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Vers une autonomie énergétique de l’Afrique: inventer un nouveau modèle intégré pour électrifier le continent

l’Afrique doit se préparer à la transition énergétique. Elle en a les ressources. Il lui appartient de développer sans tarder ses capacités de production.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

L’accès de tous à une énergie durable, abordable et fiable est au cœur de la lutte contre la pauvreté et le changement climatique, faisant ainsi partie des Objectifs de développement durable des Nations unies. Alors que la communauté internationale se réunit cette semaine au SE4ALL Forum à Kigali au Rwanda pour accélérer une transition énergétique juste et équitable, le constat est alarmant : au regard des tendances actuelles , l’objectif d’universalisation de l’accès à l’électricité d’ici à 2030 ne sera pas atteint. On estime que 660 millions de personnes n’auront toujours pas accès à l’électricité, en Afrique subsaharienne pour la plupart.

Tandis que l’Asie a réalisé des progrès significatifs au cours de la dernière décennie, le changement d’échelle n’a pas eu lieu en Afrique subsaharienne qui représente aujourd’hui trois quarts du déficit mondial  : sur 759 millions de personnes n’ayant pas accès à l’électricité dans le monde, 570 millions sont subsahariens, soit un taux d’accès de seulement 46 %.

Il est temps que nous, les Africains, prenions notre destin en main et inventions un nouveau modèle qui nous permettra d’atteindre l’autonomie énergétique de notre continent. Un modèle intégré qui met à profit l’immense richesse de nos réserves énergétiques et qui crée les infrastructures nécessaires au développement d’une économie locale circulaire.

Les ressources ne manquent pas

D’abord, l’Afrique regorge de sources d’énergie renouvelables telles que l’hydroélectricité, le solaire, l’éolien et la géothermie. Rien que le potentiel d’énergie hydraulique du continent est estimé à 350 GW (dont 100 GW en République démocratique du Congo) et pourrait générer près de 1.200 TWh par an, soit trois fois le niveau de consommation actuelle de l’Afrique subsaharienne. Pourtant seuls 10 % de ce potentiel sont exploités aujourd’hui (et seulement 2,5 % en RDC). Un investissement massif dans le secteur des énergies vertes est aujourd’hui crucial pour le développement socio-économique de nos nations.

Ensuite, l’Afrique dispose de réserves en minerais parmi les plus importantes au monde. Elles aussi restent largement inexploitées. Selon la Banque mondiale , la production de minéraux pourrait augmenter de près de 500 % d’ici à 2050 pour répondre à l’augmentation de la demande mondiale de technologies énergétiques propres. Notre continent deviendra ainsi un fournisseur clé pour la transition énergétique mondiale.

Développer les capacités de production

Mais nous ne devrions pas nous contenter d’exporter ces matières premières vers l’Asie où elles sont transformées en composants pour batteries électriques, éoliennes, téléphones portables ou fibre optique. Il est essentiel que l’Afrique développe des centres de production régionaux, plaçant la transformation de ces métaux au centre d’économies circulaires pérennes, essentielles au développement durable de l’Afrique.

La RDC se positionne d’ores et déjà comme pays solution et prévoit de développer une chaîne de valeur régionale autour de l’industrie des batteries, des véhicules électriques et des énergies propres et compte sur ses riches réserves de lithium et de cobalt pour alimenter cette industrie. Un objectif conforté par une étude de BloombergNEF qui affirme qu’il sera trois fois moins cher d’installer une usine de ce type en RDC qu’aux Etats-Unis ou en Chine.

Moins de 10 % de la population congolaise dispose aujourd’hui d’un accès à l’électricité et moins de 1 % dans les zones rurales qui détiennent les gisements de minerais nécessaires à la transition énergétique mondiale.

Enfin, nous avons besoin d’investissements massifs dans les énergies renouvelables et les capacités de fabrication et de transformation de nos matières premières pour financer la transition. Mais nous ne pouvons pas uniquement compter sur les financements internationaux pour résoudre le déficit énergétique de notre continent. Regardons les flux de financements publics internationaux : en 2018, les pays d’Afrique subsaharienne ont reçu moins d’un cinquième de leurs besoins d’investissement requis pour parvenir à l’accès universel à l’électricité des ménages ; cinq pays ont reçu moins de 100 millions USD .

Si nous voulons un changement de paradigme pour l’Afrique, nous – décideurs politiques, investisseurs institutionnels et entrepreneurs africains – devons nous mobiliser ensemble pour accélérer la transition énergétique. Il nous faut un nouveau modèle, basé sur un engagement politique résolu, un environnement économique propice à l’investissement, des mécanismes de financement innovants et du courage entrepreneurial.

La transition énergétique et le développement économique et social de notre continent vont de pair. Nous devons transformer l’Afrique. Personne ne le fera à notre place.

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