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Haro sur la culture !

Pierre-Yves Jeholet s’apprête à dissoudre le réseau des Agents de liaison académique et culturelle, seul véritable instrument de promotion internationale de la culture dont dispose la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pourquoi ?

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Il y a une trentaine d’années, ce qui n’était pas encore la Fédération Wallonie-Bruxelles vit la création d’un réseau de lecteurs chargés à la fois d’enseigner la langue française dans des universités étrangères et d’y promouvoir la littérature belge francophone. Au fil des années, les activités de ces lecteurs se sont diversifiées pour inclure l’organisation d’activités mettant en valeur les créateurs de notre communauté, l’établissement de contacts entre ceux-ci et les opérateurs culturels des pays où ils travaillaient, etc. Lorsque, finalement, il fut décidé de les nommer Alac (pour Agents de liaison académique et culturelle), il était établi que les membres de ce réseau pouvaient être considérés comme le fer de lance de la politique culturelle internationale de la Fédération. En 2020, une évaluation serrée confirma cet état de fait : le rôle des Alac était – et est toujours – déterminant dans le rayonnement, à l’étranger, des créations artistiques et littéraires belges francophones.

Une décision brutale

Pourtant, de manière tout à fait inattendue, Pierre-Yves Jeholet, dans la foulée de sa visite à l’Exposition universelle de Dubaï, a annoncé qu’il souhaitait restructurer les institutions en charge de la promotion internationale de la FWB. Parmi les éléments de cette restructuration, il prévoit la pure et simple suppression du réseau Alac en vue d’en transférer les compétences soit aux Agents de liaison scientifiques de la fédération (pour ce qui est des questions liées à l’enseignement), soit aux représentants locaux de Wallonie-Bruxelles international (pour ce qui est de la culture). La question de la langue française, qui constitue le premier pilier du travail du réseau Alac, elle, est passée par pertes et profits – quant aux agents dudit réseau, ils sont sommés de trouver de toute urgence un nouvel emploi. La brutalité de cette décision a attiré l’attention du député Jean-Charles Luperto, qui a demandé des explications à M. Jeholet. Sans effet.

Le rayonnement international des artistes gravement menacé

A l’heure où la décision de suppression du réseau Alac semble entérinée d’avance sans qu’aucun acteur du monde culturel ait été consulté sur cette mesure, il est temps d’alerter l’opinion publique. Sous prétexte de rationalisation, c’est en effet une cheville essentielle dans la politique culturelle de la FWB qui se trouve menacée – sans qu’aucune perspective de remplacement crédible n’en soit même envisagée. Les Agents de liaison scientifique ou les représentants de WBI non seulement ne disposent pas de l’expertise construite depuis plusieurs décennies par les membres du réseau Alac, mais ils sont déjà débordés dans l’exercice de leurs propres compétences. Tenter de leur redistribuer (de surcroît, de manière partielle) ce qui était jusque-là la mission des Alac revient par conséquent à entériner la mise au placard de toute possibilité, pour la FWB, de mener une politique culturelle internationale qui ne soit pas ridicule, vaine ou décorative.

Surtout, derrière cette décision, c’est toute une conception de la culture qui se profile – une conception dont l’article de foi principal est qu’elle ne compte pas, sinon comme variable d’ajustement. A l’heure où le ministère de la Culture de la Fédération lance un ambitieux programme d’intégration de la filière du livre, il est ironique que le ministre-président de la même Fédération se permette d’en dissoudre le maillon international le plus décisif. Outre un camouflet à sa collègue Bénédicte Linard, la décision de M. Jeholet est aussi une gifle au visage de toutes celles et ceux qui pouvaient compter sur les Alac pour que leur travail bénéficie d’une audience excédant les frontières de notre Fédération. C’est dire qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, la seule chose qui mérite un soutien à l’export est ce qui n’en a pas besoin : les frites, la bière et les Schtroumpfs – pour reprendre une énumération devenue proverbiale.

Il n’est pas encore trop tard pour faire machine arrière et proposer un véritable plan ambitieux pour la diffusion de la culture de la FWB à l’étranger.

*Signataires :

Laurent de Sutter, Yves Namur (1), Véronique Bergen (1), Paul Aron, Renaud Maes, Charline Lambert, Stéphane Ginsburgh, Sarah Defrise, Thierry Vanhasselt, David Strosberg, David Giannoni, Philippe Marczewski, Sara Selma Dolorès Amari, Jean-Marie Klinkenberg (1), Luc Delisse (1), Valérie Dufour, Dimitri Piot, Corinne Hoex (1), Myriam Leroy, Aurélie William Levaux, Claire Huber, Jean-Claude Bologne (1), Jacques Lemaire (1), François Emmanuel (1), Nathalie Skowronek (1), Carmelo Virone, Anne Versailles, Dan Van Raemdonck, Thomas Gunzig, Caroline Lamarche (1), Nicolas Ancion, Vincent Engel, Frank Pé, Joëlle Baumerder, Michèle Goslar, Jean-Pierre Orban, Matthieu Peltier, Adeline Dieudonné, Anne Carlier (1), André Versaille, Sophie Basch (1), Fabrice Bourlez, Tanguy Habrand, Boris Lehman, Pascale Seys, Marc Quaghebeur, Geneviève Damas, Isabelle Wéry, Yves Depelsenaire, Eric Brogniet (1), Jean-Pierre Piemme, Armel Job (1), Gil Bartholeyns, Nathalie Van Campenhoudt, Laurent Demoulin, Laurence Boudart, Dick Tomasovic, Xavier Löwenthal, Eric Clemens, Fabian Fiorini, Benjamin Maneyrol, Jean-Paul Dessy (1), Pascale Tison, Antoine Wauters, Jean-Luc Fafchamps, Laurence Rosier, Annick Walachniewicz, Jean-Marc Defays, Erwin Dejasse, Alec De Busschère, Bernard Hislaire, Juliette Romero, Barbara Moreau, Emmanuelle Rassart, Max de Radiguès.

(1) de l’Académie

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3 Commentaires

  • Posté par Smyers Jean-pierre, mardi 1 février 2022, 15:40

    La FWB entend donc, avec des années de retard, suivre le mauvais exemple français qui a totalement désinvesti dans l'enseignement de la langue française et le rayonnement des cultures francophones à l'étranger. Le résultat a été un effacement de la France en général dans tous ces pays, sans qu'une énième mission économique ait pu compenser cette déperdition: ce programme permet en effet de tisser un lien très fort, pour toujours et en profondeur, entre nos enseignant.es, hautement qualifié.es et passionné.es avec leurs étudiant.es et par-là, avec le pays hôte. Une économie qui, si elle se concrétise, coûtera cher à la FWB !

  • Posté par Debersaques Bart, lundi 31 janvier 2022, 23:32

    Gargamel veut tuer les Schtroumpfs. Le Schtroumpfs barbare a plus de respect pour la culture. Mea-culpa lors du dernier coupure. Maintenant l'axe dedans, sans pitié.

  • Posté par Debersaques Bart, lundi 31 janvier 2022, 23:35

    précision: illustrant certains caractéristiques de l'attitude de Pierre-Yves Jeholet vis-a-vis la culture

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