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Chute des prix des bananes: les agriculteurs et les travailleurs paient la facture

Il est grand temps qu’on tranche une fois pour toutes l’épineuse question d’un prix équitable pour les bananes, un prix qui intègre les coûts humains et écologiques.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

La banane est sans aucun doute le fruit le plus populaire au monde. Avec une valeur d’exportation mondiale estimée à 7 milliards de dollars par an, elle est aussi une des plus importantes denrées alimentaires d’un point de vue économique et commercial. Le commerce de la banane est au cœur de l’économie de nombreux pays producteurs bananiers. La banane est la base du revenu de plus de 450 millions de personnes dans le monde. En Belgique aussi, nous sommes accros à la banane. En 2020, c’était la banane qui venait en tête de classement de fruits avec une consommation moyenne de 7,42 kg par belge (contre 7,33kg pour les pommes). La banane est aussi très importante pour la Belgique d’un point de vue économique : chaque année, près de 8 milliards de bananesentrent sur le marché européen par le port d’Anvers.

Les producteurs et les travailleurs de la banane peinent à joindre les deux bouts

Malgré un commerce qui semblerait florissant, a situation du côté des producteur.trice.s et des travailleu.euse.s dans le secteur de la banane se dégrade. L’augmentation des coûts de production des matériaux d’emballage et des engrais – causée en partie par les distorsions du marché liées au covid – combinée aux effets du changement climatique et à la lutte contre les maladies, exerce une pression accrue sur les producteur.trice.s de bananes. En conséquence, les moyens de subsistance des producteurs et aussi des travailleurs sont menacés. Les difficultés financières croissantes auxquelles sont confrontés les producteurs de bananes entraînent dès à présent de nombreuses complications. Cela va des difficultés à conclure de nouveaux contrats commerciaux, à l’obligation d’accepter des prix inférieurs au coût de production. La crise actuelle entraîne de plus en plus de producteurs de bananes à perdre de l’argent sur chaque banane vendue. Cela les empêche d’assurer un revenu vital pour eux-mêmes et leur famille, réduit leur capacité à réinvestir durablement dans leurs plantations et menace les conditions de travail de milliers de travailleur.euse.s de la banane dans des régions où les possibilités d’emploi sont extrêmement limitées.

Une prise de conscience par les politiques…

En même temps on assiste à une prise de conscience et à une préoccupation croissante de la part des décideurs politiques en Amérique Latine concernant le bien-être des producteur.trice.s de bananes. À tel point qu’il y a deux semaines, les gouvernements de sept pays producteurs de bananes – l’Équateur, la Colombie, le Panama, le Guatemala, le Costa Rica, la République dominicaine et le Honduras – ont réagi publiquement à la crise actuelle en publiant une déclaration commune lors d’un sommet de la banane. Dans cette déclaration, ils lancent un appel pressant en faveur d’une responsabilité sociale partagée tout au long de la filière banane. Alors que la pression sur les producteurs de bananes s’intensifie, il est temps que les consommateur.trice.s et la grande distribution agissent également.

… et par la grande distribution

Ces dernières années, plusieurs grands acteurs de la grande distribution européens se sont engagés à garantir des salaires et des revenus vitaux dans leurs chaînes d’approvisionnement de bananes. Plusieurs d’entre eux ont rejoint l’initiative d’IDH concernant la « Roadmap for Living Wages » et la « INA/GIZ Living Income Working Group ». Ces initiatives sont essentielles pour passer d’un processus « top-down » de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) à un processus inclusif basé sur la coopération, l’investissement et la solidarité entre tous les acteurs de la chaîne de valeur. En effet, la responsabilisation et le partage des responsabilités de TOUS les acteurs de la chaîne sont essentiels. En ce sens, la grande distribution devrait adopter des pratiques d’achat éthiques et, en parallèle, les producteu.trice.rs devraient prêter attention au travail décent et aux droits des travailleur.euse.s pourvu qu’ils/elles disposent des moyens essentiels pour garantir l’efficacité et la durabilité.

La route est longue

Toutefois, comme le montrent les événements actuels, la route vers ce partage des responsabilités est longue et les producteur.trice.s doivent encore trop souvent absorber une part disproportionnée de l’augmentation des coûts. Dans le même temps, les exigences en matière de durabilité ne cessent d’augmenter, faisant grimper ces coûts pour les producteur.trice.s de bananes et, le plus souvent, les grands acteurs du monde de la banane ne donnent pas aux producteur.tice.s le temps et/ou les ressources nécessaires pour s’adapter aux nouvelles exigences. Si les acheteurs ne s’engagent pas à aligner leurs pratiques économiques sur leurs objectifs sociaux et environnementaux, les producteur.trice.s et les travailleur.euse.s du secteur de la banane continueront à faire face à des « coûts humains » insoutenable. Cette situation entraînera des pertes d’emplois et donc des moyens de subsistance, fera augmenter des emplois précaires et informels, contribuera à des conditions de travail dangereuses et, finalement, aboutira à un désinvestissement dans la durabilité tant d’un point de vu socio-économique qu’environnemental.

Le prix minimum comme point de départ

Les processus législatifs relatifs au devoir de vigilance qui sont en cours tant au niveau européen que fédéral, devraient permettre de résoudre en partie ce problème. Il est aussi grand temps que la Belgique suive l’exemple de ses voisins néerlandais et allemands pour mettre en place une initiative sectorielle pour faire face aux enjeux de justice sociale dans la chaîne de valeur banane. Le commerce équitable – comme proposé par le label Fairtrade – a un rôle à jouer dans ce domaine, comme le reconnaissent les gouvernements des sept pays producteurs de bananes d’Amérique latine. Dans leur appel, ils exhortent les entreprises à adhérer à l’approche commerciale de Fairtrade et, en particulier, au système de prix minimum. Les allégations de pratiques commerciales responsables ne sont tout simplement pas crédibles sans un prix équitable négocié avec les producteur.trice.s, un prix qui tienne pleinement compte de tous les coûts économiques, sociaux et environnementaux.

 

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