Accueil Société

Drame à Strépy-Bracquegnies: le conducteur a freiné avant l’impact

L’enquête autour du drame qui a eu lieu ce week-end à Strépy-Bracquegnies avance. Les premiers éléments ont pu être révélés, lors d’une conférence de presse qui a eu lieu ce mardi.

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 4 min

Les autorités judiciaires ont confirmé ce mardi à Mons les inculpations de P.F. et d’A.F., les deux personnes qui se trouvaient à bord de la BMW Série 5 qui a percuté un groupe folklorique dimanche matin à Strépy-Bracquegnies. Un drame dont le bilan n’a pas évolué : 6 morts et 27 blessés, dont 10 dans un état grave.

P.F. était au volant. Il est inculpé d’homicides involontaires et de coups et blessures involontaires par la juge d’instruction en charge du dossier. Il a été placé sous mandat d’arrêt et incarcéré à la prison de Tournai. Il doit comparaître dans les cinq jours devant la chambre du conseil qui devra prendre position sur son maintien en détention. Son cousin, A.F., est quant à lui inculpé de non-assistance à personne en danger.

Les peines encourues pour ce type de prévention vont de trois mois à cinq ans de prison dans le premier cas et de huit jours à un an de prison dans le second. A noter donc que l’intention homicide n’est pas retenue alors que dimanche, l’information judiciaire ouverte peu de temps après les faits portait bien sur des faits de meurtre.

L’éthylotest pratiqué sur place a montré que le conducteur était positif à l’alcool, mais de manière légère (0,29). Un test salivaire a été pratiqué pour détecter des traces de stupéfiants : il s’est avéré négatif. Mais il faudra attendre les analyses sanguines pour avoir une certitude à ce propos.

Damien Verheyen, substitut du procureur du Roi, a toutefois précisé que les qualifications retenues à ce stade peuvent être provisoires, « compte tenu des éléments extrêmement parcellaires » en possession des enquêteurs deux jours après l’accident : « Des nouveaux éléments pourraient éventuellement mettre en évidence une intention homicide. »

Un élément précis plaide toutefois, à ce stade toujours, pour la thèse accidentelle : si P.F. roulait à très grande vitesse dans la rue des Canadiens, les images fournies par les caméras de vidéo-surveillance présentes sur place montrent qu’il a aussi freiné avant de percuter le groupe de gilles. Dans la nuit en effet, on aperçoit les feux de freinage de la voiture s’allumer brusquement.

Le conducteur, un trentenaire originaire de La Louvière, « reconnaît la matérialité des faits », a précisé le procureur du Roi Christian Henry. En clair : il roulait beaucoup trop vite, sans doute aux alentours de 90 km/h dans une artère où la vitesse autorisée est de 50 km/h. Mais là aussi, les données restent provisoires : « Nous aurons besoin du concours de BMW pour obtenir des données techniques plus précises sur le comportement du véhicule », a annoncé Ignacio de la Serna, le procureur général.

Un autre élément troublant : pourquoi la voiture et ses occupants ont-ils poursuivi leur route durant plusieurs centaines de mètres ? P.F. a expliqué au conducteur qu’il était « sous le choc » après avoir percuté plusieurs dizaines de personnes de plein fouet et que, du coup, il a mis du temps à réagir et à s’arrêter, loin des lieux du drame.

D’innombrables devoirs d’enquête et de nombreuses expertises devront désormais faire toute la lumière sur cette séquence dramatique. Le champ des investigations ira bien au-delà des circonstances factuelles et de l’expertise du véhicule ou de sa trajectoire : les conditions de visibilité (il était cinq heures du matin) et l’encadrement des festivités seront aussi au centre de l’enquête.

« Il ne faut toutefois pas renverser le problème : c’est bien la vitesse excessive qui est au cœur de ce drame », tempère toutefois le procureur général alors que commencent à se poser des questions autour de la responsabilité éventuelle des organisateurs de la manifestation et des autorités communales.

Le ramassage des gilles à Strépy-Bracquegnies est une longue tradition, bien maîtrisée par ceux qui l’organisent et en ont la charge. « En vertu de l’article 42.3 du code de la route, le groupe folklorique a sollicité une autorisation auprès de l’autorité communale. Celle-ci précise que le cortège peut occuper la voie publique s’il est accompagné de signaleurs et s’il circule sur la bande droite de la chaussée », a expliqué Christian Henry.

Comment fait-on parler les voitures?

Dans «À propos », le podcast quotidien du Soir pour s’informer, décrypter et s’inspirer, nous avons évoqué comment les enquêteurs font parler les voitures dans une affaire comme celle-ci. A écouter ci-dessous vers la 7e minute. « À propos », c’est notre sélection, du lundi au vendredi dès 7 heures sur Le Soir et votre plateforme de podcasts préférée (Spotify, Apple Podcasts, Amazon Music, Podcast Addict).

Retrouvez tous les podcasts du journal « Le Soir » sur https://podcasts.lesoir.be

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

13 Commentaires

  • Posté par Pirard Roland, mercredi 23 mars 2022, 15:42

    Même s'il reste de nombreuses questions : comment le chauffard est-il arrivé à très vive allure sans voir le rassemblement sur la chaussée (peu éclairée ? ou pas du tout ?) Mais après ? Il a poursuivi sa route et, des rues plus loin, il a encore renversé et tué deux personnes à des endroits différents. Je voudrais que la juge et 'avocat du chauffard m'expliquent.

  • Posté par L. Jean-Christophe, mardi 22 mars 2022, 15:02

    @ Cornelis Michel : ça reste un accident. Au pénal ce sera un accident qui sera jugé et il y aura sans doute la circonstance aggravante de la vitesse. Par contre au civil là il va morfler. Parce que 6 morts ce sont 6 familles qui vont demander des comptes. Et les blessés graves ou pas ça va chiffrer tout de suite méchamment. Alors oui, il ne fera peut-être pas de prison ferme mais par contre il va devoir payer toute sa vie sa dette vis à vis des familles. A mon avis ce gars là vient de détruire toute perspective de vie normale jusqu'à la fin de ses jours.

  • Posté par STORDIAU Pierre, mardi 22 mars 2022, 16:48

    @ L. Jean-Christophe. Dire que rouler à 90 Kmh dans la foule, TUE les gens "par accident" est aussi stupide que de conclure à un "accident" lorsque l'on appuie sur la détente d'un revolver avec le canon sur la tempe ! Je considérerai plutôt le contraire ... comme un "miracle" divin !

  • Posté par Drumberg Benoit, mardi 22 mars 2022, 13:59

    Quand tu roules à 200km/h dans une rue de village , ça change quoi de freiner avant ? Surtout si tu t’arrêtes après 2km …

  • Posté par Deladrier-rase , mardi 22 mars 2022, 14:33

    Vous êtes Marseillais? il est dit dans l'article qu'il roulait sans doute autour de 90km/h... Il n'a pas vu qu'il y avait du monde dans la rue pour des raisons à déterminer (signaleur invisible ou sans lampe?).

Plus de commentaires
Sur le même sujet

Aussi en Société

Un nouveau code pénal présenté avant cet été, mais sans le féminicide

Le ministre de la Justice annonce vouloir passer la réforme du code pénal en première lecture avant l’été. Si celui-ci, vieux de plus de 150 ans, doit être dépoussiéré et mieux organisé, ses auteurs estiment qu’il faut être prudents avec la notion de féminicide, que certains souhaitent y intégrer.

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

Geeko Voir les articles de Geeko