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Oublier les centrales nucléaires et les nouvelles centrales au gaz grâce à une politique climatique résolue

Plusieurs organisations et membres du corps académique adressent une lettre ouverte à la ministre fédérale de l’Energie Tinne Van der Straeten pour qu’elle appuie la mise en place de scénarios à faible consommation d’énergie qui éliminent l’utilisation du nucléaire et des combustibles fossiles.

Carte blanche - Temps de lecture: 7 min

Chère ministre de l’Énergie, chère Madame Van der Straeten,

En tant que ministre de l’Énergie, vous vous trouvez à un carrefour important. Jusqu’à récemment, il semblait y avoir grosso modo deux voies à emprunter, deux plans à comparer : le Plan Gaz Fossile, avec une sortie complète du nucléaire et plusieurs centrales au gaz fossile subventionnées, et le Plan Uranium, avec une prolongation de la durée de vie de deux centrales nucléaires (et la possibilité de nouvelles centrales au gaz). Entre-temps, le monde a changé et un nouveau plan s’impose : un plan sans centrales nucléaires et sans nouvelles centrales au gaz. Après tout, c’est sans doute une question qui vous pèse également : en misant sur le gaz fossile ou l’énergie nucléaire, nous ne sommes absolument pas sur la voie de l’indépendance aux régimes autoritaires, des prix abordables et d’un climat soutenable.

Peste et choléra

Que vous choisissiez le Plan Gaz Fossile ou le Plan Uranium, vous nous maintenez sur une voie où nos dépenses énergétiques continuent de faciliter des régimes autoritaires. Même avec un moratoire sur les matières premières russes, aucun des deux plans ne vous éloigne d’un pas des deals obscurs sur le gaz et l’uranium conclus avec les régimes mortifères du Qatar, du Kazakhstan et de l’Azerbaïdjan, entre autres.

Que vous choisissiez le plan gaz fossile ou le plan uranium, vous obligerez les contribuables à mettre la main à la poche. Qu’il s’agisse d’accorder à Engie-Electrabel près d’un milliard d’euros de subventions pour la construction de nouvelles centrales au gaz, ou de convaincre l’entreprise énergétique française de maintenir deux réacteurs nucléaires ouverts plus longtemps qu’elle ne le juge opportun, vous sentirez à coup sûr qu’une telle politique est totalement injuste socialement, d’autant plus dans une période où la facture énergétique des ménages explose et que les géants de l’énergie enregistrent des surprofits massifs.

Que vous optiez pour le Plan Gaz Fossile ou le Plan Uranium, avec ou sans prolongation de la durée de vie du nucléaire : tant le gestionnaire de réseau Elia S.A. que vous-même avez indiqué précédemment que de nouvelles centrales au gaz fossile sont de toute façon nécessaires pour satisfaire la soif d’énergie de l’économie belge.

Toutefois, si vous choisissez de construire de nouvelles infrastructures fossiles à ce stade de la crise climatique, vous franchissez absolument une ligne rouge. Contrairement à ce que vous prétendez depuis des mois, le système européen d’échange de quotas d’émission n’offre aucun soulagement. Même dans le cadre du nouveau plan climatique de la Commission européenne, l’offre de quotas d’émission sera largement excédentaire. Ainsi, les centrales au gaz belges ne poussent pas du tout les centrales plus anciennes hors du marché, mais retardent plutôt la réduction des gaz à effet de serre, pourtant si nécessaire. En outre, le système ne tient pas compte de l’émission de méthane due à l’extraction et au transport du gaz, qui deviendraient encore plus importants si le gaz russe devait céder la place au gaz de schiste nord-américain. Si l’on inclut les fuites de méthane, le gaz fossile perturbe le climat autant que le charbon. La marge permettant de reporter les efforts en matière de climat et de les passer aux Etats voisins est complètement épuisée. Ou, comme l’a dit le secrétaire général des Nations unies, M. Guterres, la semaine dernière : « Retarder c’est périr ».

