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Une voiture folle percute un groupe de gilles à Strépy-Bracquegnies: six morts et des dizaines de blessés en plein carnaval

Accident ou acte criminel ? Dimanche, 5 heures du matin, un véhicule occupé par deux trentenaires a tué six personnes et en a blessé très gravement dix autres, en plein ramassage des gilles. L’hypothèse terroriste semble exclue.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 6 min

Il était précisément 5 h 04 ce dimanche matin quand l’alerte a été donnée auprès des services de police et de secours de La Louvière : une voiture roulant à très vive allure venait de percuter un groupe folklorique de plus de cent personnes qui commençait la journée dédiée au carnaval de Strépy-Bracquegnies, à la rue des Canadiens. C’était la première manifestation du genre dans l’entité depuis le confinement de 2020.

En fin de journée, les autorités dressaient un bilan effrayant mais encore provisoire de cette catastrophe : 6 décès, 10 blessés graves – avec un pronostic vital engagé pour certains d’entre eux – et 27 blessés plus légèrement touchés. Sept hôpitaux de la région ont été mobilisés. Sans oublier qu’au-delà de ces victimes directes, une septantaine de personnes ont été « impliquées, mais non blessées », selon le chef de corps de la police. Beaucoup sont évidemment en état de choc.

En plein ramassage

C’est le cas de cette dame rencontrée sur place peu après 9 heures. Habitant à la rue des Canadiens, elle s’apprêtait à participer aux festivités et a été parmi les premières personnes à porter secours aux victimes : « J’étais encore chez moi, où six gilles venaient de s’habiller. Je suis sortie et j’ai vu tous les corps sur la rue. Une vision horrible. Un de nos gilles est décédé. C’était son premier carnaval. La compagne de mon cousin est gravement touchée. J’ai essayé de compresser la plaie de notre porteur de grosse caisse, qui saignait beaucoup. »

A la sortie du centre de crise créé au centre sportif Saint-Julien, tout proche des lieux du drame et où elle a été prise en charge, cette Louviéroise était épouvantée par ce qui s’est produit pratiquement sous ses yeux : « Je ne sais pas si je pourrai oublier ça. Cela devait être la fête. C’est devenu un cauchemar. »

Dans la région du Centre, le carnaval et sa tradition des gilles mobilisent les populations dans la quasi-totalité des villages. A La Louvière, le rendez-vous de Strépy-Bracquegnies était le premier à pouvoir se dérouler après deux ans d’interruption pour cause d’épidémie. La ferveur était très grande, le soleil devait être de la partie.

Avant l’aube, les gilles ont commencé à se vêtir, les tambours à battre la mesure. Pour la société des Boute-en-train, le « ramassage » avait débuté aux environs de 4 heures. Une première concentration de gilles avait eu lieu dans les locaux du centre sportif Saint-Julien. En fin de journée, alors que les autorités y tenaient une réunion de travail, des confettis étaient encore dispersés sur le sol…

C’est de là que le cortège s’est mis en route peu avant 5 heures avec l’objectif de récupérer d’autres acteurs du folklore en cours de route, de maison en maison, puis de rejoindre le centre de Strépy-Bracquegnies pour le rondeau prévu à 11 heures et les festivités de l’après-midi.

Alors que toute circulation était interdite au centre du village, où les gilles achèvent traditionnellement leur concentration, la phase du ramassage ne faisait l’objet d’aucune mesure de sécurité particulière. Cette tradition est toujours bon enfant, des bénévoles se chargent des mesures de prévention. Les gens d’ici ont l’habitude : il faut se montrer prudent un jour de carnaval.

Une fois le parking du centre sportif contourné, les gilles, les tambours et tous leurs accompagnants ont bifurqué sur la gauche pour remonter la rue des Canadiens, rectiligne et en légère montée, une chaussée où s’alignent les belles maisons familiales. C’est à ce moment précis qu’une voiture a déboulé dans le dos du cortège et a percuté de plein fouet plusieurs dizaines de personnes, laissant derrière elle des victimes très gravement touchées et un public tétanisé. Selon certains témoins, le véhicule, une BMW Série 5 de couleur noire, aurait accéléré brutalement.

Accident ou acte intentionnel ?

Les premiers éléments de l’enquête ont été fournis par Damien Verheyen, le substitut du procureur du Roi de Mons, lors d’un point de presse organisé à 11 heures. Deux personnes se trouvaient à bord du véhicule devenu fou. On sait que les occupants sont nés respectivement en 1988 et 1990 et qu’ils habitent à La Louvière. Ils ont été interpellés et placés sous mandat d’arrêt avant d’être entendus par la police fédérale. A ce stade de l’enquête, un juge d’instruction a été saisi du chef d’accusation de meurtres.

