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Russie: un journaliste accusé d’«espionnage» et «trahison» contre l’Etat

Soupçonné d’avoir « transmis des secrets d’Etat à un pays de l’Otan », le procès du journaliste Ivan Safronov débute aujourd’hui.

Temps de lecture: 3 min

Un journaliste d’investigation russe réputé, Ivan Safronov, a clamé son innocence et dénoncé le « cynisme extrême » de la justice lundi, au premier jour d’un procès pour haute trahison qui pourrait l’envoyer en prison pendant 20 ans.

Considéré comme l’un des meilleurs journalistes de Russie concernant les questions militaires, M. Safronov, 31 ans, avait été arrêté en juillet 2020, dans un contexte de pressions croissantes contre la presse indépendante – désormais démultipliées depuis le début de l’offensive du Kremlin en Ukraine. L’affaire Safronov a été dénoncée par ses anciens collègues comme une vengeance pour ses articles évoquant des ratés ou des incidents embarrassants dans l’armée russe.

Accusé de « trahison d’Etat » au profit d’une puissance étrangère et incarcéré depuis son arrestation, l’accusé est apparu lundi dans la cage en verre réservée aux détenus, le visage souriant et coiffé d’une crête iroquoise sur son crâne rasé. M. Safronov a remercié ses collègues venus couvrir le procès, selon des journalistes de l’AFP sur place. Il doit par la suite être jugé par ce même tribunal de Moscou, à huis clos car il s’agit d’un procès pour espionnage et trahison.

Sur Telegram, un avocat spécialiste de l’affaire, Ivan Pavlov, a publié dans la matinée une longue lettre du journaliste, qui rejette toutes les charges le visant et se dit victime d’une « parodie » de justice. « J’ai effectivement reçu de sources ouvertes des informations liées à mon domaine – le journalisme militaire », écrit M. Safronov. Mais « j’ai réalisé des contenus journalistiques qui ne contenaient pas un seul mot ou chiffre reçu sous le sceau du secret ou illégalement ». Lors de l’instruction, il affirme n’avoir jamais eu le droit d’utiliser internet pour montrer aux enquêteurs le contenu de ses articles. Il dit aussi n’avoir vu ses avocats qu’une fois par mois environ, sans que ces derniers n’aient le droit d’apporter même une feuille de papier pour prendre des notes. « Cela relève véritablement d’un cynisme extrême, si ce n’est d’un crime contre la justice, que d’accuser un homme d’un crime puni jusqu’à 20 ans de prison sans lui donner la possibilité de se défendre », dénonce M. Safronov.

L’accusé avait travaillé pour deux quotidiens nationaux russes, Vedomosti et Kommersant. Poussé à la démission de Kommersant en 2019, il était devenu en mai 2020 conseiller du directeur de l’agence spatiale russe Roscosmos, Dmitri Rogozine. Selon les services russes de sécurité (FSB), Ivan Safronov est soupçonné d’avoir « transmis des secrets d’Etat sur la coopération militaire et technique, la défense et la sécurité de la Russie » à « un service de renseignement d’un pays de l’Otan ». Le Kremlin avait pour sa part assuré que son arrestation n’avait « rien à voir avec son activité journalistique ».

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3 Commentaires

  • Posté par Rabozee Michel, lundi 4 avril 2022, 16:49

    Si le Kremlin a assuré que son arrestation n’avait « rien à voir avec son activité journalistique », c'est que c'est bien le cas. Toujours prendre le contre-pied de ce que dit le Kremlin.

  • Posté par collin liliane, lundi 4 avril 2022, 16:41

    Le retour des procès staliniens. Le pied pour un ex du KGB.

  • Posté par Martin Roland, lundi 4 avril 2022, 16:15

    A nouveau une pantalonnade russe !

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