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Justine Henin avant Roland-Garros: «David Goffin doit continuer sa reconstruction à travers le plaisir du jeu»

Une petite alerte au dos à Rome (son clan a donné des nouvelles rassurantes à ce propos), mais c’est surtout le mois d’avril et sa performance à Madrid (quatre balles de match contre Nadal) que Justine Henin préfère retenir de David Goffin, à l’aube de disputer son 10e Roland-Garros, après sa révélation de 2012, contre Roger Federer.

Vidéo - Temps de lecture: 4 min

« J’étais très heureuse de voir David retrouver du plaisir sur le terrain et un niveau de jeu à Madrid », commente d’emblée Justine. « C’est là qu’on a envie de le voir, et ce plaisir de jouer, ça reste essentiel. J’avoue même avoir été un peu triste à la fin de son match : une victoire lui aurait fait plus de bien qu’à Nadal lui-même ! Ca a été vraiment une période complexe pour lui et j’espère vraiment qu’il est de retour. »

Justine a-t-elle eu peur à un moment pour le n°1 belge ? « Il faut regarder tout ça avec un peu de recul, mais oui, je me posais pas mal de questions, comme beaucoup de gens certainement. Il était comme pris dans un cercle vicieux. Mais je savais qu’il était au travail, et le travail, a priori, amène toujours des résultats. Il a été jusqu’auboutiste, persévérant, pour essayer de se retrouver ou de se rapprocher du niveau qui a été le sien. David, il nous a déjà fait beaucoup vibrer. Il a été 7e mondial, finaliste du Masters…, et je pense qu’on n’a pas pris la mesure de ce que ça signifiait dans un tennis masculin très fort. Là, on a senti qu’il y avait des choses qui revenaient, et je m’en réjouis évidemment. »

De quoi espérer un bon Roland-Garros, si le tirage de ce jeudi soir l’épargne un peu ? « Je n’ai pas envie de lui mettre une pression quelconque. Faut juste savoir saisir les opportunités car il peut toujours se passer beaucoup de choses dans un Grand Chelem. David doit continuer cette reconstruction à travers le plaisir du jeu. Retrouver ce plaisir, être en bonne santé, et le reste suivra. »

Il est vrai que les blessures ne l’ont pas épargné, ces derniers mois. « Il avait beaucoup joué ces dernières années. David doit être très bien physiquement s’il veut être performant. Il doit très très bien bouger, prendre la balle tôt, et pour ça, il doit vraiment être affûté. C’est triste quand on voit un joueur tellement loin de son niveau, et ça fait plaisir, maintenant, quand on le voit remonter petit à petit la pente. Arrivé à jouer en étant bien physiquement, je pense que ça, c’est déjà une première étape très importante. Alors, après, on peut toujours dire, oui mais il n’a pas assez de mordant. Parfois, on a le sentiment, et on l’a encore vu contre Nadal, qu’en étant un peu plus hargneux, il pourrait provoquer un peu plus de victoires. Mais il est comme il est, David, et c’est sa personnalité. Il marche à la confiance. La conviction qu’on peut le faire, c’est quelque chose de très spécial. Moi-même, j’ai beaucoup lutté contre un certain manque de confiance en mes propres moyens. Surtout dans un tennis féminin costaud à l’époque avec Serena, Kim et d’autres. Il y avait énormément de concurrence. Carlos a dû me bousculer beaucoup pour que je croie en moi. Je n’ai jamais été persuadée que je pouvais gagner Wimbledon et c’est pour ça que je ne l’ai jamais gagné, pas parce que je n’en n’avais pas les moyens ! Tout le travail sur la confiance en soit, ça mériterait une interview entière… C’est pourtant vrai que c’est une des clés de la réussite, et là, en commentant David à Madrid depuis ma cabine, j’avais envie de le pousser encore davantage. Mais il est en bonne voie, c’est rassurant. J’aime beaucoup sa vivacité et son intelligence de jeu : c’est ça, exploiter son potentiel face à la puissance des autres. Moi, j’adore ces gars qui jouent justement avec leurs qualités et qui ne cherchent pas à être en concurrence tout le temps. De toute façon, ça ne sert à rien quand on n’a pas les mêmes armes. Il faut pouvoir jouer avec ses propres atouts. Et bien sûr, quand David est libéré, il est très beau à voir jouer. »

Y.S.

Justine Henin préface Roland-Garros: «N’enterrez surtout pas Rafael Nadal; Alcaraz, lui, va bousculer les codes» (vidéo)

Roland-Garros 2022 débute ce jeudi soir avec le tirage au sort. Justine Henin préface une édition « pour une fois très ouverte chez les messieurs et beaucoup moins chez les dames ». Ses favoris : Novak Djokovic, Carlos Alcaraz et Rafael Nadal côté masculin, Iga Swiatek côté féminin. Une interview à découvrir en vidéo.