Mais l’enquête ne fait évidemment que débuter. Selon les autorités toujours, l’hypothèse d’un acte terroriste est exclue à ce stade. Une rumeur entendue sur les lieux faisait aussi état d’une possible course-poursuite avec la police qui se serait mal terminée. Mais un démenti ferme des enquêteurs a vite permis d’écarter cette hypothèse.

Dimanche soir, on ignorait encore si ces événements ont une origine accidentelle ou criminelle. Selon les premiers éléments de l’enquête, le conducteur aurait été sous l’influence de l’alcool et peut-être de stupéfiants, mais cela restait à confirmer. Les individus, deux cousins, auraient fréquenté un dancing dans la nuit.

Des inconnues subsistent également sur les conditions de l’arrestation de ces deux trentenaires, qui sont inconnus des services de police et de justice, en tout cas pour des faits graves en matière de roulage.

Après avoir « pulvérisé » le groupe folklorique, la voiture a manifestement poursuivi sa route durant plusieurs centaines de mètres jusqu’à la rue de Nivelles, où sa course s’est achevée, dans des circonstances qui n’ont pas été précisées, elles non plus. L’hélicoptère de la police fédérale a été mobilisé afin de produire des images aériennes du site où s’est produite la catastrophe, ce qui permettrait peut-être de corroborer les témoignages et les éléments factuels récoltés sur place, notamment par l’expert automobile qui a été mandaté.

Carnaval arrêté

Comme on l’imagine, ce drame au petit matin, à l’ombre gigantesque de l’ascenseur pour bateaux de Strépy, a bouleversé toute l’entité de La Louvière, et bien au-delà puisque les secours sont venus de partout, jusqu’au poste médical avancé mis en place dans un home voisin. Comme tous ses concitoyens, le bourgmestre, Jacques Gobert, est notamment très affecté : le voilà contraint de devoir gérer un drame de grande ampleur, alors qu’il s’apprêtait, ce dimanche matin, à participer au carnaval et à enfiler l’habit de gille pour la première fois de sa vie.

L’élu s’est montré très ému en fin de matinée lorsqu’il s’est adressé aux journalistes pour annoncer que les festivités carnavalesques allaient évidemment s’arrêter. On avait pu s’étonner d’entendre les batteries et les claquements de sabots rythmer la matinée dans d’autres quartiers de la commune. Finalement, en accord avec les sociétés folkloriques, un rondeau endeuillé s’est tenu à 11 heures avant l’annulation du reste du programme festif.

Dimanche à 16 heures, le centre sportif Saint-Julien a abrité une réunion de travail qui, outre les autorités locales et les services de secours, a rassemblé le Roi, la princesse Elisabeth, le Premier ministre et la ministre de l’Intérieur, le ministre-président wallon et le gouverneur du Hainaut. Le Roi a pu s’entretenir à l’abri des regards avec des familles de victimes.

Le carnaval de Strépy-Bracquegnies est une manifestation locale et familiale. Les personnes décédées sont toutes des habitants du Centre, terre de folklore s’il en est. Une famille est particulièrement endeuillée : elle a perdu trois de ses membres.

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5 Commentaires

  • Posté par eric biltiau, dimanche 20 mars 2022, 22:24

    Quelle(s) excuse(s) les juges trouveront-ils encore pour ne pas condamner au moins le conducteur à 30 ans de prison ferme?

  • Posté par DUBOIS Daniel, dimanche 20 mars 2022, 17:46

    Inconnus des services de police et de justice, en tout cas pour des faits graves. Donc connus. Rappel à l'ordre? Courage aux familles et aux victimes qui ont pu s'en sortir.

  • Posté par Adolphe BoniZeur, journaliste citoyen et fact-checker, dimanche 20 mars 2022, 14:02

    La maladie de la voiture folle, LOL. Quelque chose me dit que le Système veut déjà étouffer cet affaire…

  • Posté par Hanon Jean, dimanche 20 mars 2022, 13:23

    Faut voir....Pour de l'Ukrainien, c'est un peu tôt...De l'italien sous influence ce sera "c'est triste"; et du Syrien islamiste, faudra "agir"

  • Posté par Clark Vince, dimanche 20 mars 2022, 14:53

    Un français comme à Rogier ça serait incompréhensible et le commentaire con d'un belge comme toi très comique !

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