Less is more

Madame Van der Straeten, il n’y a pas uniquement une guerre en Ukraine, nous nous trouvons également dans une crise des prix de l’énergie et dans une lutte existentielle pour la préservation d’une planète vivable. Le luxe de déconnecter un domaine politique d’un autre est inexistant. Maintenant en particulier, nous avons besoin de choix politiques cohérents et intégrés à tous les niveaux de compétences et de pouvoirs. Bien sûr, vous ne disposez pas de toutes les clés, mais au vu des décisions imminentes, en tant que ministre de l’Énergie, vous êtes à la croisée des chemins. En tant qu’universitaires et mouvements sociaux, nous vous demandons donc de laisser derrière vous le Plan Gaz Fossile et le Plan Uranium, et oser emprunter une nouvelle voie.

L’énergie la plus sûre, la moins chère et la plus propre ne se trouve pas dans les gaz fossiles ou l’énergie nucléaire, ni même principalement dans l’énergie éolienne ou solaire. L’énergie la plus sûre, la moins chère et la plus propre est celle dont nous n’avons pas besoin et que nous ne produisons et ne consommons donc pas. Si vous changez votre fusil d’épaule et que vous vous concentrez sur le côté de la demande plutôt que sur celui de la production, un éventail de choix politiques vraiment cohérents s’ouvre à vous. Less is more.

Lancez une campagne d’isolation historique qui fait du porte-à-porte et ne laisse aucune famille du pays sur le carreau. Que les milliards de subventions accordées aux voitures de société, électriques ou non, fassent enfin place à des investissements à grande échelle dans le transport en commun abordable et aux autres formes de mobilité partagée qui profitent à tous. Lancez un débat démocratique sur les activités économiques qui contribuent à la société à laquelle nous aspirons et celles qui n’y contribuent pas ; garantissez des compensations sociales bien négociées et des possibilités de reconversion pour les travailleurs ; et enfin, limitez la consommation énorme de secteurs industriels indésirables et à forte intensité énergétique.

Appelez-le « Assez pour tout le monde », si vous le souhaitez, l’essentiel étant qu’une politique climatique audacieuse et socialement juste soutienne une sortie complète du nucléaire sans qu’il soit nécessaire de construire de nouvelles centrales au gaz. Nous améliorons la qualité de vie indispensable, nous limitons la consommation inutile d’énergie. Les scientifiques de nombreuses disciplines s’accordent de plus en plus à dire que ces scénarios à faible consommation d’énergie offrent les meilleures chances de parvenir à une transition climatique socialement juste. Dans les scénarios à faible consommation d’énergie, les combustibles fossiles peuvent disparaître beaucoup plus rapidement de notre société, nos objectifs climatiques deviennent plus réalisables, nous nous attaquons à la pauvreté en matière de transport et d’énergie, moins de matières premières, d’investissements et de temps sont nécessaires pour atteindre l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables, et nous ne parions pas sur une technologie incertaine et controversée pour extraire les gaz à effet de serre de l’air à l’avenir.

Madame Van der Straeten, vous avez sûrement dû voir circuler cette citation ces derniers jours : « Il y a des décennies où rien ne change, et il y a des semaines où il y a des décennies de changement ». Maintenant, ces semaines sont arrivées.

