccination « par défaut », ce qui augmente sa valeur, réduit les hésitations, supprime potentiellement la stigmatisation des personnes atteintes d’infections graves liées au covid et réduit le sentiment d’injustice si seuls certains sous-groupes devaient être obligés de se vacciner (les soins de santé, l’enseignement).

La vaccination obligatoire contribue aussi à la campagne en faveur du booster, réduisant l’encombrement des soins de santé. Elle aiderait par ailleurs les personnes qui subissent des pressions contre la vaccination dans leur entourage proche, ou permettrait aux gens qui se sont prononcés publiquement contre la vaccination dans le passé d’exprimer aujourd’hui un avis différent. Elle permettrait enfin une communication dirigée vers la cohésion sociale dans laquelle tous les membres de la population contribuent à maintenir le fonctionnement de la société en sauvegardant certaines missions essentielles.

Une aversion pour le risque, en général

Bien entendu, l’obligation vaccinale présente des inconvénients pour les non-vaccinés, même s’il faut préciser que leurs motivations sont diverses et que différents sous-groupes peuvent ressentir les choses différemment. Le problème le plus important est peut-être celui de la « réactance » : lorsque l’autonomie de décision (précédemment promise) est supprimée, les personnes non vaccinées pourraient regagner un sentiment d’autonomie en se montrant plus résistantes à l’obligation.

Mais il existe également des preuves de l’effet inverse. Les gens ont généralement une aversion pour le risque, surtout lorsqu’ils doivent eux-mêmes poser les choix. Lorsqu’on retire la responsabilité d’un éventuel mauvais choix, l’attitude à l’égard du risque change (on peut le constater, par exemple, dans les réactions à la vaccination obligatoire de la police de New York et d’American Airlines. Dans ces deux cas, étonnamment peu de personnes ont continué à s’opposer une fois la vaccination rendue obligatoire).

Le rôle crucial de la communication

Le facteur le plus important dans l’introduction de la vaccination obligatoire reste la communication. Jusqu’à présent, cette communication a été le maillon faible de la campagne de lutte contre la pandémie. Considérer les personnes non vaccinées comme stupides, peu solidaires ou égoïstes accentue la polarisation et ne rend pas justice à la multitude de raisons qu’elles peuvent avoir pour justifier leur choix.

Un message inclusif socialement contraignant qui traite tout le monde avec respect devrait être au cœur de cette démarche. On le sait, les avantages de la vaccination sont perceptibles avant tout en termes d’évaluation des probabilités et, malheureusement, le cerveau humain est mal équipé pour penser en ces termes. Il existe pourtant toute une littérature scientifique sur la communication à l’aide d’outils visuels afin de faciliter la perception des risques et la prise de décision. Il est temps que ces connaissances soient enfin mises à profit.

Les avantages l’emportent sur les inconvénients

En résumé, il existe de nombreux avantages et inconvénients à la vaccination obligatoire, mais d’un point de vue psychologique, nous pensons que les avantages l’emportent sur les inconvénients.

En tout état de cause, son introduction ne devrait pas être une raison pour le gouvernement de moins communiquer sur les raisons qui doivent motiver à la vaccination ou de moins se soucier d’atteindre tous les sous-groupes de la population, bien au contraire !

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

3 Commentaires

  • Posté par Vador Dark, mercredi 12 janvier 2022, 23:01

    Rappelons que tout le monde n'est pas impacté de la même façon. Le risque de forme grave du COVID est dépendante de l'âge, les plus jeunes en bonne santé étant très rarement atteints (voir les chiffres Sciensano sur la tranche 0-24 ans), et les séniors étant les plus exposés. Dans ce contexte, vouloir imposer la vaccination à tous ne se justifie pas à mon sens.

  • Posté par massacry olivier, jeudi 13 janvier 2022, 10:51

    Données Sciensano du moment: jamais les gosses n'ont été aussi hospitalisés! Données du rapport de l'Ahi pour 2020 en France, 28% des hospitalisations sont se fait de personnes saines, sans comorbidités ! Rappelons en effet que tout le monde n'est pas impacté de la même façon face au risque covid https://threadreaderapp.com/thread/1478611650760437765.html.

  • Posté par Raspe Eric, jeudi 13 janvier 2022, 8:31

    Protéger les plus âgés sera plus efficace si le virus circule moins. A partir du moment où l'efficacité de la vaccination vis-à-vis de la transmission est plus forte et s'érode moins vite chez les jeunes comme le montre les données de sciensano, une vaccination obligatoire y compris des plus jeunes a au contraire tout son sens! Le problème avec les antivax, c'est qu'ils sont horriblement binaires et incapables de regarder plus loin que le bout de leur nez.

Sur le même sujet

Aussi en Société

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

Geeko Voir les articles de Geeko