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Un serment d’Hippocrate pour une meilleure Europe

Les dirigeants européens doivent prendre davantage l’humain en compte. Un peu comme le ferait un médecin. Avec empathie…

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

La crise russo-ukrainienne et la guerre qui s’en suit aujourd’hui sont peut-être en train de révéler une nouvelle dimension de l’Europe. C’est ce que l’on pourrait déduire de la volonté exprimée ici et là d’arriver à terme à se passer des énergies fossiles russes et de bâtir une défense européenne digne de ce nom.

Il apparaît toutefois que, depuis des années, un véritable leadership politique a souvent fait défaut à l’Europe. Et que notre vie quotidienne s’en est trouvée impactée, dans un manque global d’empathie et de compassion. Ce qui nous conduit à dire que si une autorité, quelle qu’elle soit, est évidemment faite pour décider, elle doit aussi apprendre à communiquer de manière durable et transparente, a fortiori dans une structure supranationale qui flirte régulièrement avec la crise démocratique et institutionnelle. Elle doit apprendre à prévenir. Et à guérir.

L’étymologie grecque du mot « crise » nous renvoie à l’idée de « phase grave d’une maladie » considérée comme l’« ensemble des phénomènes pathologiques se manifestant de façon brusque et intense, mais pendant une période limitée, et laissant prévoir un changement généralement décisif, en bien ou en mal, dans l’évolution d’une maladie » .

De nombreux obstacles

Mais quelle est donc cette maladie dont serait atteinte l’Europe ?

Elle est multiforme, mais pas incurable. Nous avons appris ainsi pendant la pandémie de covid que nous sommes beaucoup plus résilients que nous ne le pensions. Il est incroyable de voir comment nombre d’entre nous ont fait avancer leur vie personnelle et professionnelle en utilisant des moyens innovants pour rester socialement connectés. L’humanité en est sortie plus « agile » et plus forte.

La pandémie nous a également rappelé à quel point les économies de l’Union européenne sont liées et combien un marché unique pleinement opérationnel est crucial pour notre prospérité. Le coronavirus – dont nous ne sommes pas débarrassés quoi que laisse penser l’actualité – montre à sa manière la voie à suivre pour aller vers une plus grande consolidation de l’unification du continent.

Mais les obstacles sont nombreux. La guerre qui sévit à l’Est porte en elle le risque d’un accroissement des différences sociales et économiques. Les déplacements de la demande et la capacité du secteur privé à rebondir devraient affecter de manière asymétrique différents pays. En conséquence, certains secteurs d’activité devraient souffrir, notamment en raison d’une baisse du chiffre d’affaires et de l’emploi. Ils souffriront d’autant plus que le prix des énergies n’a de cesse de grimper et devrait durablement alourdir la facture des industries, comme des ménages.

Les Etats européen ont donc besoin de se serrer les coudes. C’est vrai face à la guerre, comme face au réchauffement climatique, à l’anarchie numérique ou à la montée en puissance des démocraties illibérales. Voici pour le point de vue politique et institutionnel.

Un serment « sacré »

Et puis il y a nous, les Européens. Si l’Europe est malade, ses enfants ne se portent pas bien non plus. Il est donc légitime de demander à nos dirigeants de prendre davantage l’humain en compte. Un peu comme le ferait un médecin. Avec empathie. Pourquoi dès lors ne pas leur demander de s’engager d’une autre manière vis-à-vis de leurs concitoyens, en prêtant une sorte de « serment d’Hippocrate de la politique citoyenne » ?

Le serment d’Hippocrate est l’un des plus anciens textes contraignants de l’histoire. Il est toujours tenu pour « sacré » par les médecins : soigner les malades au mieux de ses capacités, préserver l’intimité d’un patient, enseigner les secrets de la médecine à la génération suivante… Ce serment éthique est l’un des plus universels.

Traduire le serment d’Hippocrate de la médecine en politique est somme tout assez facile. Vous n’avez pas à changer un seul mot.

Que dit un médecin lorsqu’il s’engage ? Ceci :

«  Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité.

Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire.

Je préserverai l’indépendance nécessaire à l’accomplissement de ma mission. Je n’entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés.

Puissé-je toujours agir de manière à préserver les plus belles traditions de ma vocation et puissé-je vivre longtemps la joie de guérir ceux qui demandent mon aide. »

Retrouver le cœur de la cité

Pure utopie ? Peut-être. Mais l’utopie est aussi ce qui fait avancer l’humanité. Le propos n’est pas de disserter ici dans le vide, mais d’engager les politiques qui servent la démocratie libérale à retrouver le cœur de la cité. Il ne suffit pas de parler de guerre, de pétrole ou de Facebook. Il faut aussi retrouver l’âme européenne.

Savoir communiquer avec la « base », c’est créer l’adhésion et se prémunir du retour des idées extrêmes. De la guerre. C’est servir le combat de l’Union pour davantage de cohésion, en faire peut-être un jour la véritable fédération à laquelle certains veulent encore croire. C’est l’aider à devenir un acteur géopolitique plus fort dans un monde de plus en plus fragmenté où le lien avec les Etats-Unis doit être renforcé.

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1 Commentaire

  • Posté par L. Jean-Christophe, lundi 9 mai 2022, 4:54

    Très belle carte blanche qui exprime très bien un sentiment que de nombreux citoyens Européens doivent ressentir, dont moi.

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