Entretien - Temps de lecture: 7 min

En plus d’une heure, rien que pour nous, Justine Henin a tracé les lignes de ce que devrait la prochaine édition de ce Roland-Garros qui débute enfin à nouveau dans des conditions normales, ce dimanche.

« Comme d’habitude, je parle beaucoup », sourit celle qui fêtera à la fois ses 40 ans (le 1er juin) et les 25 ans de son premier titre parisien chez les juniores (quatre autres suivront chez les grandes!), au micro de France-Télévisions. Mère de famille (Lalie a 9 ans et Victor 5), femme active au sein de son académie et d’une Fondation qu’elle vient de réorienter, la Rochefortoise reste une passionnée invétérée de tennis. Qu’elle « ne pratique plus que pour faire plaisir », qu’elle ne suit pas en tant que coach (« j’ai reçu des demandes, encore l’an dernier, je ne ferme jamais la porte, mais ce n’est pas, pour l’instant, mon plan de carrière »), mais qu’elle adore analyser en tant que consultante.

En avance, donc, sur le public français, elle vous livre, ici, ses impressions avant le grand show de la Porte d’Auteuil. Du Justine Henin, telle qu’on la connaît : prompte sur la balle, généreuse dans l’exercice et jamais avare d’un petit revers claqué avec maestria.

Justine, première question simple, à quel Roland-Garros doit-on s’attendre cette année ?

Je m’attends à un Roland-Garros extrêmement ouvert. On avait l’habitude de le dire côté féminin depuis longtemps, mais maintenant on peut le dire un petit peu plus côté masculin. C’est vrai que pendant des années, à la question ouverte « Rafael Nadal est-il le grand favori ? » La réponse était assez claire… Aujourd’hui, il fait toujours partie des favoris, car on ne peut surtout pas l’enterrer, ce serait même un manque total de respect par rapport à son palmarès à Paris. Mais il est peut-être un peu moins favori qu’avant, aux côtés des Djokovic et Alcaraz.

Même pas de la place pour un outsider ?

Un outsider ? C’est difficile à dire parce que j’ai suivi beaucoup de joueurs ces derniers temps, mais je n’en vois pas vraiment un qui pourrait aller bousculer la hiérarchie dont on vient de parler. Alors on peut parler de Tsitsipas, Zverev, qui peuvent jouer un tennis exceptionnel. Tsitsipas (NDLR : le finaliste de l’an dernier), à la base, est celui qui, à mon avis, a peut-être ce rôle aussi de perturbateur. Il vient d’ailleurs de remporter deux fois Monte-Carlo d’affilée, mais encore à Madrid, je l’ai trouvé un peu trop gentil, avec un certain manque de fermeté. On sent qu’il y a encore de gros passages à vide. Donc, non… Quand on a cité les trois noms, je pense qu’on a les vrais favoris de cette édition côté masculin, alors que, côté féminin, Iga Swiatek est cette fois la grandissime favorite. Mais on le sait, la vérité du terrain nous impose de rester prudents…

Certainement avec le cas Rafael Nadal qui vise un 14e sacre, mais qui va se présenter à Paris, avec plein de doutes liés à sa blessure chronique au pied, à une préparation perturbée et à un bilan encore vierge, cette année, sur terre battue…

Quand on parle de Rafael Nadal, il faut garder dans un coin de sa tête que tout reste possible avec lui ! Oui, il doit gérer sa blessure au pied. Oui, sa préparation à la terre battue a été plus courte que d’habitude, mais faut-il rappeler le début de saison exceptionnel qu’il nous a offert ? Rafa, il va accepter les conditions qui sont les siennes. Il va tout faire pour arriver dans le meilleur état de forme possible, et puis, il va composer avec ça. Et là, il est très dangereux ! Il l’a encore démontré en janvier à l’Open d’Australie.

Pour rappel, tout de même, Novak Djokovic est le tenant du titre à Paris et son dernier sacre à Rome vient complètement de relancer son étrange saison.

Djokovic, il a eu beaucoup choses à gérer et à digérer sur le plan émotionnel, mais son expérience est telle qu’il s’est concentré pour travailler les bonnes choses pour arriver à Roland-Garros à son pic de forme ! Il est le tenant du titre après avoir traversé aussi pas mal de hauts et de bas, l’an dernier (NDLR : il a été mené 2 sets à rien, dès les huitièmes de finale contre Musetti, et encore contre Tsitsipas, en finale !), donc on peut imaginer que tout ça lui a donné beaucoup de confiance. Il est le n°1 mondial, ne l’oublions pas !

