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Podcast – «Tout peut arriver»: un Roméo Elvis plein d’humour à la belge pour son nouvel album

Temps de lecture: 1 min

T out peut arriver. C’est le titre du nouvel album du rappeur belge Roméo Elvis. Notre spécialiste musique Thierry Coljon l’a déjà écouté, et il vous le recommande. Ça sort vendredi matin, trois ans après Chocolat, le deuxième album de l’artiste.

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Roméo Elvis sort un nouvel album: «On s’est fait une idée sur moi sans me connaître»

Roméo publie ce vendredi son troisième album, « Tout peut arriver ». Une vraie réussite !

Entretien - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 8 min

Ces trois dernières années, depuis la sortie de Chocolat, on peut aisément dire que tout lui est arrivé. Le meilleur (le succès, le mariage) comme le pire (une accusation pour harcèlement qui a déchaîné contre lui les réseaux sociaux). C’est de tout cela que parle celui qui se demande si le rap l’aime autant qu’il n’aime le rap…

Dans ces vingt-deux nouveaux textes, on retrouve votre franchise et votre honnêteté. Vous parlez de ce que vous vivez, de vos doutes, de vos craintes…

Ce n’est pas faux mais c’est en règle générale, je parle de ce qui arrive dans la vie de tout le monde. C’est vrai que ces trois dernières années, il m’est arrivé énormément de choses. Ce titre allait donc de soi.

Vous revenez sur ce qui vous est arrivé. « Je m’suis fait des haters en même temps que des thunes », dites-vous. Ainsi que « Maintenant que je suis au sommet, j’peux qu’tomber ». Le revers de la médaille du succès ?

On peut dire ça, oui. Le rap se joue beaucoup avec l’image, la crédibilité. Est-ce un vrai rappeur ou non ? Il y a beaucoup de questions qui se posent dans le rap et pas ailleurs dans le rock ou la variété.

Vous revenez plusieurs fois sur votre statut de rappeur. « Je suis la plus grosse imposture du rap français », dites-vous. « Le mainstream, ça donne le tournis »…

J’aime le rap. J’aime trop ça. Et je fais avec. J’ai juste l’impression que c’est plus compliqué pour se faire valider. Personnellement, je suis maintenant en paix avec ça. Qu’on dise que je ne suis pas un rappeur, que je suis trop mainstream, franchement je m’en fous. J’aime aussi la pop. En France, c’est très important l’image. Moi je ne me sens pas du tout là-dedans. Je ne sors pas, je ne vais pas en boîte, je suis marié, je ne bois pas d’alcool, je ne fais pas de soirée mondaine, je ne connais personne dans le milieu à part mon entourage. En fait, t’es jugé pour plus que ta musique. Tu dois représenter quelque chose. Il y a aussi le côté cheval de Troie que sont les Belges. Je trouve que les rappeurs en général n’ont aucun second degré, ils se prennent beaucoup trop au sérieux. Du coup, je ne me sens pas validé dans ce milieu. Moi je sais me foutre de ma propre gueule. C’est pour ça que je me sens un peu un intrus, un alien. Ce qui est fou c’est que tous ces rappeurs qui se prennent au sérieux, en vrai ils sont rigolos. C’est juste qu’ils sont coincés dans leur image de rap de merde. Il y a des exceptions heureusement comme Orelsan.

Vous êtes différent. C’est ça qui fait votre charme…

Peut-être, oui. J’ai l’impression que c’est comme ça depuis toujours. J’ai toujours voulu créer la discorde, être différent. À l’école déjà, je voulais créer le projet que personne n’avait fait. Au 75, l’école de photo, j’ai présenté un projet où je n’ai pris aucune photo. Le jury m’a déjà pris pour un imposteur alors que j’étais dans le concept. J’ai été un ado rebelle, fouteur de merde, écorché… Aujourd’hui, je m’adoucis. Je vais avoir 30 ans, je me dis qu’il faut que je me calme et que je ferme ma gueule.

Vous avez surtout beaucoup d’humour. Dans le parodique « Rappeur préféré », vous chantez : « Je chante mieux qu’Angèle/ J’ai plus de hits que Ninho/ Je suis plus profond que Nekfeu »… Vous citez même Cauet !

Ce n’est pas mon copain, Cauet. Je l’ai allumé sur les réseaux sociaux après qu’il s’en est pris à ma sœur. J’y reviens vite fait. En Belgique, on comprend la blague mais en France, on m’a déjà demandé s’il y avait un problème avec Angèle ou avec Omar Sy. Je dois leur dire que c’est une blague…

L’autodérision est un art très belge…

On pratique ça en permanence. En France, c’est une autre culture, clairement. « Merci Michel », je l’allume pas, c’est un hommage à Michel Drucker qui tient dans la durée, iconique, un sacré personnage… C’est aussi parti d’une blague : comme j’aime sortir du lot et que ça n’avait jamais été fait dans le rap, j’ai rendu un hommage. Quand on me demandait quel était mon but ultime, je répondais pour rigoler : « passer chez Drucker ». Finalement ça s’est fait. On est devenu potes. C’est trop cool !

Et comment se passent vos rapports avec les rappeurs français ?

