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Pourquoi les 20 Km et le Concours Reine Elisabeth ne doivent plus accepter l’argent de TotalEnergies

L’entreprise pétrolière sponsorise deux événements majeurs en Belgique. Son exploitation massive des énergies fossiles et ses investissements contestables dans certaines zones de la planète devraient convaincre les organisateurs de renoncer à ce partenariat.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Qu’ont en commun un concours de musique classique et une course populaire rassemblant des milliers de coureurs ? A priori, pas grand-chose. Quand on y regarde de plus près, on découvre néanmoins que les événements sont tous deux sponsorisés par une entreprise pétrolière bien connue : TotalEnergies. Quand on connaît la très problématique position de TotalEnergies en Russie et sa responsabilité actuelle et historique dans la crise climatique, cela pose un problème majeur.

Les deux événements jouissent en effet d’une importante renommée auprès de la population belge. Qu’il s’agisse de musique ou de sport, ils dégagent une image positive et renvoient à des belles valeurs sociétales. En s’y associant, TotalEnergies cherche à renforcer son image publique et à développer son influence sur le grand public. L’esprit même des deux organisations s’en trouve écorné.

Encore et toujours du fossile

La combustion des énergies fossiles est responsable dans le monde de 89 % des émissions de gaz à effet de serre. La crise climatique que nous vivons met en danger notre survie. Comme le déclarait en avril de cette année le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, « notre dépendance aux énergies fossiles nous tue ». Les entreprises d’énergies fossiles ont une responsabilité historique et actuelle sans précédent dans cette crise. TotalEnergies avait pleinement connaissance du lien de causalité entre la combustion des combustibles fossiles et le réchauffement climatique depuis 1971 et a choisi délibérément de ne pas agir. Pire, la multinationale a choisi d’investir dans des campagnes de communication pour semer le doute dans l’opinion et empêcher toute action climatique.

TotalEnergies axe aujourd’hui une majeure partie de sa communication sur ses prétendus objectifs climatiques et sur les énergies renouvelables. La réalité de l’entreprise n’en demeure pas moins massivement liée au fossile, principalement le pétrole et le gaz. Ainsi, les énergies fossiles représentent encore 90 % de son activité et 75 % de ses investissements. Son nouveau plan climat est très loin de respecter les objectifs fixés dans l’accord de Paris et les recommandations de l’agence internationale de l’énergie, qui préconise la fin des investissements dans les énergies fossiles dès 2021.

Les activités problématiques de l’enseigne française n’en finissent pas de défrayer la chronique. TotalEnergies est par exemple aujourd’hui engagé dans le projet pétrolier EACOP en Ouganda et en Tanzanie. Problématique à tous les niveaux, il implique la création d’un gigantesque pipeline chauffé de 1.500km de long (le plus long au monde). Il s’agit d’un désastre humain et environnemental colossal pour toute la région. Plus de 100.000 personnes voient leur activité agricole directement entravée. Le projet menace d’extinction des espèces classées sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et menace de contamination les deux plus grandes réserves d’eau douce d’Afrique de l’Est, les lacs Victoria et Albert.

TotalEnergies et la guerre en Ukraine

L’exploitation des énergies fossiles est également à la source de nombreux conflits dans le monde. C’est le cas aujourd’hui avec la guerre en Ukraine menée par Vladimir Poutine. Les pays de l’Union européenne dépensent environ 1 milliard d’euros par jour depuis le début de la guerre pour acheter des énergies fossiles produites en Russie.

Cet argent finance indirectement Vladimir Poutine et sa guerre contre le peuple ukrainien. A l’heure actuelle, TotalEnergies est la dernière grande entreprise pétrolière et gazière occidentale à ne pas avoir annoncé la fin de ses activités en Russie. Elle possède des participations financières très importantes dans des groupes pétro-gaziers russes aux mains d’oligarques proches de Vladimir Poutine. Qu’elle le veuille ou non, le maintien de ses investissements présente un risque de complicité de crimes de guerre.

La guerre en Ukraine a par ailleurs permis aux fournisseurs d’énergies comme TotalEnergies d’engranger des profits faramineux avec l’envolée des prix du pétrole et du gaz. Ces profits bénéficient directement aux actionnaires. Et cela alors que les foyers belges sont massivement impactés et que de plus en plus sont dans l’incapacité de payer leurs factures.

Redorer son blason

La multinationale se sert de l’image positive et populaire des 20 km de Bruxelles et du Concours Reine Elisabeth pour redorer son image ternie par ses activités. De nombreux autres événements ou institutions sont concernés : 10 Miles d’Anvers, Teach for Belgium, le Musée d’Art et d’Histoire… Comme l’industrie du tabac l’a fait dans le passé, en se faisant passer pour une entreprise philanthropique au service de la société et du sport, TotalEnergies ne cherche qu’à assurer l’acceptabilité sociale de ses activités industrielles destructrices.

Avec une dizaine d’organisations, nous avons interpellé les organisateurs des deux événements pour les inviter à ne plus s’associer à une entreprise qui a une telle responsabilité dans la crise climatique. Jusqu’à présent, malgré un dialogue ouvert, nos demandes n’ont pas pu être entendues.

À lire aussi Nouveau projet pétrolier de TotalEnergies: une bombe climatique et sociale

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1 Commentaire

  • Posté par lambert viviane, jeudi 26 mai 2022, 0:30

    Pourraient pas changer leur discours ? Ras le bol de leurs fatwas !

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