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L’énergie est aussi au cœur des préoccupations des entreprises: les dispositifs d’aide au sein de la Région wallonne

Grandes consommatrices d’énergie, les entreprises doivent évoluer vers plus d’efficacité dans ce domaine, pour réduire leur impact sur l’environnement mais aussi rester compétitives.

Temps de lecture: 5 min

Comme les citoyens, les entreprises sont pleinement concernées aujourd’hui par la flambée des prix de l’énergie et par les objectifs européens en matière environnementale. En plus des contraintes légales, elles subissent aussi parfois des pressions de la part de la société, qui est désormais plus sensible aux questions environnementales et attend des entreprises qu’elles jouent un rôle dans la transition énergétique.

Mais surtout, l’efficacité énergétique et la baisse des consommations sont un véritable enjeu de compétitivité économique pour la plupart des entreprises, peu importe leur taille. « La réalité est que beaucoup d’entre elles cherchent à réduire leurs consommations énergétiques pour des raisons financières, car cela permet de produire la même qualité et les mêmes quantités mais en utilisant moins de ressources », précise Jean-Benoît Verbeke, administrateur de Pirotech, un bureau d’ingénieurs-conseils spécialisé dans l’efficacité énergétique des procédés industriels.

Ce dernier fait aussi partie des Facilitateurs Energie qui opèrent pour la Région wallonne auprès des entreprises. Ses missions : former et informer gratuitement les PME et PMI (petites et moyennes industries) dans le domaine des économies d’énergie. Cela passe par des conférences, des formations continues ou encore des visites sur le terrain. « Certaines entreprises nous contactent avec une problématique particulière et nous nous rendons sur place non pas pour réaliser un audit, mais pour analyser la situation et discuter avec les responsables », explique le Facilitateur. « On établit ensuite un rapport dans lequel on propose quelques solutions et/ou on renvoie vers des ressources et spécialistes. »

Agir sur les procédés et les bâtiments

Aujourd’hui, le fait de réduire son empreinte carbone est trop souvent associé au recours à des dispositifs renouvelables comme les panneaux solaires, l’éolien ou la biomasse. Mais dans certains domaines d’activité (notamment l’industrie), les consommations sont telles que l’énergie renouvelable ne suffit généralement pas et n’est pas toujours la meilleure solution. « Il peut y avoir un effet pervers, car quand le renouvelable n’est pas suffisant, il faut le compenser avec de l’énergie qui provient d’autres sources moins vertes », souligne Jean-Benoît Verbeke. « Cela ne veut pas dire que les entreprises doivent mettre de côté le renouvelable, mais celui-ci représente la cerise sur le gâteau. La priorité est plutôt de diminuer leurs consommations, car c’est à ce niveau que se situent les principales économies. »

Pour réduire leurs consommations d’énergie, les entreprises ont la possibilité d’agir sur leurs bâtiments, mais aussi sur leurs procédés de production. Dans les entreprises, le processus consomme souvent bien plus que le bâtiment. C’est donc sur lui qu’il faut travailler en priorité, car c’est généralement moins coûteux et plus rentable. « Ce n’est par contre pas sans risque, car si un boulanger essaie par exemple de modifier la température de son four ou le temps de cuisson de ses pains, sa production pourrait en être affectée », précise Jean-Benoît Verbeke.

Les bâtiments, quant à eux, réclament habituellement plus d’investissements pour devenir moins énergivores, car cette démarche nécessite idéalement une rénovation complète, et non juste de petites interventions. Or, comme une majorité de logements, le bâti des entreprises est plutôt ancien et peu efficace d’un point de vue énergétique.

Efforts communs

Comme le remarque Jean-Benoît Verbeke, les investissements consentis par les sociétés dépendent souvent de la situation financière de celles-ci, et beaucoup d’entreprises cherchent avant tout des gains rapides. Il existe cependant en Région wallonne toute une série d’aides et d’incitants pour les encourager à être plus ambitieuses en matière d’énergie et d’environnement : des primes énergie à l’isolation pour les personnes physiques, des subventions pour des audits et études énergétiques, des aides à l’investissement en matière d’énergie durable (efficacité énergétique des processus et énergies renouvelables), des déductions fiscales pour les investissements économiseurs d’énergie, des prêts subordonnés pour investissement durable, des certificats verts, etc.

