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Coronavirus: la piste des chercheurs belges pour bloquer l’infection

Une équipe de chercheurs belges a mis en avant le rôle d’un type de sucres présents sur nos cellules, que le coronavirus utilise pour s’y lier. Des points d’ancrage qu’ils ont réussi à inhiber et ainsi détourner le SARS-CoV2 de sa cible. La découverte, publiée ce mardi dans « Nature Communications », suscite l’espoir de mettre au point des antiviraux puissants qui permettraient d’éradiquer le virus.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

C’est comme pour toutes les rencontres, une histoire d’affinité. La science a ainsi très vite mis en avant, en 2020 déjà, le rôle déterminant de la protéine Spike (S) qui hérisse la surface du coronavirus. Une sorte de clé qui lui permet de se fondre au récepteur cellulaire ACE2 et de pénétrer nos cellules. Des chercheurs de l’UCLouvain et de l’UNamur vont un pas plus loin : ils viennent de montrer que le virus utilisait ses protéines saillantes pour à la fois s’accrocher et faire sauter un à un les verrous cellulaires.

L’équipe dirigée par David Alsteens, chercheur qualifié FNRS et investigateur Welbio à l’Institut des sciences et technologies biomoléculaires de l’UCLouvain, a étudié l’interaction entre un certain type d’acides sialiques (sortes de résidus de sucre présents à la surface des cellules) et la protéine S du SARS-CoV-2, avant qu’il n’atteigne le récepteur ACE2. Comme ce jeu de plage qui consiste à attraper une balle avec une raquette munie de velcro dont on empêcherait l’adhérence : « Le virus ne tombe pas tout de suite sur le récepteur ACE2, il doit d’abord explorer la surface de nos cellules pour trouver le verrou », explique le chercheur principal.

Schéma_mécanisme_COVID

« En attendant, il lui faut créer des liaisons qui lui permettent de se maintenir sur la cellule. Ce qu’il fait avec les acides sialiques. En fait, il utilise ces points d’ancrage pour faire ses premiers crocs. Pour mesurer la force de cette liaison, nous avons utilisé un microscope à force atomique, qui fonctionne un peu comme un tourne-disque vinyle », détaille-t-il. « Sa pointe très fine est mise en contact avec un échantillon et se balade sur celui-ci. On peut y greffer un virus ou une protéine unique. En tirant dessus, on est capable de mesurer les forces en présence et d’étudier la liaison point par point. »

Prendre le virus à son propre piège

Cette attraction très forte a été utilisée pour prendre le virus à son propre piège, c’est-à-dire en l’empêchant de s’accrocher à la cellule – un peu comme un cadenas supplémentaire qui ne lui permettrait pas d’explorer la surface cellulaire pour trouver la porte d’entrée principale. « On a synthétisé des molécules qui possèdent ces sucres 9-O-acétylés dans différentes conformations et on a démontré que des structures en forme de carré étaient capables de bloquer la liaison mais aussi l’infection », poursuit le chercheur.

Schéma_mécanisme_COVID_2

Ainsi inhibé, incapable d’atteindre sa cible, le coronavirus finit en effet par mourir de sa belle mort en quelques minutes à quelques heures maximum, sans avoir pu non seulement s’introduire dans la cellule mais surtout se répliquer. Les travaux des chercheurs belges, publiés ce mardi dans la revue Nature Communications, ouvrent donc la voie à la mise au point d’antiviraux. Sous peu, ils devraient d’ailleurs commencer à étudier leur découverte in vivo, sur des souris. En fonction des résultats, des tests sur l’homme pourraient suivre.

À lire aussi La Belgique se dote d’un outil de pointe pour accélérer le développement des vaccins

« C’est une découverte qui offre beaucoup de perspectives futures », se félicite David Alsteens. « Il s’agit d’une nouvelle manière de combattre les virus, où on mime la cible pour les empêcher de se lier, plutôt que de se défendre avec des anticorps. » Elle pourrait surtout convenir pour se prémunir de tous les futurs variants et trouver des applications avec d’autres types de virus.

 

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10 Commentaires

  • Posté par STORDIAU Pierre, samedi 14 mai 2022, 10:58

    "Scientia vincere tenebras" : rien ne remplacera la vérité scientifique ... face aux croyances obscurantistes !

  • Posté par Jeanine Delhait, mardi 10 mai 2022, 14:31

    Bravo la Belgique. Comme quoi nous avons des compétences aussi et ca fait plaisir a entendre

  • Posté par Jean Luc, mardi 10 mai 2022, 12:53

    M'étonne que la RTBF en parle aussi. Pour une fois, ce ne sont pas leurs chouchous de l'ULiège.

  • Posté par Raspe Eric, mardi 10 mai 2022, 13:29

    Toujours aussi stupide!

  • Posté par Sbrissa Angelo, mardi 10 mai 2022, 11:33

    Enfin des chercheurs qui ont cherché et qui continuent à chercher. Bravo

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