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Saint-Gilles: six ans après avoir fait vivre une nuit d’enfer à 3 Anglais, quatre policiers condamnés à de la prison

Six policiers comparaissaient pour des faits de violences policières datant de janvier 2016. Le tribunal a décidé de condamner 4 d’entre-eux à de la prison avec sursis pour usage illégitime de la violence, arrestation illégale, détention arbitraire et traitement dégradant.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 5 min

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a décidé de condamner ce mercredi 25 mai quatre policiers de la zone Bruxelles-Midi à des peines allant de 5 à 6 mois de prison avec sursis. Tous ayant été reconnus coupables de coups et blessures sur trois jeunes hommes de nationalité anglaise, interpellés à Saint-Gilles au cours d’une soirée d’enfer. Mais ils sont également condamnés pour traitement dégradant, arrestation illégale et détention arbitraire. Un autre de leurs collègues a bénéficié d’une suspension du prononcé de la condamnation, tandis qu’un sixième policier, également impliqué dans l’interpellation, a quant à lui été acquitté.

Les faits qui ont conduit à cette condamnation se sont déroulés dans la nuit du 16 au 17 janvier 2016, et avaient été documentés par plusieurs médias à l’époque, dont des titres britanniques. Ce soir-là, trois jeunes « expats » participaient à une fête de travail, dans une habitation située avenue Brugmann à Saint-Gilles. Sur le coup de 2h45, alors que les trois amis s’apprêtaient à quitter l’habitation pour se rendre au « Tandoori Village », un snack situé près du carrefour Ma Campagne, une patrouille composée de deux policiers s’est présentée à l’adresse, donnant suite à une plainte pour tapage nocturne.

Les policiers leur ont demandé d’aller chercher le propriétaire et l’un des trois s’est exécuté, en refermant la porte derrière lui. L’un des policiers a alors mis son pied dans la porte pour la bloquer. Quelques instants plus tard, les deux membres des forces de l’ordre, accompagnés d’autres collègues, sont entrés dans le snack où s’étaient rendus les trois jeunes. Ils les ont plaqués au sol, menottés puis emmenés au commissariat. Les trois hommes ont reçu des coups violents dans la voiture puis au commissariat, coups qui ont provoqué d’importantes lésions, notamment au visage.

Images et enregistrements

Pour justifier leur intervention, les policiers ont notamment expliqué que l’un d’eux avait été intentionnellement bousculé par l’une des trois victimes lorsqu’il a voulu garder la porte ouverte. Ils ont aussi affirmé qu’elles ont crié en rue et fait des gestes obscènes, provoquant ainsi un trouble à l’ordre public. Or, a établi le tribunal, l’exploitation des enregistrements radio de la police permet d’entendre des personnes « parler haut et fort » dans la rue, mais « sans hurlements, sans insultes, et sans faire d’esclandre particulier ».

De même, il apparaît à la lecture du jugement que l’analyse des images caméras extraites du commissariat a démontré, sur le même mode, que les individus interpellés se sont comportés assez calmement en cellule, venant ainsi remettre en cause la version des policiers.

La version selon laquelle les policiers auraient eu affaire à des individus particulièrement nerveux a été également mise à mal par des membres du personnel soignant de l’hôpital Molière, où les 3 Britanniques ont été emmenés pour un « vu et soigné » avant d’être replacés en cellule. D’après son témoignage repris dans le jugement, un médecin ayant examiné l’un d’entre-eux a ainsi indiqué aux policiers que, selon les résultats de son examen, « quelque chose avait dû se passer au commissariat ». Le ton est ensuite monté entre les policiers et lui, ce dernier ayant par ailleurs savoir à la victime qu’il « était à sa disposition pour la rédaction d’un constat de lésion en cas de dépôt de plainte ». Également entendue par le Comité P, une infirmière a quant à elle déclaré que les jeunes hommes paraissaient terrorisés et a ajouté que deux des policiers n’avaient généralement pas un comportement correct avec les personnes qu’ils amenaient, étant provocateurs et agressifs.

« Ce jugement fera date »

Dans son jugement, le président a estimé que dès le départ, il n’y avait aucune « nécessité absolue » d’arrêter les individus. Il impute plus tard « la volonté manifeste de créer un rapport de force injustifié » dans le chef des policiers. « Alors que la mission de la police est de veiller au maintien de l’ordre, ils ont créé le désordre en intervenant de manière inappropriée, excessive, créant des dommages plus graves que ceux qu’ils étaient censés prévenir », a encore étayé le tribunal pour motiver sa décision. « On ne peut ni comprendre ni accepter qu’une telle banale intervention de départ ait pu mobiliser autant de policiers, tout au long d’une nuit, à l’égard de jeunes gens qui n’avaient nullement le profil de délinquants, alors qu’on sait qu’on est en manque de policiers sur le terrain et que des faits graves de délinquance se commettent chaque nuit sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale, sans pouvoir être empêchés ou élucidés ».

Pour Alexis Deswaef, avocat de l’une des parties civiles, c’est là une décision importante en matière de violences policières. « Ce jugement fera date car nous avons réussi à faire reconnaître non seulement les violences policières en tant que telles, mais aussi l’arrestation illégale, la détention arbitraire et le traitement inhumain. Ce qui est très rare, car tellement difficile à établir face à des policiers qui n’hésitent jamais à dresser de faux PV… » fait-il savoir. « Et 6 mois de prison, même avec sursis, cela reste des peines lourdes contre des policiers. En plus de l’amende et des 3000€ de dommages et intérêts à mon client.

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2 Commentaires

  • Posté par eric biltiau, vendredi 27 mai 2022, 21:43

    J'espère que les deux voyous qui ont tabassé un ambulancier seront aussi sévèrement puni.

  • Posté par Moriaux Raymond, vendredi 27 mai 2022, 20:16

    6 ans de procédure pour 6 mois de prison. J'aurais préféré l'inverse.

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