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Nouveau projet pétrolier de TotalEnergies: une bombe climatique et sociale

Le géant de l’énergie envisage de construire un méga pipeline en Ouganda et en Tanzanie. Les défenseurs de la cause climatique, environnementale et sociale, appellent le gouvernement belge à exprimer son opposition à un tel projet.

Carte blanche - Temps de lecture: 5 min

Selon le dernier rapport du Giec, il nous reste 3 ans pour limiter le réchauffement

climatique en dessous de 1,5º. La situation est tellement dramatique que pour la première fois, les scientifiques de ce groupe international d’experts pour le climat ont donné des solutions pour limiter ce réchauffement planétaire, en commençant par la fin des nouveaux projets de développements d’énergies fossiles (infrastructure, investissements etc.) couplée au démantèlement des installations existantes.

Pourtant, malgré un changement de nom et de nombreuses campagnes de communication prônant leur durabilité, l’entreprise française TotalEnergies, une des plus polluantes, décide de passer outre ces recommandations et de lancer le projet le plus climaticide de son histoire.

Avec le soutien de différents gouvernements dont celui d’Emmanuel Macron, TotalEnergies a pour projet de construire EACOP – East African Crude Oil Pipeline – le plus grand pipeline chauffé au monde qui traverserait la Tanzanie et l’Ouganda. La construction de cet oléoduc, long de plus de 1.400 km, soit la distance Bruxelles-Madrid, déplacerait des milliers de personnes, menacerait l’accès à l’eau de millions d’autres, détruirait les habitats – d’innombrables espèces et rejetterait des tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

Pourtant, malgré la pression des activistes, en Europe, en Tanzanie et Ouganda ainsi que le retrait de certaines banques et compagnies d’assurances du projet, des acteurs du secteur maintiennent leur soutien, permettant à TotalEnergies de continuer à rechercher des financements et de planifier la construction.

Une bombe climatique

L’impact qu’aura EACOP sur notre climat est considérable. 230.000 barils de pétrole par jour seront extraits via cet oléoduc, ce qui équivaut à 35 millions de tonnes de CO2 par an, soit 6 fois les émissions annuelles de l’Ouganda. De plus, ce pipeline de 1.443 km de long sera maintenu à température constante de 50ºC, nécessitant de l’énergie supplémentaire et générant encore davantage d’émissions de gaz à effet de serre.

Il est donc certain que si l’on veut respecter les accords de Paris et maintenir le réchauffement sous la barre des 1,5 degré, il est inconcevable qu’un tel projet voie le jour. La mise en place d’EACOP serait une insulte à des années de combat collectif pour alerter sur l’urgence climatique, mais aussi et surtout une menace immédiate pour la vie et les droits de millions de personnes dans les zones concernées.

L’Afrique de l’Est est d’ailleurs particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique, comme l’indique le Global Adaptation Index, bien que l’Ouganda et la Tanzanie ne soient ensemble responsables que d’environ 0,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Un scandale social

Si EACOP menace le climat, son impact à court terme sur les populations locales risque d’être pire. En effet, elles souffriront non seulement directement de la construction et des risques environnementaux de son exploitation mais également indirectement du réchauffement climatique (l’Afrique étant le continent le plus vulnérable aux conséquences de la catastrophe climatique).

La construction de ce pipeline et sa mise en opération toucheraient directement 100.000 personnes, qui subissent d’ailleurs déjà une pression conséquente afin de céder leurs terres qui représentent une source alimentaire et financière importante.

Les associations locales estiment que 14.000 personnes seront déplacées sans aide ou compensation financière et alertent sur les violations des droits humains qui accompagnent le projet.

L’oléoduc traverserait le bassin du lac Victoria, le plus grand lac d’eau douce au monde et une source d’eau primordiale dont dépendent 40 millions de personnes

pour vivre. Si le pipeline connaissait le moindre problème (fuite, panne), ce serait tout un écosystème et le moyen de subsistance d’une région entière qui viendraient à être pollués et donc invivables et inexploitables.

En outre, le projet EACOP constitue encore une fois un projet criminel au profit d’une entreprise basée dans un pays dit « du Nord », ayant un impact immédiat et désastreux sur les pays dits « du Sud ». TotalEnergies est une entreprise française, son chiffre d’affaires enregistre des records historiques (4 milliards d’euros au premier trimestre 2022), mais ce seront les populations ougandaises et tanzaniennes, qui paieront le prix fort de ce projet climaticide. TotalEnergie a les

mains sales, sales de néocolonialisme.

La Belgique, complice indirecte

Avec EACOP, TotalEnergies construit la plus grande bombe climatique du moment et un non-sens social complet. Les gouvernements belges, de par leur manque d’action climatique, sont complices de ce projet. En entretenant notre dépendance aux énergies fossiles, l’État belge n’envoie pas les signaux nécessaires aux entreprises comme TotalEnergies qui peuvent donc continuer le développement de nouvelles infrastructures pétrolières.

Avec 11 % de parts du marché énergétique – dont au moins 95 % d’énergies fossiles – ainsi que le plus grand réseau de stations essence dans notre pays, TotalEnergies est un acteur majeur du secteur. L’entreprise fournit également des cartes carburant fiscalement déductibles à de nombreuses entreprises, et même du carburant détaxé aux personnes ayant un statut de diplomate.

Entre les avantages fiscaux et les partenariats entre TotalEnergies et le secteur privé, de nombreux acteurs belges sont des complices indirects du projet EACOP.

Pourtant, pas un mot de leur part ou de celle du gouvernement sur le projet. Pendant combien de temps allons-nous encore tolérer l’extractivisme néocolonial et climaticide des multinationales ? À combien de méga projets destructeurs nous, citoyens, devrons-nous encore nous opposer ? Une chose est certaine, ce ne sont certainement pas les campagnes de greenwashing de TotalEnergies qui nous convaincront d’arrêter de lutter, aux côtés des activistes en première ligne, pour un changement de système basé sur la justice sociale et climatique.

*Signataires : Adélaide Charlier, Lucie Morauw, Chloé Mikolajczak, Laurie Pazienza, Valentine Hendrix, Baptiste Dutron, Heloïse Vanderheyden, Gilles Vander Borght, Antoine Van Liefferinge, Alyssa Jacquet, Brenda Odimba et Marie Gomrée, activistes pour la justice sociale et climatique ; Greenpeace Belgium ; Youth for Climate ; Grands-parents pour le climat.

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2 Commentaires

  • Posté par Naeije Robert, mardi 24 mai 2022, 9:37

    Refuser l'accès aux énergies fossiles revient à laisser les populations africaines dans le sous-développement et la misère. C'est un risque climatique bien plus grave qu'une improbable fuite d'oléoduc. Les pipelines sont la méthode la moins polluante de transport de pétrole et de gaz. Plus de 2 milliards d'humains sur terre n'ont pas accès cette l'électricité qui permet au signataires de cette carte blanche de vivre dans le confort et donner des leçons aux autres.

  • Posté par codejon jose, mardi 7 juin 2022, 15:40

    Vous avez 1000 fois raison , les donneurs de leçons sont souvent des gens dans le confort et qui veulent le rester au détriment des autres.

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