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Chaque personne compte: les sans-papiers aussi!

La semaine dernière, plus d’une centaine de personnes sans papiers ont installé un campement dans le parc de la Porte de Ninove, à Molenbeek. Le CIRÉ, la FGTB, la CSC et le MOC rappellent que la régularisation n’est pas une faveur, mais une question de justice.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Au cours des dix dernières années, la loi sur le séjour a été modifiée à soixante-trois reprises, précarisant les droits des personnes étrangères et réduisant de façon drastique les possibilités d’obtenir un titre de séjour. Élargissement des possibilités de retrait du statut de protection, limitation de la durée de séjour des réfugié·e·s, condition de revenus pour pouvoir vivre en famille, allongement de la durée de séjour temporaire, généralisation du séjour limité… On ne compte plus les réformes qui ont privé des personnes de leurs droits, ou les ont empêchées d’en obtenir. Dans la même logique, les demandes de séjour ont été rendues payantes, même pour des personnes n’ayant aucune possibilité de revenus légaux, rendant ainsi la régularisation humanitaire inaccessible pour bon nombre d’entre elles.

C’est précisément la loi qui empêche des couples mariés de vivre en famille légalement par absence de revenus suffisants, qui empêche des travailleur·euse·s d’obtenir un séjour sur base de leur travail en Belgique. L’application de la loi qui refuse la protection internationale à des personnes ayant fui la Syrie, l’Afghanistan, ou d’autres pays en conflits. À l’heure actuelle, même les Ukrainien·ne·s qui vivaient en Belgique sans titre de séjour avant février sont exclu·e·s de la protection temporaire.

Ce sont bien les orientations politiques prises par les gouvernements belges des dix dernières années et leur mise en application à travers des lois injustes et inhumaines qui sont à la source du problème. Or, tout comme il y a une différence entre lutter contre le chômage et lutter contre les chômeur·euse·s, il y a une différence entre lutter contre le séjour irrégulier et lutter contre les personnes en séjour irrégulier ! Dès lors que c’est le cadre légal qui dysfonctionne et génère souffrance et injustice, régulariser les sans-papiers n’est pas une faveur à leur offrir, mais bien une question élémentaire de justice vis-à-vis des personnes qui en ont été les victimes.

Les sans-papiers sont déjà des citoyen·ne·s !

Les sans-papiers sont nos voisin·e·s, nos ami·e·s, nos proches. Ils et elles sont aides-soignant·e·s, infirmier·e·s, boulanger·e·s, pâtissier·e·s, travaillent dans l’Horeca, dans la construction, en maison de repos… Ils et elles font partie intégrante de la population de ce pays qui, pourtant, les laisse survivre sans accès au travail légal, sans accès à un logement décent et donc, sans accès à une vie digne.

Aux conditions de vie particulièrement dures dans lesquelles survivaient déjà les personnes sans papiers, le coronavirus est venu asséner un coup supplémentaire. La pandémie a fait plonger plusieurs milliers d’entre elles dans une pauvreté parfois absolue. Même s’ils étaient proposés dans des conditions d’exploitation extrêmes, les emplois informels se sont interrompus souvent du jour au lendemain, suscitant un lot de conséquences en cascade : perte de revenus, perte de logement, sentiment de n’avoir plus rien à perdre.

Comme la population belge, les sans-papiers ont subi les conséquences des mesures sanitaires. Et comme la population belge, ils et elles ont contribué à l’effort collectif, en fabriquant des masques à destination des citoyen·ne·s pendant la pandémie, ou en distribuant des colis alimentaires. Plusieurs d’entre elles et eux ont également participé bénévolement aux diverses initiatives de soutien aux sinistré·e·s des inondations durant l’été.

Ne rien prévoir était une erreur

Pourtant, à l’heure où l’accueil et l’accès à une vie digne devraient être la règle, les sans-papiers sont une nouvelle fois laissé·e·s sur le carreau et privé·e·s des droits les plus élémentaires. Au lieu d’avoir de l’ambition face aux enjeux, le gouvernement s’acharne dans une voie sans issue et investit 100 millions d’euros supplémentaires dans ses centres fermés.