Reste le phénomène Carlos Alcaraz qui, à 19 ans, s’est propulsé parmi les favoris, en réglant notamment les comptes de Nadal, Djokovic et Zverev à Madrid !

Le puncheur, celui qui va bousculer les codes, ce sera Carlos Alcaraz, c’est clair. C’est évidemment le joueur en forme du moment, mais on ne sait pas comment il va se comporter dans un format en 5 sets, sur terre battue et sur une quinzaine qui est longue. Les attentes sont là avant Roland-Garros, mais il y a beaucoup de signes rassurants, notamment, le fait qu’il ait décidé de lever le pied à Rome. Je l’espérais secrètement, et il l’a fait. C’est une preuve d’intelligence et d’un entourage, notamment avec Juan-Carlos Ferrero, qui sait comment protéger son joueur.

Vous êtes surprise par son éclosion si rapide ?

Il ne cesse quand même de nous épater. On a beau le voir venir, mais c’est tellement fulgurant, que si ça ne nous surprend pas, c’est qu’il y a un problème. Même si on a beau imaginer son potentiel… Ce qui me plaît par-dessus tout chez Carlos Alcaraz, c’est le mélange : « j’ai de l’ambition, je n’ai pas peur de l’afficher », mais il n’y a aucune forme d’arrogance ou de prétention. Il a beaucoup d’humilité, il met beaucoup la valeur du travail en avant, il dit que c’est le travail qui porte ses fruits. Il y a ce mélange à la fois d’ambition et en même temps de grande simplicité, de conviction et d’émerveillement, donc on sent que, oui, il savoure ce qui est en train de lui arriver, mais en même temps, il a tellement travaillé qu’on sent qu’il est presque prêt, en fait, pour ça. Il reste humble, mais pas effacé, et ça, ça promet.A 19 ans, c’est faire preuve d’une maturité exceptionnelle. Tout ça fait un mélange détonnant !

Et tennistiquement, qu’est-ce qui vous impressionne chez lui ?

Au niveau du jeu, il me paraît être le plus complet des Nadal, Djokovic et Federer ! On dirait qu’il y a un bon mélange des trois, là… La comparaison avec Nadal, pour moi, tennistiquement, ne tient pas. C’est la précocité des deux qui les rapproche. Même si, si on parle d’intensité, Alcaraz s’est nourri de l’énergie que peut dispenser son aîné. Alors oui, on peut souligner qu’il est extrêmement puissant, qu’il a une sacré force de frappe, mais au niveau tactique, on l’a vu aussi très juste, extrêmement créatif, très adroit au filet, capable de jouer des amorties, souvent dans des moments qui sont bien choisis. Donc, il a quand même beaucoup, beaucoup d’armes…

On prédit déjà qu’il est parti pour battre les records des plus grands…

Améliorer les records de Nadal, ou des trois, ça paraît tellement surréaliste ! Les comparaisons sont évidemment tentantes, mais commencer maintenant à estimer qu’il va atteindre ou battre certains records en Grands Chelems, c’est un peu hors propos, on n’en est pas là, alors qu’il débute seulement. Mais bon, il est parti sur de très bonnes bases évidemment. On voit son côté compétiteur. Donc, on peut imaginer qu’il va avoir envie d’en gagner beaucoup. Se dire il va atteindre ces chiffres-là, c’est impossible à prédire. Mais dire que c’est impossible d’y arriver, on ne peut plus l’affirmer non plus, ça, c’est sûr ! On va laisser la place à la surprise de toute façon…

On sent que c’est déjà votre coup de coeur…

Oui, sans aucun doute, mais ce sera le coup de cœur d’une multitude de gens. Il réunit beaucoup de facteurs de séduction. Il joue déjà un tennis avec beaucoup d’armes différentes, c’est un gars sympa, et en plus il a de chouettes valeurs! Son jeu est passionnant, ça donne envie de le regarder. Donc forcément, il est parti pour être un chouchou du public. Roland-Garros sera un premier vrai challenge, mais on a vu qu’il aime ça. Quelque part, je pense que le fameux Big 3 doit se réjouir de savoir que l’avenir est aussi entre de bonnes mains! Ils ont tenu le tennis masculin au top depuis si longtemps qu’ils sont heureux de voir que la relève est là ! On va encore vibrer devant un joueur qui est spectaculaire à bien des titres. Après, il faudra le préserver, mais il a un bon entourage qui est là pour ça et, en plus, il a la tête sur les épaules, le gamin!