*Signataires : Tegengas | Dégaze (Gert-Jan Vanaken, Sandrine Mairesse, Jonas Van der Slycken) ; Ineos Will Fall (Nele Coen) ; Extinction Rebellion Belgium (Xavier De Wannemaeker) ; Climaxi (Katrin Van den Troost) ; Stop Alibaba & co (Alexia Falisse) ; CATAPA (Truike Geerts) ; Nucléaire Stop Kernenergie (Léo Tubbax) ; Het Burgerparlement | Le Parlement Citoyen (Sébastien Hendrickx) ; Antwerpen Schaliegasvrij (Annick Vanisterbecq) ; SlowHeat.org (Denis De Grave) ; Degrowth Belgium (Irma Emmery) ; Fridays for Future Antwerp (Jakob Cleymans) ; Red Onze Kleiputten (Frank Van Houtte) ; Gents Tegengas (Peter Paul Vossepoel) ; Dégaze Flémalle|Seraing (Léo Tubbax) ; Leefbare Noordrand (Bart Leeman) ; Nick Meynen, auteur ; Tine Hens, auteur et journaliste spécialiste du climat ; Jonas Van der Slycken, Universiteit Antwerpen et UGent ; Grégoire Wallenborn, Université Libre de Bruxelles ; Loïc Cobut, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Mathieu Blondeel, Research Fellow Warwick Business School ; Ewoud Vandepitte, Universiteit Antwerpen ; Lore Van Praag, Universiteit Antwerpen ; Olivier Malay, Université Libre de Bruxelles ; Stef Craps, UGent ; Kasper Ampe, HIVA, KU Leuven ; Pierre Ozer, ULiège ; Gert-Jan Vanaken, Universiteit Antwerpen et KU Leuven ; Irma Emmery, UGent ; Olivier Dussauge, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Lydie Denis, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Denis Duez, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Heidi Mercenier, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Sophie Jacquot, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Florence Delmotte, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Cédric Tant, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Romain Weikmans, Université Libre de Bruxelles ; Pascale Vielle, UC Louvain ; Sylvain Funck, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Hans Vernaeve, UGent ; Daan Kenis, UAntwerpen ; Brecht De Smet, UGent ; Emma Moormann, UAntwerpen ; Jan Orbie, UGent ; Tim Christiaens, Tilburg University ; Massimiliano Simons, UGent ; Koen Bogaert, UGent ; Stijn De Cauwer, KU Leuven ; Frederik De Roeck, UGent ; Joke Struyf, UAntwerpen ; Rosa Hofgärtner, HIVA KU Leuven ; Kelly Vossen, Université Saint-Louis – Bruxelles ; Olivier Vermeulen, Fabriek Paysanne ; Sandra Geerts, Grondrecht ; Cliff Van Buggenhout, Grondrecht ; Elisabeth Vereecken, Teachers for Climate ; Evelyne Lecoutere ; Wouter Mouton ; Geert Calis ; Jolien Paeleman ; Barbara Simoen ; Miep Buggenhout ; Marjolein Moreaux ; Nele Coen ; Rebekka Eschauzier ; Guillaume Léonard ; Raphaele Buxant ; Roos Pinoy ; L. Van Gompel ; Arno Vandenbroecke ; Lucie Hardeman ; Annick Vanisterbecq.

À lire aussi Guerre en Ukraine: un «grand accord» énergétique en vue pour la semaine prochaine en Belgique

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12 Commentaires

  • Posté par Naeije Robert, mercredi 16 mars 2022, 12:51

    Il y a parmi les signataires de ce texte intellectuellement délirant un grand nombre d'universitaires. Il y a de quoi être très très inquiet. Comme le disait Gramsci, les révolutions (et les systèmes totalitaires qu'elle genèrent) sont d'abord culturelles.

  • Posté par WEERENS Alain, mardi 15 mars 2022, 11:38

    Du grand n'importe quoi, tout ça ...

  • Posté par Stoob Spyridon, samedi 12 mars 2022, 18:46

    La seule solution (mais elle est à très long terme) est la diminution de la population humaine. Moins d'humains égal moins de besoins donc moins de consommation, pollution etc. Mais la pensée capitaliste veut exactement le contraire, toujours plus. C'est une pensée tournée uniquement sur présent et qui ne s'intéresse aucunement du futur. Lisez Asimov et Les Cavernes d'Acier (même s'il reste un optimiste). Donc lentement mais sûrement la décroissance. Donc je pense que les signataires ont globalement raison

  • Posté par Fonder Daniel, samedi 12 mars 2022, 18:43

    Des intégristes de la décroissance ! On peut vouloir une sobriété énergétique, une évolution climatique redressée, un environnement plus sein, ... sans sombrer dans l'invraisemblable. On ne peut comprendre notre évolution sans connaître l'histoire et la réalité du monde. Cela semble être le cas pour ces rédacteurs du texte qui sans doutent se targuent d'expertise et affiche avec vanité leur appartenance à des instances académiques ... Il ont oublié la prudence et le doute qui sied à tout chercheur. Ces caractéristiques, il les ont oublié, particulièrement pour les domaines connus de l'histoire et de l'énergie en proférant de véritables contre-vérité, pour ne pas dire des mensonges. Honte à eux !

  • Posté par Fonder Daniel, samedi 12 mars 2022, 18:45

    désolé pour le correcteur orthographique ... aussi aveugle que les auteurs ...

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