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La communication scientifique, politique et journalistique autour de la pandémie de covid doit être rigoureuse

La pandémie s’éternise tandis que la patience et la compréhension de la population s’épuisent. Dans ce contexte, il est vital de respecter certaines bonnes pratiques en termes de communication de la part tant des scientifiques, des journalistes que des politiciens. Les signataires proposent quelques pistes.

Carte blanche - Temps de lecture: 8 min

L’audition au Parlement de Geert Vanden Bossche, connu pour ses positions anti-vaccins, a légitimement provoqué l’incompréhension de la communauté scientifique belge. De même, l’Université de Liège a eu à déplorer l’expression de craintes hypothétiques quant à la sécurité des vaccins de la part de l’un de ses membres, le professeur Patrick Meyer. Il a été conclu que les propos de G. Vanden Bossche et P. Meyer s’écartent du consensus scientifique sans fournir de réels arguments factuels et ne peuvent donc être considérés comme de véritables avis d’expert. Cependant, il ne suffit pas toujours d’être un expert «reconnu» pour éviter les écueils. Une question devient ainsi lancinante dans la gestion et la communication autour de la pandémie. Quelle est la réelle expertise de chacun et chacune, et comment s’assurer qu’une prise de décision répond bien d’un «consensus sur la réalité des faits» et non d’une opinion? Comment les politiciens, journalistes ou simples citoyens peuvent-ils s’y retrouver entre expertise solide et «déclaration au doigt mouillé»? Nous proposons ici quelques clés utiles aussi bien pour nos collègues scientifiques que pour le public en général, les médias et le monde politique afin de maintenir ou restaurer la confiance dans la communication scientifique, journalistique et politique concernant la pandémie.

