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Incohérence, peur, lassitude, épuisement, incompréhension, désolation, frustration: le nouveau champ lexical de l’école

En raison d’un important absentéisme et de mesures sanitaires de plus en plus lourdes, la situation dans les écoles se dégrade. « Nous ne remplissons plus notre mission », se désole une diretrice adjointe d’un établissement scolaire.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Ecole, garderie, théâtre ? L’école est tout à la fois ! Mais c’est sûr elle est ouverte et assure la continuité des apprentissages ! De quels apprentissages parlons-nous ? Ah oui il faut apprendre à vivre avec… ce fichu virus et ces décideurs indécis !

Y a-t-il quelqu’un dans ce navire pour éviter le naufrage ? Nous devons faire notre job et garder les enfants au sein de l’école pour permettre aux parents de télétravailler mais est-ce cela l’essence du métier ?

Où est la créativité, la liberté, la spontanéité qui devraient résonner dans le cœur de celles et ceux qui ont choisi cette vocation. Ils l’ont choisie pour mettre des enfants et adolescents en situation d’apprentissage, d’éducation, de fraternité, d’autonomie, de respect de confiance et de cohérence.

Depuis le 20 mars 2020, nous avons cherché et trouvé des solutions pour acheter des poubelles à couvercles, du gel hydroalcoolique, pour organiser un sens de circulation dans nos couloirs, réduire la fracture numérique en équipant les élèves en matériel informatique et fournir des masques. Tout cela en un temps record ! Le 17 décembre 2020, Madame la Ministre déclarait que l’école n’était pas le moteur de l’épidémie. Aujourd’hui, nous recensons près de 50.000 cas de covid : l’école est non seulement un des moteurs mais aussi victime.

Ma question est simple et la réponse devrait l’être tout autant : en 21 mois, qu’avez-vous proposé comme changements pour faire face à la crise tout en revalorisant la place de chacun ?

Une situation instable d’heure en heure

Le projet est sans doute sur la table… Mais aujourd’hui plus que jamais nous ne faisons plus que de l’organisationnel à coup de circulaires et au rythme de Codeco.

L’école rime avec stabilité mais ce chaos rend la situation instable d’heure en heure. Le changement est continu, la créativité inexistante et les innovations se font attendre. Les projets s’endorment et la motivation s’étiole.

Nous sommes à un tournant et l’école doit permettre les apprentissages dans un climat de vivre-ensemble. Ce climat est tendu, électrique et se résume à la seule et unique question sanitaire.

L’école est un système triangulaire dont un des piliers est l’ensemble des éducateurs. Ils sont indispensables dans notre fonctionnement et reçoivent peu de considération. Ils sont la plaque tournante d’une école mais organiser la désorganisation devient en effet un numéro d’équilibriste ! La liste des absents s’allonge d’heure en heure… et la journée commence par les aménagements d’horaires et se termine de la même manière. S’ils ne sont pas là, qui s’occupe des horaires, des présences, des surveillances dans la cour, des études bondées et des bobos de nos élèves ? L’encadrement, c’est le devoir de l’école mais aujourd’hui, nous ne remplissons plus notre mission. L’absentéisme gangrène notre système scolaire.

Des élèves malmenés

Certains élèves qui arrivent à 8h repartent à 8h15 car aucune heure de cours ne leur sera dispensée. Est-ce cela la bienveillance dont vous nous parliez ? Nos élèves font parfois quelques kilomètres à pied, en train ou en bus avant d’arriver à l’école. Ils sont parfois jeunes, très jeunes et se retrouvent en dehors de nos murs en toute insécurité.

Sans oublier qu’il est déconseillé de mélanger les bulles mais les élèves sont une centaine entassés dans une salle d’études dont le détecteur, le seul et heureusement, ne cesse de sonner. Et bien qu’attendons-nous ? Ouvrons les fenêtres ! Mettez votre manteau, vos gants et votre bonnet et restez bien concentrés pour réaliser le travail que vous n’avez pas reçu car votre professeur est absent. Comment, dans ces conditions de froid et de brouhaha permanent, permettre la mise en place d’une réflexion profonde et d’une pédagogie innovante ? Comment penser à la continuité des apprentissages alors que tout est décousu et déstructuré. L’essentiel est sans cesse repoussé à plus tard ! Mais quand ?

Madame la ministre, parlez-nous !

Je vous trouve bien silencieuse, Madame la ministre… Pourtant, les mots servent à parler, même si le dialogue est la confrontation de deux raisons qui trop souvent s’opposent, c’est vrai. On ne fait pas de démocratie enfermés à quelques-uns dans un bunker ! Quand comptez-vous nous concerter sur nos conditions de travail inhumaines ? Il est vrai que ce travail se résume à des chiffres, des moyennes et des statistiques. Sachez que notre bienveillance a des limites. L’heure n’est plus au débat d’idées interminables mais nous devons en tant que professionnels chercher des solutions, seuls. C’est seuls que nous sommes convaincus de l’importance de remettre la pédagogie à l’avant-plan. C’est seuls que nous sommes convaincus qu’il faut humaniser davantage en créant des espaces de paroles et en renforçant les aides psychologiques. Je parlais de l’importance des « maux » pour dialoguer mais ils servent également à comprendre ce que chacun ressent. Incohérence, peur, angoisse, lassitude, épuisement, incompréhension, désolation, frustration… C’est le nouveau champ lexical de l’école. L’école qui normalement rassure par sa cohérence et sa stabilité et qui élève l’esprit par la pédagogie et l’esprit critique.

Le maestro belge l’a bien compris… Les mots servent aussi à traduire ce que l’on ressent.

Alors, Madame la ministre, si vous ne pouvez plus parler, eh bien chantez, maintenant !

 

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4 Commentaires

  • Posté par Frippiat Yves-Marie, lundi 7 février 2022, 11:55

    À moins d'être idiot ou de vivre sur une autre planète, tout le monde comprend le profond désarroi pour ne pas dire la colère que traduit cette carte blanche. Et ne serait-ce que pour souligner la très grande difficulté de la situation vécue quotidiennement par le personnel enseignant, sa publication est utile. Mais j'observe que l'auteure se limite à une description du chaos provoqué par la pandémie et ne suggère aucune solution, sinon d'établir un dialogue avec la ministre. Je ne mésestime pas l'importance des dialogues, mais si c'est pour acter qu'on se trouve devant une forme de quadrature du cercle et qu'il n'y a, de fait, aucune solution vraiment satisfaisante, à quoi bon? Je crois malheureusement que, pour un peu de temps encore, la seule chose utile c'est de faire front le mieux possible en serrant les dents et se serrant les coudes. Et après l'orage, il faudra prendre les dispositions pour atténuer les dégâts de long terme.

  • Posté par lambert viviane, samedi 5 février 2022, 17:59

    Vieille carte blanche qui ne correspond plus à la réalité du moment . L'auteur aurait dû re-actualiser ses propos.

  • Posté par lambert viviane, samedi 5 février 2022, 17:59

    Vieille carte blanche qui ne correspond plus à la réalité du moment . L'auteur aurait dû re-actualiser ses propos.

  • Posté par lambert viviane, samedi 5 février 2022, 17:59

    Vieille carte blanche qui ne correspond plus à la réalité du moment . L'auteur aurait dû re-actualiser ses propos.

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