Certains n’ont aucun second degré, du coup j’ai moins d’atomes crochus avec eux. Je me sens plus proche de Caballero, JeanJass, L’Or du Commun…

Du coup, une fois de plus vous prenez le contre-pied de la mode en n’incluant aucun featuring et en ne mettant pas d’autotune : deux règles incontournables du rap français !

Oui, c’est devenu quasiment un statement aujourd’hui alors qu’avant on ne se posait pas la question. Je me souviens d’un album d’Eminem sans featuring dedans. Aujourd’hui, c’est une réalité commerciale. Je me suis dit que maintenant que les gens m’attendent au tournant, c’est le moment de leur montrer que je fais de la musique moi-même sans plus passer par quelqu’un d’autre.

C’est vrai que jusqu’ici, vous étiez surtout un auteur et interprète entouré de beatmakers et de producteurs…

Oui ça, c’était avant. Avec le confinement, j’ai pris le temps de réaliser cet objectif de produire moi-même, d’apprendre à mieux composer. C’est ce qui fait aussi le charme de ce disque qui est unique en son genre. Avant, mes disques c’était moi à 80 %, celui-ci, c’est moi à du 110 %. Évidemment que je fais attention au marketing et à la promotion mais si c’est juste un succès d’estime, ça m’ira aussi.

Avec la pochette aussi, on retrouve cette nonchalance…

Oui, « je suis le roi des glandus » comme je dis. Je sais ce que je représente. Je kiffe d’être chez moi la plupart du temps.

En même temps, vous dites : « Il faudrait que j’arrête de me torturer »…

Le démon vient plus de ce que pensent les autres. C’est une réalité et c’est tout le travail de cet album. Il faut garder une pensée pure et spontanée. Je suis passé par une période compliquée où on s’est fait une idée sur moi sans me connaître. Je n’ai pas envie d’être là à me justifier tout le temps, j’ai envie d’avancer. Je me connais et je sais ce que je vaux.

On s’est attaqué à vous. « J’suis maladroit et le petit oiseau m’a fait payer les frais », dites-vous. On vous a tiré dessus : « Les mauvais ont craché sur Elvis. J’fais l’tri dans mes anciens potes »…

C’était surtout dur pour ma sœur qui s’en est pris plein… Il ne fallait pas que les gens prennent position déjà. Damso a dit ce qu’il a dit parce qu’il avait envie, rien ne l’obligeait. Il aurait pu se taire. Et de un ! Et pour ma sœur, ça n’a duré que deux jours. J’en ai parlé depuis avec Damso, c’est réglé ! L’important pour moi était de prendre mes responsabilités, de gérer la situation, de ne pas fuir la réalité. J’apprends le business, je travaille dans un milieu d’image. Le plus important est la leçon de vie que j’ai prise. J’ai grandi de ça. Ce que j’aime dans mes chansons, c’est qu’elles peuvent servir pour d’autres. On sait d’où ça vient pour moi mais ça peut arriver à plein de gens, les fausses amitiés, les harcèlements…

« Radio Culture Bruxelles » est un vrai sketch où un journaliste de rock n’en fait qu’à sa tête…

Ça m’est déjà arrivé d’être interviewé par des personnes farfelues mais là, c’est plus un gag. J’aime beaucoup Classic 21. Tu ne t’y attends pas. Tu peux vite être mis dans une case. Ce disque n’est pas très rap rap rap. Il est peut-être un peu rock mais pas beaucoup…

Il y a aussi de très belles chansons d’amour tendre dans ce disque…

Oui, dans « Kalimba », je parle de ma femme qui ne vit pas dans le même pays que moi. On ne peut pas se voir tous les jours à cause de mon métier mais en même temps, ça nous plaît ce rapport à la rareté et à l’exclusivité. C’est un message à ceux qui s’aiment loin l’un de l’autre.

Pourquoi « Quand je marche comme Ben Mazué » ?

Rapport à sa chanson « Quand je marche ». Moi je suis plus joggeur que marcheur. J’ai besoin de ça, avec mes écouteurs et un instru que je suis en train de faire, pour trouver l’inspiration pour les paroles. J’aime cette idée de s’aérer l’esprit. Le sujet est là : c’est trop cool d’avoir cette chance de faire de la musique, de pouvoir sortir s’aérer pour trouver une idée.

Vous faites votre autocritique, vous prenez vos responsabilités et en même temps vous parlez encore beaucoup de weed dans cet album…

C’est superintéressant car je me suis posé la question. Avec le succès, je me suis rendu compte que j’étais devenu un influenceur, que je devais faire attention. Mais avec le temps, je me suis rendu compte que le problème est plus global. Je vois qu’il n’y a aucun tabou autour de l’alcool qui bénéficie d’une grosse promo. Je me suis dit : je ne bois pas, je suis un consommateur de weed et ça ne me dérange pas de le dire. Ça fait partie de moi. Je ne compte plus mettre un voile. Et je suis ouvert au débat, on va dire ça…

Roméo Elvis sera le 7 juin au Botanique et le 17 juillet à Dour.

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2 Commentaires

  • Posté par lambert viviane, vendredi 27 mai 2022, 3:00

    Qui a réussi dans cette famille sans le gros soutien de la RTBF?

  • Posté par lambert viviane, vendredi 27 mai 2022, 3:00

    Qui a réussi dans cette famille sans le gros soutien de la RTBF?

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