1.Déclarons les conflits d’intérêts Dans les domaines relatifs à la médecine, les scientifiques s’exprimant en conférence et dans les périodiques scientifiques sont soumis à de strictes règles de transparence en termes de conflits d’intérêts. Sont notamment considérés comme conflits d’intérêts des relations familiales avec des membres de l’industrie ou le monde politique, la possession d’actions, les activités de consultance ou autres activités rémunérées présentes et passées en lien avec l’industrie. Il serait essentiel que cette bonne pratique soit rigoureusement exigée tant par les politiciens que par les journalistes. Un conflit d’intérêts n’annule pas la compétence de l’expert/e qui s’exprime, mais permet d’estimer les éléments pouvant altérer consciemment ou inconsciemment l’objectivité de ses positions. 2.Evitons les déclarations trop éloignées des domaines d’expertise réels Un excellent ingénieur informaticien comme P.Meyer peut-il subitement se décréter expert en sécurité vaccinale? Un biostatisticien est-il aussi épidémiologiste, clinicien, virologue ou immunologiste? La «confusion» des expertises est devenue la règle dans les médias et auprès du monde politique, comme on l’a vu lors des auditions parlementaires. On touche là aux limites du système décisionnel et informationnel actuel dans lequel un petit nombre d’experts, quasi toujours les mêmes, sont invités à s’exprimer sur tous les aspects de la crise sanitaire. Personne ne peut pourtant se revendiquer expert de tous les aspects relatifs à la crise. Avant toute communication, les experts devraient faire leur examen de conscience, vérifier la solidité de leurs sources et estimer le degré de certitude et de compétence qu’ils peuvent avoir vis-à-vis de leurs déclarations. De même, leurs interlocuteurs devraient se garder de faire sortir les experts de leurs domaines d’expertise. 3.Soyons prudents avec le «nudging» La persuasion de la population repose en Belgique fortement sur le nudging, qui consiste à influencer les choix de santé en présentant les «meilleurs» incitants. L’exemple de nudging sans doute le plus connu de tous dans la crise actuelle est le message que les doses de rappel permettent de réduire les risques de formes graves mais aussi de transmission du coronavirus. Un problème survient cependant lorsque le nudging amène à biaiser ou filtrer l’information objective pour n’en présenter que les aspects les plus avantageux. Ainsi, l’affirmation que le rappel du vaccin «limite le risque d’infection par omicron de 50%» a été largement reprise par nombre d’experts et politiciens. Or, ce chiffre n’est basé que sur les relevés d’infections passifs de Sciensano alors que notre testing est à complète saturation et fortement biaisé de ce fait. Comme le reconnaît Sciensano dans le paragraphe introductif de son analyse, seule une confiance très relative peut être accordée au chiffre de 50%. Ce chiffre fait aussi l’impasse sur le fait que la protection contre l’infection conférée par le booster est en fait transitoire. On peut comprendre la volonté de promouvoir l’existence d’un effet significatif du booster sur les infections, puisqu’il est notamment l’argument moral principal soutenant le Covid Safe Ticket. Pourtant, un grand nombre de personnes ayant reçu leur rappel pourront contracter l’infection, et ce risque augmente d’autant plus que le temps depuis leur dose de rappel passe. Le virus pourra se répliquer chez ces personnes, entraînant des signes cliniques généralement peu importants mais les rendant toutefois infectieuses, c’est-à-dire capables de transmettre le virus. Fort heureusement, l’immunité conférée par le vaccin reste suffisante pour éviter les complications sévères (dont l’insuffisance respiratoire) chez la grande majorité des individus. Malgré les tentations du nudging, nos experts, politiciens et journalistes ne peuvent ignorer qu’une fausse promesse de sécurité peut conduire les personnes se croyant protégées à prendre plus de risques, ce qui peut faire augmenter la circulation virale. Nous aurions sans doute pu mieux réduire l’ampleur de la vague actuelle, notamment hospitalière, si nous avions déclaré plus tôt que le vaccin ne permet pas de contrôler la circulation virale, ce qui est la réalité observée, et recommandé à tous la plus grande prudence notamment au contact de personnes fragiles. C’est ce qu’a fait notamment le Center for Disease Control américain. A l’avenir, le degré de fiabilité de toute affirmation pouvant avoir un lourd impact sur l’évolution de la pandémie devrait être mieux évalué et rapporté par les experts, mais aussi par les journalistes et les politiciens. Nous pourrions prendre exemple sur l’agence de surveillance de la santé du Royaume-Uni Ukhsa qui estime un niveau de fiabilité à toutes ses conclusions. 4.Exigeons plus de collégialité pour une meilleure synthèse Le professeur P.Meyer aurait sans doute évité bien des écueils dans sa communication s’il avait recherché l’avis de cliniciens, d’épidémiologistes, de virologues ou d’immunologistes, par exemple au sein de son institution. Une recommandation à faire aux politiciens et aux journalistes est d’exiger que toute contribution faisant appel à des connaissances multidisciplinaires, si elle s’écarte du consensus scientifique, doive être soutenue par un ensemble d’experts crédibles couvrant les différents domaines abordés. Mais il faut aussi que les politiciens et les journalistes restent conscients que, même au cœur d’une discipline, de nombreux points de vue sont nécessaires pour atteindre le meilleur niveau de compréhension d’une question précise. C’est notamment permis par ce que l’on appelle la «révision par les pairs», processus au cours duquel les résultats ou conclusions des scientifiques sont «mis à l’épreuve» par d’autres scientifiques du même domaine. Le manque de collégialité, notamment la non-recherche d’expertises étrangères, l’absence de révision par les pairs, le recours systématique aux mêmes petits comités d’«experts» créent un risque d’erreur important dans les cercles conseillant directement ou indirectement le gouvernement. Certains débats peuvent ainsi sembler «cadenassés», où l’on présente comme un consensus des positions qui n’apparaîtraient souvent que comme une opinion parmi d’autres à l’échelle de la communauté scientifique internationale. 5.Imposons-nous plus de retenue Entre déclarations «rassuristes» et «alarmistes» qui se succèdent à un rythme effréné et en tous sens dans la presse et sur les réseaux sociaux, la population finit par s’y perdre. Par exemple, supputer qu’aucun variant problématique n’apparaîtra avant l’été en mode «rassuriste», ou promettre à tous le besoin prochain d’une quatrième dose de vaccin en mode «alarmiste» sont le type de déclarations qui font aujourd’hui plus de tort que de bien. Elles ne reposent sur rien de concret, nourrissent de faux espoirs ou l’anxiété, et démotivent voire irritent les personnes qui en ont assez des promesses sans lendemain. Les médias, les réseaux sociaux, plus utilisés pour nourrir les ego que pour alimenter un débat constructif, ne sont pas le meilleur endroit pour mener un débat scientifique et sociétal de cette importance. Soyons tous conscients que ce que nous déclarons peut être interprété de diverses manières par la population et que le comportement des personnes est le facteur numéro un conditionnant la circulation du virus. Les points d’attention soulevés ici ne sont bien entendu pas exhaustifs et le débat sur la communication autour de la pandémie est universel et nécessaire. Nous ne pouvons qu’appeler nos collègues à l’humilité, à la collégialité, à la transparence et à la retenue quant à leurs déclarations individuelles envers le public et les politiciens. De même, les politiciens et journalistes devraient être plus exigeants quant à la qualité et la robustesse des avis qu’ils récoltent auprès des différents experts qu’ils consultent. Personne ne peut se prétendre «expert en tout», et certainement pas au milieu d’une pandémie aussi changeante. La situation est complexe, la façon de l’appréhender et de la présenter au public se doit d’être plus rigoureuse. Nous avons tous un rôle à jouer pour informer correctement la population que nous soyons experts, politiciens, journalistes, mais aussi personnes du public qui relaient les informations à leurs réseaux. Ainsi nous contribuerons tous à arriver à un consensus au plus près de la réalité de la pandémie et pourrons la gérer le mieux possible.

