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Europe: le pari courageux d’Emmanuel Macron

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Alors que la victoire de l’Ukraine à l’eurovision fait la une de tous les journaux de continent et bien au-delà, on a trop peu souligné l’importance du discours qu’Emmanuel Macron a fait le 9 mai dernier à l’occasion de la clôture de la conférence sur l’avenir de l’Europe dans l’enceinte du Parlement de Strasbourg.

En compagnie d’Ursula Von der Leyen et de Roberta Metsola, les présidentes de la Commission et du Parlement européen et au nom de la présidence du Conseil de l’Union européenne que notre pays exerce jusqu’au 30 juin, le chef de l’Etat, s’est engagé devant un parterre de citoyens à ce que l’Union apporte une réponse concrète aux propositions de démocratisation et d’efficacité accrue de l’Union résultant des travaux de la conférence sur l’avenir de l’avenir de l’Europe. Cette dernière a réuni pendant un an près de 1.000 citoyens tirés au sort et représentatifs de tous les Etats membres et de toutes les sensibilités politiques de l’Union. Ses travaux ont surpris par leur qualité et leur profondeur. Ils ont également fait prendre conscience aux dirigeants de l’Europe d’une appétence inattendue et profonde des citoyens des Etats membres à être associés ensemble et de manière continue à la préparation des décisions politiques européennes et à la réflexion sur l’avenir de l’Union. Ils ont enfin ouvert la perspective d’une véritable démocratie européenne plurilingue et plus efficace qui ne se résume à 27 silos démocratiques nationaux mais qui articule vies politiques nationales et européenne. Ils appelaient donc à une réponse politique et concrète d’ampleur.

Deux perspectives majeures

C’est dans ce contexte que le président Macron a tracé, à titre personnel, deux perspectives majeures : une réforme des institutions ainsi qu’une Communauté politique européenne qui permette d’associer à l’Union les Etats européens n’en faisant partie mais souhaitant avoir accès à certains de ces bénéfices tout en stabilisant le voisinage de l’Union soumis à des interférences incessantes de grandes puissances visant à déstabiliser l’Europe comme la Russie qui a envahi dans la plus totale illégalité l’Ukraine, ou la Chine. Des propositions qui ont le mérite d’ouvrir deux débats tabous depuis près de deux décennies.

Pour la réforme des institutions, certaines propositions d’amélioration de l’efficacité démocratique de l’Union, comme la mise en œuvre de la majorité qualifiée dans certains domaines (social, politique étrangère…), peuvent se faire dans le cadre du traité de Lisbonne, d’autres requièrent une réforme des traités et donc une convention de préparation de cette réforme. Pour que la convention ait lieu, il faudrait que le Conseil européen approuve à la majorité simple son ouverture, ce qui n’a rien d’évident. Ouvrir cette discussion sur la convention est un pari courageux mais gagnable et utile car si 13 Etats s’y opposent pour des raisons variées, une dizaine, les plus importants, savent que sans cette convention, les Européens n’auront jamais les moyens de renforcer l’efficacité et l’agilité de l’Union ni d’en faire une grande puissance autonome en matière de sécurité et de défense alors qu’aucun Etat membre n’a la taille critique pour assurer sa sécurité et que l’avenir de l’Otan dépend de la prochaine élection présidentielle américaine qui pourrait voir Trump ou un de ses alliés revenir à la Maison Blanche.

La deuxième proposition, créer une Communauté Politique européenne, pose une ambition fondamentale pour la stabilité et l’avenir de l’Europe, celle de créer une dynamique de rassemblement et de solidarité des Etats européens ayant, au-delà de l’Union européenne, la démocratie et l’humanisme en commun. Son enjeu est clair : organiser le continent comme espace de solidarités et de protections concrètes mais aussi de dialogue politique afin de permettre de trouver ensemble des solutions aux grands défis de l’époque, de mieux faire face aux crises et d’associer les Etats européens qui souhaitent se rapprocher de l’Union sans forcément y adhérer comme le Royaume-Uni ou qui souhaitent l’intégrer sans y être complètement prêts comme l’Ukraine.

*Guillaume Klossa est écrivain, dirigeant d’entreprise et vice-président d’un groupe de conseil en communication stratégique. Son prochain livre, Fierté européenne, manifeste pour une civilisation d’avenir, préfacé par Jean-Claude Juncker, paraîtra le 25 mai aux éditions Télémaque.

À lire aussi Une nouvelle Communauté européenne pour ancrer l’Ukraine (et d’autres) dans l’Europe?

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