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Katalin Karikó: «Nous n’avons pas suffisamment éduqué le grand public aux progrès des 50 dernières années»

La biochimiste hongroise à l’origine de la modification de l’ARN messager synthétique, Katalin Karikó, s’est vu accorder le titre de Docteur Honoris Causa par l’Université libre de Bruxelles. L’occasion de revenir sur l’aventure du vaccin contre le covid et des pistes thérapeutiques pour l’avenir.

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Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Elle est celle sans qui le développement rapide des vaccins à ARN messager contre le coronavirus n’aurait pu se faire. Avec son collègue le Dr Drew Weissman, Katalin Karikó, biochimiste hongroise, n’a jamais ménagé ses efforts pour mettre au point la technique de modification biochimique de l’ARNm synthétique. Son obstination lui vaut désormais le titre de Docteur Honoris Causa décerné par l’Université libre de Bruxelles (ULB). Le Soir a pu la rencontrer lors de son passage à Bruxelles.

C’était il y a deux ans. Le Sars-CoV-2 se propageait dans le monde. Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a appelée pour mettre au point un vaccin à ARN messager contre ce virus ?

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1 Commentaire

  • Posté par Raspe Eric, samedi 26 mars 2022, 21:40

    La technologie ARN développée par le Pr. Kariko est un progrès majeur, presque miraculeux pour qui connaît la fragilité de l'ARN. Elle sera certainement indispensable et incontournable pour une série d'applications précises. Par exemple comme dans le cas de la covid lorsqu'il faut réagir très rapidement à une menace nouvelle. Comme dans le cas du cancer pour lequel un traitement individualisé adapté à la tumeur du patient et aux mutations spécifiques qu'il porte est nécessaire. Comme dans le cas de maladies rares pour lesquelles le développement d'un vaccin ou d'un médicament classique serait trop cher pour qu'il soit rentable. Singulièrement dans le cas des vaccins, la technologie présente néanmoins une limite : la quantité d'antigène produit à l'aide du code apporté par l'ARN injecté et la temporalité de son expression ne sont pas contrôlables. La variabilité de la production d'antigène augmentera inévitablement la variabilité de l'efficacité vaccinale. Le décalage dans le temps des pics de concentration de l'antigène et de l'adjuvant réduira l'efficacité du second. La mise en mémoire de la réponse immune risque donc d'être insuffisante. L'érosion de l'efficacité vaccinale des vaccins Pfizer et Moderna que nous observons peuvent en être la conséquence. Ce serait donc une très mauvaise idée de se laisser guider uniquement par l'appât du gain lié au coût plus faible de développement des vaccins ARN en généralisant leur usage. Le fait que nos autorités favorisent l'usage des vaccins Pfizer et Moderna et ont limité l'usage du vaccin Novavax basé plus classiquement sur l'injection directe d'antigène produit in vitro n'est pas de bonne augure. Le lobbying intense auquel on assiste pour favoriser les nouvelles vaccinations à l'aide de vaccins ARN adaptés aux nouveaux variants auquel semble être sensibles nos autorité non plus. Les variants en circulation actuellement ont une trentaine de changements d'acides aminés souvent proches les uns des autres dans la protéine spike par rapport à la souche virale initiale. La protéine spike compte 1273 acides aminés. Comme un épitope reconnu par un anticorps a une taille comprise entre 10 et 15 acides aminés, qu'une réponse immune est polyclonale et supportée par des milliers d'anticorps qui reconnaissent chacun un des nombreux épitopes de l'antigène, une partie des épitopes reconnus par les anticorps d'une personne vaccinée contre la forme initiale de la protéine spike resteront conservés et mèneront à une réponse immune. La perte relativement limitée d'épitopes dans les mutants du virus ne permet donc pas d'expliquer à elle seule la perte d'efficacité de la vaccination observée notamment par rapport au risque de contamination. Les variants de Sars-cov2 qui posent soucis ont une autre caractéristique commune qui joue un rôle probablement plus important dans cette perte d'efficacité vaccinale pour réduire la transmission. Ces variants requièrent tous moins de particules virales pour infecter un patient soit par des effets thermodynamiques (une augmentation de la force avec laquelle la protéine spike colle à son récepteur) soit cinétiques (une modification de la structure de la protéine qui augmente la vitesse avec laquelle le virus entre dans la cellule). Dans les deux cas le seuil en dessous duquel un vaccin doit amener la charge virale d'un sujet pour éviter qu'il développe la maladie sera abaissé. Atteindre l'efficacité qui permet de réduire la charge virale en dessous de ce seuil surtout sur le long terme est une tâche ardue. D'autre part, rien ne permet de croire que les mutations de la protéine spike la rendront plus immunogénique. Miser à nouveau sur les vaccin ARN et les favoriser indûment pour les vaccinations future est un pari risqué qui serait en outre une erreur stratégique dans la gestion des maladies infectieuses dont le coût en vies humaines pourrait être très élevé. Quelle entreprise prendrait en effet encore le risque de développer un vaccin basé sur l'injection d'une dose connue d'antigène produit in vitro et purifié, une technologie certes très efficace et qui a fait magnifiquement ses preuves avec par exemples les vaccins contre l'hépatite ou HPV mais qui est aussi plus complexe, plus risquée et donc plus chère à développer. Il serait dommage de privilégier les vaccins ARNs de Pfizer parce que produits à Puurs alors que le vaccin à antigène purifié de Sanofi utilise l'adjuvant de GSK produit à Wavre. Si on veut améliorer l'efficacité de la vaccination covid, il faut au contraire encourager le développement des vaccins basés sur les antigènes purifiés et inclure dans ceux-ci des protéines virales moins abondante mais mieux conservées entre les souches, comme la protéine N. Il faut éviter que nos autorités fassent comme les enfants qui délaissent à Pâques les jouets qu'ils ont reçus à Noël. Il faut veiller à garder dans notre arsenal les armes qui sont les plus efficaces et les mieux contrôlables. Les vaccins ARN nous ont offert le temps pour développer les vaccins à antigène purifié sans que l'épidémie ne soit hors contrôle. Ne gâchons pas cette chance. Enfin une partie des antivax sont réfractaires à l'utilisation des vaccins Pfizer et Moderna par simple peur de la nouveauté. L'usage de vaccins plus classique dans la prochaine phase de vaccination devrait les rassurer et augmenter ainsi la couverture vaccinale. Favoriser indument les vaccins ARN aurait aussi l'inconvénient de soutenir les arguments des antivax qui ont cette attitude par réaction aux dérives de big pharma. Les vaccins ARN ont eu un rôle fondamental dans la seconde phase de la gestion de la pandémie. Il est temps qu'ils laissent la place à d'autres types de vaccins plus long à développer mais qui permettent un meilleur contrôle du processus vaccinal et en augmentent l'efficacité.

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