*Signataires: Fabrice Bureau, Immunologiste, Liège Université; Christophe Desmet, Immunologiste, Liège Université; Daniel Desmecht, Pathologiste, Liège Université; Benjamin Dewals, Immunologiste, Liège Université; Nicolas Gillet, Immunologiste, Université de Namur; Nathalie Jacobs, Virologue, Liège Université; Oberdan Leo, Immunologiste, Université Libre de Bruxelles; Annick Linden, Infectiologue, Liège Université; Bénédicte Machiels, Immunologiste, Liège Université; Thomas Marichal, Immunologiste, Liège Université; Benoît Misset, Médecin intensiviste, Liège Université; Muriel Moser, Immunologiste, Université Libre de Bruxelles; Michel Moutschen, Infectiologue, Liège Université; Eric Muraille, Immunologiste, Université Libre de Bruxelles; Catherine Sadzot, Virologue, Liège Université.

 

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3 Commentaires

  • Posté par Smyers Jean-pierre, mardi 15 février 2022, 17:53

    Pour mémoire, Adolf est un activiste qui milite violemment en faveur de la propagation du vaccin: il nous abreuve depuis des mois de fausses informations. Il préconise en outre des traitements vilipendés par les experts qui ne sont pas de salon (ou d'arrière-cuisine). Son cas relève à la fois de la psychiatrie et de la justice.

  • Posté par Adolphe Bonisseur, journaliste citoyen et fact-checker, lundi 14 février 2022, 16:52

    La thèse de VandenBosche c'est: 1) pas vacciner pendant une pandémie, 2) la vaccination pousse le virus à muter, 3) le vaccin sélectionne des virus plus virulents. Tous ces principes étaient dans le consensus de la science jusqu'à 2019. C'est pas lui qui a changé, c'est les scientifiques vendus qui nous ont raconté la grand salade du vaccin magique, même si aucun vaccin a jamais fini avec un coronavirus.

  • Posté par massacry olivier, mardi 15 février 2022, 22:43

    Du plouc cela fait plus de vingt ans que le gus n'est plus scientifique. https://sciencebasedmedicine.org/countering-geert-vanden-bossches-dubious-viral-open-letter-warning-against-mass-covid-19-vaccination/, https://zdoggmd.com/vanden-bossche/, https://www.mcgill.ca/oss/article/covid-19-critical-thinking-pseudoscience/doomsday-prophecy-dr-geert-vanden-bossche, https://www.deplatformdisease.com/blog/addressing-geert-vanden-bossches-claims. Au fait as.-tu seulement réfléchi à ce que tu dis disons avec la grippe..

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