«Swiatek est la grandissime favorite, mais le tennis féminin reste fragile»

Temps de lecture: 3 min

Avec cinq titres d’affilée et 28 matches sans défaite (!), la question n’est pas de savoir si Iga Swiatek va gagner Roland-Garros (comme en 2020), mais qui peut la battre à Auteuil. Sans Ash Barty (jeune retraitée) et avec une Naomi Osaka un peu perdue émotionnellement, le tennis féminin s’est peut-être découvert une nouvelle reine, mais ça manque cruellement de vraies rivalités.

Un état de fait que ne peut que constater Justine Henin. « Je ne peux pas être trop négative avec le tennis féminin », concède-t-elle, presque en s’excusant. « Mais je suis un peu dubitative, on l’est tous… Iga Swiatek a tout écrasé, ces dernières semaines, mais un peu faute de concurrence. Je ne peux que l’admettre… Derrière la Polonaise, ça manque de constance. Ça reste fragile, il faut être honnête. Voilà, certains disent que c’est bien de voir beaucoup de filles différentes gagner, c’est bien de voir qu’il y a des choses qui bougent, mais s’il n’y a pas, à un moment donné, quelques filles qui peuvent donner l’espoir qu’elles vont être régulièrement au rendez-vous et offrir de vraies rivalités, je pense qu’il nous manque quelque chose pour l’attractivité du tennis féminin. J’avais pensé qu’Osaka serait la nouvelle patronne, puis que ce serait Ash Barty… Voilà donc Iga Swiatek, mais elle est un peu seule sur son île. Je dis ça, sans vouloir dénigrer des joueuses comme Badosa, Sakkari ou Kontaveit, mais on attend tout de même un peu plus de coups d’éclat du Top 5 mondial… On ne peut donc pas s’empêcher de pointer la nº1 comme la grandissime favorite, ici. En sachant que la gestion émotionnelle reste un facteur très présent, et certainement dans le tennis féminin. À ce titre, la période Covid, et maintenant le contexte avec la guerre en Ukraine, perturbent pas mal de choses. Ça a mis beaucoup de joueurs et joueuses en difficulté, ceux qui étaient peut-être déjà un peu limite. Ce qui peut expliquer certaines choses. On parle beaucoup de mal-être chez certaines, de difficultés de constance. Ça semble être une réalité. Après, il y a une question générationnelle aussi, la question de la communication, avec notamment la nouvelle place importante des réseaux sociaux et de toutes les sollicitations que ça engendre. Tout ça prend beaucoup d’énergie aussi aux joueuses. Les priorités changent un petit peu par rapport à ce qu’on voyait avant, même si je n’aime pas parler comme ça. Mais elles étaient peut-être encore plus sportives qu’elles ne le sont aujourd’hui. Barbora Krejcikova a remporté le titre l’an dernier, et personne ne l’avait vue venir, même si elle a confirmé depuis… Donc, même avec une Swiatek largement favorite, on ne sera pas à l’abri de surprises, encore cette année, chez les filles. »

«Le double reste une option délicate pour Elise Mertens»

Temps de lecture: 2 min

La régularité d’Elise Mertens (16 fois au 3e tour, ou mieux, d’un Grand Chelem d’affilée !) est-elle en péril ?

La Limbourgeoise vient tout juste de reprendre à Strasbourg après avoir dû soigner, durant trois semaines, une petite déchirure au quadriceps droit. « Je salue évidemment cette régularité », commente Justine. « Mais je pense quand même que le choix d’Elise de continuer en double, c’est une option délicate. Parce qu’à un moment donné, vous ne pouvez pas être sur tous les fronts. Et parfois, pour franchir certains caps, il faut renoncer aussi à d’autres choses. Après, je respecte, moi je ne suis pas dans l’intimité de Elise que je ne connais pas du tout, personnellement. Je ne regarde ça que de l’extérieur. Elle peut vraiment se targuer d’avoir une carrière où elle est assez régulière, à une époque où beaucoup de joueuses ont des carrières en dents de scie, mais il lui manque un petit peu, le coup d’éclat dans les moments où ça devient délicat, là où il faut sortir le bon match au bon moment, lors des points importants quand on est sous pression. Là, ça a souvent été beaucoup plus compliqué pour Elise. Il n’empêche que tout de même être de manière aussi régulière dans le top 20, top 30, c’est déjà assez exceptionnel. Mais pour aller plus loin, il manque cette petite audace. Avec Elise Mertens, j’ai le sentiment parfois qu’on en garde un petit peu, par crainte, sous la pédale sur les points importants. Et c’est ce qui fait, à mon sens, qu’elle ne peut pas franchir un cap supplémentaire, en sachant que je salue, bien sûr, la régularité de ses résultats. »

Y.S.

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