Ne pas prévoir d’objectivation de la politique de régularisation des sans-papiers dans l’accord de gouvernement était une erreur. Cette erreur a poussé près de cinq cent d’entre elles et eux à mener une grève de la faim de près de deux mois l’année dernière. Une erreur qui a poussé plus d’une centaine d’autres à dormir sous tente malgré la neige pour que leur voix soit enfin entendue par le monde politique la semaine dernière !

Sans réponse à leur situation, la détresse des sans-papiers ne va faire que s’accentuer. Leurs actions iront, à nouveau, crescendo. L’ensemble des collectifs de sans-papiers l’a récemment déclaré de façon univoque dans un communiqué : leur « combat ne cessera que le jour où les femmes, hommes et enfants sans papiers en Belgique auront accédé à leurs droits essentiels ».

Des solutions existent

L’octroi récent aux réfugié·e·s ukrainien·ne·s de quelque 29.185 titres de séjour sur base de la protection temporaire en à peine quatre semaines a fini de le démontrer : lorsque la Belgique fait le choix de l’accueil, elle est en capacité de le mettre en œuvre. Des mesures progressistes doivent maintenant être adoptées pour contrebalancer les décennies de restrictions de droits qui ont condamné plusieurs dizaines de milliers de personnes à l’irrégularité de séjour. La mise en place d’un mécanisme permanent de régularisation basé sur des critères clairs et transparents, incluant notamment l’ancrage des personnes et leur participation à la société permettrait d’atteindre cet objectif.

S’il est vrai que l’accord de gouvernement Vivaldi ne prévoit pas de modifier la politique de régularisation, il est aussi vrai que rien dans cet accord ne s’y oppose, contrairement aux accords de gouvernement précédents. Changer la politique de régularisation, c’est donc possible, même durant cette législature. Le temps des tergiversations est dépassé. Celui des fausses promesses également. Il faut maintenant rendre justice à ces citoyen·ne·s privé·e·s de leurs droits et leur donner accès à une vie digne.

Le CIRÉ, la FGTB, la CSC et le MOC soutiennent les revendications des personnes sans papiers en faveur de leur régularisation sur base de critères clairs et transparents. Avec elles, nous poursuivrons la bataille jusqu’à ce que leurs droits soient enfin reconnus et respectés. Les sans-papiers sont des citoyen·ne·s de ce pays. Il est temps de les respecter comme tel·le·s.

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5 Commentaires

  • Posté par Naeije Robert, samedi 9 avril 2022, 13:03

    Les réfugiés ukrainiens respectent la loi. Les personnes en séjour irrégulier ("sans papiers" ne respectent pas la loi. Elles doivent donc être expulsées avec humanité (avec une somme d'argent permettant reinsertion dans le pays d'origine ) et fermeté, en conformité avec ce que prédispose l'état de droit. C'est cela le concept de "droits essentiels".

  • Posté par D L, vendredi 8 avril 2022, 10:00

    Les 2 démocraties antiques faisaient la distinction entre citoyens et métèques et la société Woke du repentir maladif ne le conteste pas. L'accueil sur le sol des sociétés démocratiques occidentales doit être une faveur et ne peut devenir en aucun cas un droit pour ceux qui ne remplissent les conditions d'asile. Les ukrainiens ok et les Afghans qui ont collaboré ok par contre.

  • Posté par Adolphe BoniZeur, journaliste citoyen et fact-checker, vendredi 8 avril 2022, 8:44

    Oui, il faut compter les sans-papiers et les renvoyer chez eux illico presto

  • Posté par J.-M. Tameyre, vendredi 8 avril 2022, 6:26

    J'ai lu deux paragraphes, je ne suis pas allé plus loin. L'écriture inclusive est prétendument "égalitaire" mais elle rend la lecture impossible : c'est un non sens ! En fait c'est prétentieux et "supérieur", à l'image du sujet traité.

  • Posté par collin liliane, jeudi 7 avril 2022, 11:49

    Il n'existe pas de sans papiers, il n'existe que des illégaux. Et les régulariser serait de la folie: leur nombre est estimé à 150.000 et une fois en ordre de documents, ils feront venir du pays conjoints et enfants; ce qui au total donnera l'équivalent de la population d'une ville comme Charleroi. Que le CIRÉ, la FGTB, la CSC et le MOC réfléchissent un peu, s'ils ne veulent pas un jour se retrouver avec une Le Pen belge.

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