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Les CPAS au cœur des crises sociale, sanitaire, énergétique, et pas que…

Bruxelles n’a pas besoin de nouveaux outils structurels pour assurer une politique sociale digne de ce nom. L’urgence est de renforcer les moyens d’action des CPAS et des infrastructures de soins de santé.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Alors que notre pays ne s’est pas encore remis du choc de la plus importante crise sanitaire depuis près d’un siècle, combinée aux effets des crises sociale, énergétique, climatique et migratoire, les premiers demandeurs d’asile ukrainiens frappent à la porte du « Petit-Château » au bord du Canal. Dans une Région qui contribue à hauteur de 18 % au PIB à l’échelle nationale, il est utile de rappeler que Bruxelles comptait déjà encore avant la crise sanitaire, proportionnellement, la population la plus fragilisée du pays : en 2019, 31 % de la population y vivait sous le seuil de pauvreté (contre 10 % en Flandre et 18 % en Wallonie), 38 % de la population était en situation de risque de pauvreté ou d’exclusion, soit le double de la moyenne nationale, et 27 % des Bruxellois étaient des Bénéficiaires de l’Intervention Majorée de soins (BIM) le 1er janvier 2020 (soit 334.077 personnes). Ces statistiques socio-économiques alarmantes avant l’épidémie de covid ont encore été aggravées par elle. À la hausse des demandes, de 10 à 40 % selon le type, s’ajoute une complexification des situations (problèmes multifactoriels mêlant logement, santé mentale et physique, précarité financière, alimentaire, énergétique, ruptures familiales, isolement social…), ainsi qu’une augmentation de la vulnérabilité psychique et administrative du public, nécessitant de la part des travailleurs sociaux de nouvelles connaissances, une plus grande disponibilité et un temps de traitement et d’accompagnement plus long.

Les CPAS, des partenaires incontournables

Tout au long des deux dernières années, notre système de soins de santé et de protection sociale a accusé le coup, mais a tenu bon. Nous arrivons cependant aux limites de sa résilience, à mesure que l’ampleur du défi change d’échelle.

« If it works, don’t fix it » – disent les Anglo-saxons avec leur pragmatisme habituel. Et il est vrai que nos CPAS sont des outils rodés, résilients et sans cesse en adaptation aux défis et missions nouvelles qui leur sont assignées. Les CPAS sont comme les communes auxquelles ils sont rattachés : parallèlement aux missions attribuées par la loi, leur action est dans une certaine mesure indéterminée et évolutive. La prévention de l’endettement et de la précarité énergétique – aujourd’hui au cœur de l’actualité – était ainsi née d’initiatives éparses de certains CPAS, avant que d’autres ne leur emboîtent le pas face au besoin émergent. La souplesse, la présence sur l’ensemble du territoire national, et le caractère subsidiaire aux grandes institutions de la Sécurité Sociale alimentées par les cotisations que sont les assurances santé et chômage, ont vite fait des CPAS des partenaires incontournables des niveaux de pouvoir supérieurs.

Un signe étrange et inquiétant

Au proverbe anglais, nous pourrions ajouter qu’un outil entretenu aura besoin de moins de réparations. Alors que l’on parle aujourd’hui d’un plan social-santé intégré pour la Région, les orientations choisies par l’exécutif bruxellois en termes de superstructures redécoupant le territoire sans tenir compte des compétences communales (5 « bassins de vie »), et sans même prendre le temps de concerter les CPAS, sont un signe étrange et inquiétant. Les CPAS et les hôpitaux bruxellois, pas davantage que leurs usagers, n’ont besoin de nouvelles structures qui viendraient s’ajouter à l’architecture institutionnelle bruxelloise déjà complexe et qui constitueraient autant de nouveaux obstacles à leur fonctionnement par des limitations de leur autonomie. Ils ont aujourd’hui besoin d’être entendus et associés en tant qu’acteurs centraux sur le terrain et vecteur des politiques sociales des pouvoirs supérieurs, tant dans leur élaboration que dans leur déploiement.

Les limites de la résilience

Nous arrivons aujourd’hui aux limites de la résilience des CPAS, à mesure que l’ampleur du défi change d’échelle, et la Région bruxelloise n’a pas le luxe du temps pour inventer de nouveaux outils qui viendraient s’ajouter aux CPAS. Et alors qu’il semblait que nous sortions de la phase sanitaire de la crise, voilà qu’une guerre aussi brutale qu’inattendue aux portes de l’Europe pousse quotidiennement sur les routes des dizaines de milliers de réfugiés de guerre ukrainiens, pour lesquels les communes et les CPAS sont appelés à organiser la première ligne de contact et d’accueil au sein de l’État belge.

Pour pouvoir donner une réponse à la hauteur des enjeux, ce sont toutes les forces vives bruxelloises qui doivent être mobilisées – comme cela a été fait au niveau fédéral – autour d’un plan transversal de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales : les ministres du social et de la santé, mais aussi du logement et de l’emploi, les CPAS, les hôpitaux, les maisons médicales, le bas-seuil, les coordinations sociales et l’associatif. Un refinancement substantiel des CPAS et d’un secteur des soins de santé exsangue est aujourd’hui indispensable pour répondre au défi du véritable changement d’échelle qui est apparu pendant la crise en termes de besoins de la population et de mobilisation du niveau local. Ce sont aujourd’hui les bases de leur fonctionnement qu’il faut assurer : un renfort de personnel qualifié à tous les échelons, des locaux adéquats, des moyens suffisants pour assurer aux citoyens l’aide financière et la qualité d’accompagnement dont ils ont besoin, au vu de la complexification des dossiers. Au cœur de la citoyenneté, institution de proximité, dernier filet : si ce niveau s’effondre sous la pression budgétaire et le manque de forces vives, qui endiguera la précarité croissante et ses effets sur notre contrat social ?

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1 Commentaire

  • Posté par collin liliane, jeudi 10 mars 2022, 15:06

    "il est utile de rappeler que Bruxelles comptait déjà encore avant la crise sanitaire, proportionnellement, la population la plus fragilisée du pays".

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