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Coronavirus: la culture rejette le baromètre soumis au Codeco

« Ceci n’est pas un baromètre, ce ne sera pas notre baromètre » : après quinze jours d’échanges intenses avec les différents pouvoirs, les secteurs des arts vivants rejettent le projet de baromètre discuté au Codeco.

Journaliste au service Culture Temps de lecture: 4 min

C’est la rupture, prévisible depuis lundi déjà : les neuf coupoles francophones des arts vivants ont rejeté ce jeudi après-midi la dernière version du baromètre élaboré par le Commissariat Corona. La culture n’approuve ni la base scientifique de ce baromètre, ni les critères d’évaluation, ni les paramètres pris en compte pour passer d’un niveau d’alerte à un autre. Dans la dernière version du baromètre, il n’y a même plus de vert ! Il n’y a plus que les couleurs jaune, orange et rouge, et le niveau des hospitalisations est pris en compte, ce qui placerait ipso facto la culture en zone rouge pour les semaines qui viennent.

« Depuis plus d’un an », affirment-ils dans un communiqué commun, « le secteur culturel demande une politique sanitaire non discriminatoire par rapport à d’autres secteurs, basée sur la reconnaissance de son rôle sociétal crucial. Il demande des mesures proportionnées au risque marginal (confirmé par de nombreuses études scientifiques convergentes) qu’engendrent ses activités, et qui tiennent compte des caractéristiques des publics accueillis (passif/actif) et du contexte dans lequel ses activités se déploient (extérieur/intérieur). »

Ceci n’est pas un baromètre

« Depuis trois semaines, le secteur culturel a participé activement aux discussions en vue d’élaborer un baromètre applicable à toutes les activités humaines, tous secteurs confondus, pour assurer la prévisibilité nécessaire de ses activités sur la base de critères objectifs. Aujourd’hui, après plusieurs propositions inacceptables dont la dernière nous est parvenue ce 20 janvier en milieu d’après-midi, le secteur culturel tire unanimement un constat : ceci n’est pas un baromètre ! Ceci ne sera pas notre baromètre ! »

Et la culture d’énumérer ses griefs : « Surévaluation du risque sanitaire, outil trop complexe, mesures contraignantes et surabondantes au regard du type d’activité et de public, incohérentes et discriminatoires au sein même du secteur mais surtout par rapport aux activités pourtant avérées plus risquées qui échappent, elles, au baromètre, marge d’interprétation trop grande n’écartant pas le risque de marchandage politique… Autant de raisons qui contraignent le secteur culturel à rejeter unanimement ce baromètre. »

Une concertation intense

Ce divorce entre la culture et le gouvernement fédéral est d’autant plus décevant que les contacts (formels et informels), les consultations, les informations par mail ou téléphone n’ont pas cessé ces trois dernières semaines entre les divers secteurs de la culture et tous les niveaux de pouvoir.

Après la grande bronca de la fin décembre, il y a eu visiblement un changement d’attitude du monde politique : que ce soit le ministre de la Santé publique Franck Vandenbroucke et son cabinet (au moins trois réunions), puis le commissaire corona Pedro Facon (au moins trois réunions), que ce soit la ministre francophone de la Culture Bénédicte Linard (Ecolo) et son cabinet (au moins deux réunions puis des échanges suivis), que ce soit le ministre-président Pierre-Yves Jeholet (MR) et son cabinet (des coups de sonde ciblés mais soutenus, constate la culture) ou le chef du gouvernement wallon Elio Di Rupo (PS) dont les positions ont d’ailleurs évolué, les contacts avec la culture ont été soutenus.

Entre le 4 et le 18 janvier, au moins quatre versions consécutives du baromètre ont été communiquées à la culture, sans compter au moins une contre-proposition remontant de la culture vers Bénédicte Linard puis le fédéral. Les divers secteurs de la culture, de leur côté, ont mis en commun toutes leurs forces, leurs contacts, et même lorsqu’ils ont reçu une quatrième version du baromètre ce 18 janvier et commencé à sentir qu’ils n’étaient pas réellement entendus, ils ne sont pas passés à l’offensive médiatique.

Mais ce jeudi après-midi, à quelques heures du Codeco, la coupe était visiblement trop pleine.

Pour une reprise immédiate

« A l’heure actuelle, (l’) application (du baromètre) n’offrirait aucune assurance de reprise pérenne et de prévisibilité des activités du secteur culturel. Au contraire, il confirme la position adoptée par le politique qui continue à considérer la culture comme une variable d’ajustement, un secteur non essentiel sans égard aux conséquences sur l’emploi, la motivation de ses acteurs et la population. »

« Au regard des constats scientifiques, le secteur culturel ne peut pas être considéré comme un accélérateur de l’épidémie. C’est un postulat de base qui doit conduire à l’élaboration d’un baromètre permettant de garantir, en tout temps, la permanence des activités culturelles et, par voie de conséquence, l’effectivité des droits culturels. »

En conclusion, « le secteur culturel réitère sa demande de reprise immédiate des activités culturelles au Codeco et l’instauration de mesures compensatoires adéquates et suffisantes si des restrictions acceptables devaient être imposées ».

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4 Commentaires

  • Posté par Brunet Maxime, jeudi 20 janvier 2022, 18:49

    Mais bien sûr que nous sommes en rouge et mis à part un peu d'orange en été, c'est la cas depuis 2 ans ! Regardez la carte de l'Europe.

  • Posté par Fonder Daniel, jeudi 20 janvier 2022, 18:05

    Seuls les restos et les boites de nuit sont demandeuse d’un baromètre car ce serait un frein à la fermeture, enjeu économique prioritaire. Lá ministre de la culture est Écolo, dont l’idéologie est de ne pas toucher aux transports en commun, l’école grande responsable de la crise actuelle et de la précédente est intouchable, heureusement elle va vers une fermeture automatique. Qui peut encore parler de compétence au sein du Codeco, même les experts les plus prudents disent que les mesures de jauges sont anormales … Où vas-y-on ?

  • Posté par Rabozee Michel, jeudi 20 janvier 2022, 20:02

    @Kédia Anthony: ils pourraient, lors des heures de pointe de voyageurs, doubler chaque bus par un autocar (comme en 2020); ça aurait l'avantage de donner aussi du boulot aux auto caristes qui en ont bien besoin.

  • Posté par Kédia Anthony, jeudi 20 janvier 2022, 19:41

    C'est quoi votre solution pour les transports en commun ? Diminuer les fréquences pour qu'il y ait encore plus de gens dans les bus ? Empêcher les gens (dont les travailleurs essentiels) d'aller travailler ? Mettre une jauge à 50% et laisser les accompagnateurs de train ou les chauffeurs de bus se faire taper dessus parce qu'ils refusent de laisser monter des gens ? La vérité c'est qu'il faut plusieurs mois avant qu'un bus ne soit construit et livré, et plusieurs années pour des trains ou des métros.

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