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Comment la Belgique peut arrêter les robots tueurs

Ce mardi, en commission Défense, des questions relatives aux robots tueurs seront posées à la ministre compétente. La Belgique doit initier la lutte internationale contre l’utilisation des armes autonomes, estiment les auteurs de cette carte blanche.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

En Belgique, deux initiatives importantes sont pendantes à la Chambre des représentants : une proposition de résolution et une proposition de loi sur l’interdiction des robots tueurs. Ces initiatives devraient pousser nos parlementaires à promouvoir un monde où la technologie est utilisée pour promouvoir la paix et la justice, et non pour tuer.

L’opinion publique peu favorable

Les robots tueurs sont des systèmes d’armes létaux dotés d’une forte intelligence artificielle qui les rend capables de détecter, identifier, sélectionner et attaquer une cible de manière totalement autonome, c’est-à-dire sans aucun contrôle humain. Bien que ces armes ne soient pas encore totalement exploitées, plusieurs experts internationaux en robotique et en intelligence artificielle mettent en garde contre les dangers de leur développement. En effet, confier à un algorithme – qui peut potentiellement traduire les biais cognitifs de ses concepteurs et intégrer des compréhensions raciales, sociales ou de genre teintées de préjugés et autres représentations construites de la menace à éradiquer – l’utilisation de la force (létale) sur la base d’informations récoltées par des capteurs comporte un risque de déshumanisation accrue par la réduction des gens à une simple combinaison d’uns et de zéros.

En outre, la perte du contrôle humain sur l’exercice de la violence nous confronte à des questions fondamentales. Le droit international sera-t-il toujours respecté ? Qui sera appelé à rendre des comptes si les choses tournent mal : le concepteur du système, la structure l’ayant commandé, celle l’ayant déployé ? Comment rendre justice à d’éventuels plaignants ?

En Ukraine, des informations faisant état de l’utilisation de systèmes d’armes susceptibles d’offrir des options de ciblage autonome démontrent que les robots tueurs ne sont pas un concept farfelu. En parallèle aux dangers éthiques et juridiques qu’ils posent, ils menacent également l’équilibre international et risquent aussi de provoquer une déstabilisation dangereuse en Belgique. D’ailleurs, dans le cadre d’un sondage réalisé en 2020, 66 % des Belges demandent l’interdiction des robots tueurs.

Une occasion manquée

La société civile, les États et l’ONU travaillent sur cette question depuis longtemps. En décembre 2021, lors de la Conférence d’examen de la Convention des Nations unies sur certaines armes classiques à Genève, les États ont eu une occasion décisive d’apporter une réponse claire aux préoccupations entourant les robots tueurs. Cela s’est soldé par un échec. Aucun mandat n’a été adopté pour entamer des négociations sur un instrument juridiquement contraignant visant à garantir le contrôle humain sur l’usage de la force.

Les résultats de la Conférence d’examen reflètent le blocage d’une poignée d’États, dont les États-Unis et la Russie, mais pas la volonté de la grande majorité d’entre eux, de la société civile ou de l’opinion publique internationale. Après huit années de discussions, cet échec montre qu’un processus externe à la Convention est désormais probable, comme ce fut déjà le cas pour les mines antipersonnel et les armes à sous-munitions. Plus encore, cela semble être le seul moyen d’enfin réaliser de réels progrès.

Que peut faire la Belgique ?

Bien que la Belgique n’ait pas ménagé ses efforts sur la scène internationale, en présidant notamment en 2021 le Groupe d’experts gouvernementaux chargé de trouver des solutions dans le cadre de la Convention sur certaines armes classiques, la diplomatie belge n’est malheureusement pas parvenue à relancer les discussions sur un traité international d’interdiction des robots tueurs. En mars dernier, après un nouvel échec des discussions dans le cadre de la Convention, la Belgique a signé avec 22 autres États une déclaration commune qui met l’accent sur le besoin urgent de règles et de limites afin de garantir une participation et une surveillance humaines suffisantes sur l’usage de la force.

Néanmoins, dans le même temps, la position du gouvernement belge s’est profilée comme plus attentiste, et l’exécutif souhaite désormais une concertation préalable sur la question des robots tueurs au sein de l’Otan. Sans pouvoir affirmer avec certitude que ceci explique cela, force est de constater que la guerre en Ukraine a marginalisé les préoccupations liées au contrôle des armements. Pourtant, au lieu de nourrir les ambitions militaristes, ce conflit devrait plutôt rappeler l’importance de ce contrôle. Le but de l’accord gouvernemental de négocier une interdiction internationale des armes autonomes est toujours aussi, voire plus, important qu’avant. L’évolution technologique contraint la diplomatie. Le temps presse.

Aujourd’hui, notre pays doit approfondir la possibilité de participer à un nouveau processus de négociation d’un traité afin d’interdire les robots tueurs et réglementer les autres systèmes d’armes autonomes. La proposition de résolution parlementaire appelle le gouvernement à jouer un rôle actif dans ce sens. Une proposition de loi visant à interdire les robots tueurs en Belgique est également sur la table. Une interdiction nationale confirmerait le rôle de pionnier que la Belgique a déjà joué par le passé en interdisant des armes produisant des souffrances humaines excessives. C’est une opportunité que notre pays doit saisir !

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