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L’absolue nécessité d’inclure les femmes dans les secteurs technologiques de demain

A l’occasion de la Semaine européenne de l’intelligence artificielle (14-18 mars), il est utile de rappeler que certains métiers dans des secteurs technologiques clés sont trop peu exercés par les femmes. Et ce n’est pas une fatalité.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Les technologies sont devenues omniprésentes dans nos vies et bouleversent presque tous les secteurs d’activité. La 4e révolution industrielle que nous traversons progresse à un rythme exponentiel et des millions de nouveaux emplois seront bientôt à pourvoir. En ce sens, il est prédit que 65 % des enfants qui entrent aujourd’hui à l’école primaire auront un emploi qui n’existe pas encore à l’heure actuelle. Les emplois « Stem », c’est-à-dire dans le domaine des sciences, technologies, ingénierie et mathématiques, sont clés dans la transformation technologique que vivent nos sociétés. Alors que les progrès technologiques requièrent de nombreux nouveaux talents, les femmes, trop peu présentes dans les secteurs Stem, risquent d’être exclues des secteurs de demain.

Aujourd’hui, la présence trop timide des femmes dans les secteurs Stem ne coule cependant pas de source. D’ailleurs, à l’école primaire, ces dernières ont en mathématiques et dans les compétences informatiques des résultats équivalents aux garçons, voire des résultats légèrement supérieurs. Pourquoi les compétences des jeunes filles ne correspondent-elles dès lors pas avec leurs compétences et attitudes envers les secteurs Stem ? L’une des sources du problème serait à trouver dans l’environnement dans lequel grandissent les jeunes filles. Alors que l’intérêt pour les secteurs Stem se forge à l’école secondaire, de nombreux obstacles empêchent les jeunes adolescentes de se projeter dans ceux-ci. Ces obstacles sont en partie issus de stéréotypes de genre qui sont véhiculés inconsciemment par l’entourage et qui affectent directement les jeunes femmes dans leur choix d’étude et par la suite, leur carrière professionnelle. Par exemple, il a été démontré que les attentes des parents et des professeurs en mathématiques sont stéréotypées en faveur des garçons – faussement réputés pour être meilleurs dans cette matière –, ce qui influence inconsciemment les jeunes filles à s’en détourner.

La double peine en matière d’intelligence artificielle

L’un des secteurs Stem où l’absence de femmes est la plus criante est celui de l’intelligence artificielle (ci-après « IA »). Dans le monde, la proportion féminine représente uniquement 12 % du secteur. Le fossé gigantesque qui sépare les deux sexes est pourtant loin d’être anodin. Alors que les algorithmes sont en train de se déployer dans nos vies privées et professionnelles, l’absence de femmes dans ce secteur peut apporter des conséquences dramatiques. Le premier danger est qu’elles soient exclues d’un secteur d’avenir qui pourvoira de nombreux emplois. Le marché de l’IA est estimé à 16 billions de dollars en 2030. Le second danger, encore plus pernicieux, est que les stéréotypes de genre soient intégrés inconsciemment au sein des nouvelles technologies avec pour terrible conséquence que les femmes soient discriminées. À lire aussi Thymia promet de détecter la dépression «en moins de dix minutes» grâce à des jeux vidéo

C’est ici qu’apparaît le problème : si les algorithmes sont entraînés avec des données biaisées, ceux-ci reproduiront les biais qu’ils ont intégrés. Si les concepteurs – aujourd’hui majoritairement masculins – n’ont pas conscience des obstacles quotidiens que les femmes ont vécus ou vivent encore aujourd’hui, les algorithmes qu’ils vont déployer impacteront de manière significative la vie de la moitié de la population. Un triste exemple est la carte de crédit d’Apple dont l’algorithme censé établir la solvabilité d’un débiteur proposait des lignes de crédit 20 fois plus élevées aux hommes qu’aux femmes pourtant avec les mêmes conditions fiscales et avec le même historique de crédit. Un autre exemple, tout aussi déplorable, est l’un des algorithmes d’Amazon, dont l’objectif était de sélectionner les CV de candidats. L’algorithme en question favorisait les hommes au détriment des femmes, car celui-ci était entraîné sur base des embauches des 10 dernières années, qui étaient majoritairement masculines. Ces exemples montrent l’importance de la diversité des équipes lors de la conception d’algorithmes, car il est peu probable que des femmes auraient ignoré ces erreurs aberrantes. La diversité permet donc d’éviter aux femmes d’être discriminées (et permet accessoirement aux concepteurs d’algorithmes d’éviter un bad buzz).

Résoudre un problème sociétal

Volonté d’exclusion ou conséquence malheureuse, le constat est pourtant le même : le problème est sociétal. Les stéréotypes de genre ont la vie dure, et ce au détriment du sexe féminin. Pourtant, il a été démontré que les entreprises qui privilégient la mixité au sein de leur personnel ont en moyenne de meilleurs résultats. Puisque l’intérêt pour les secteurs Stem se forge avant l’âge adulte, il est primordial que les stéréotypes de genre ancrés dans l’environnement dans lequel grandissent les jeunes filles soient neutralisés afin que celles-ci se sentent aussi capables que les garçons et puissent se projeter dans une carrière scientifique. La liste des solutions proposées est longue, mais il est impératif d’agir maintenant. Que faire ? Les parents doivent émettre des opinions positives quant à la place des femmes dans les secteurs Stem, les professeurs doivent veiller à démystifier la prétendue masculinité qui entoure la technologie, les employeurs doivent favoriser la diversité dans leurs équipes et le monde politique doit s’engager dans des programmes pédagogiques ayant pour but de favoriser la place des femmes dans les sciences et permettre à ces dernières de s’épanouir et trouver leur place dans les secteurs de demain. Si rien n’est fait pour réduire drastiquement le fossé qui sépare les hommes et les femmes dans les secteurs de demain comme l’IA, il est fort probable que les stéréotypes de genre du présent et du passé se cristallisent dans les technologies du futur. À lire aussi La chronique Carta Academica: Sommes-nous protégés des algorithmes qu’utilisent les administrations publiques?

 

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1 Commentaire

  • Posté par Naeije Robert, lundi 14 mars 2022, 10:32

    "il est primordial que les stéréotypes de genre ancrés dans l’environnement dans lequel grandissent les jeunes filles soient neutralisés afin que celles-ci se sentent aussi capables que les garçons et puissent se projeter dans une carrière scientifique" Enseignant retraité, père et grandpère observateur attentif de la formation de ses petites-filles et petits-fils, je témoigne que cette affirmation n'est pas correcte. Les filles qui souhaitent faire une carrière scientifique n'en sont pas plus empêchées que les garçons. Il faut arrêter ce battage médiatique victimisant les filles!!

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