Des entreprises de différents secteurs de l’industrie ont aussi conclu volontairement avec la Wallonie des « accords de branche » dans lesquels elles s’engagent à améliorer leur efficacité énergétique et à réduire leurs émissions de CO2 pour une échéance précise. En contrepartie, ces entreprises bénéficient de nombreux avantages financiers et administratifs.

Certes, le dispositif a un coût, mais son impact n’est pas négligeable puisqu’il assure la performance et donc la compétitivité de nombreuses entreprises qui représentent environ 90 % de la consommation énergétique du secteur industriel wallon. En 2019 (l’année 2021 n’est pas encore disponible et 2020, pas vraiment représentative, à cause du covid), la plupart de ces entreprises et leurs fédérations avaient par ailleurs déjà atteint ou dépassé leurs objectifs 2023 en matière d’amélioration de l’efficacité énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La transition énergétique et écologique est toutefois un travail de longue haleine. C’est pourquoi il est prévu de prolonger les accords de branche et de les étoffer avec de nouveaux objectifs de transition énergétique, davantage d’outils à disposition des entreprises et une approche plus large vers de nouveaux participants (ouverture au secteur tertiaire et à des collaborations géographiques).

L’urgence climatique, les contraintes législatives et la flambée des prix de l’énergie obligent en effet à poursuivre les efforts et à les accélérer…

 

Le groupe Ploegsteert: des investissements judicieux

Temps de lecture: 3 min

Le groupe Ploegsteert fabrique des matériaux de construction depuis plus de 100 ans et possède aujourd’hui quatre sites de production en Belgique, dont le plus ancien est la briqueterie de Ploegsteert. L’entreprise a adhéré aux premiers Accords de Branche, au début des années 2000, et a poursuivi jusqu’à présent son engagement en dépassant largement les objectifs du pacte. Au lieu des 8,4 % fixés, elle a par exemple amélioré son efficience énergétique de 18,7 % entre 2005 et 2021 sur son site de Ploegsteert. L’unité de production de Barry affichait quant à elle une amélioration de 27,4 %.

Comme l’explique Francis Deboever, directeur de production, ces améliorations ont notamment été rendues possibles grâce à des audits énergétiques réguliers et des études d’améliorations énergétiques subsidiés par les Accords de Branche. « De nombreux éléments, comme l’éclairage, le chauffage du bâtiment, l’outil de production, etc., peuvent être étudiés. Des pistes d’amélioration énergétique sont ensuite mises en évidence grâce à une classification en fonction de leur faisabilité et de leur impact économique et environnemental. C’est notamment grâce à ça qu’on a installé des solutions comme des récupérations d’énergie, des optimalisations de réglage des fours, etc. »

Le groupe Ploegsteert n’a cependant pas attendu les Accords de Branche pour s’engager dans une démarche de durabilité et d’économies d’énergie. « Les briqueteries étant des entreprises relativement énergivores, on a toujours travaillé sur nos recettes pour fabriquer des produits à plus grande valeur ajoutée », précise Francis Deboever. « Dans les années 1970, par exemple, on a ajouté de la sciure de bois dans nos mélanges afin d’améliorer les caractéristiques isolantes de nos blocs, mais aussi de réduire nos consommations au niveau des fours. » Dans les années qui ont suivi, l’entreprise a toujours continué à investir dans des équipements de production modernes, avec par exemple des fours et séchoirs totalement automatisés depuis les années 1980. Les seconds permettent de sécher les produits dans des délais plus courts avec moins d’énergie.

« On explore d’autres pistes »

En bref, la stratégie de Ploegsteert se base d’abord sur la diminution des besoins en énergie grâce à l’adaptation de la composition des produits et l’investissement dans des équipements de production performants. Pour aller plus loin, le groupe reconvertit aussi ses zones d’extraction en réserves naturelles et investit dans les énergies renouvelables. Des centrales de cogénération au gaz ont ainsi été installées à Ploegsteert et Barry, et permettent de combler environ 60 % des besoins en électricité. « Nous disposons aussi de panneaux photovoltaïques, mais la production solaire reste négligeable par rapport à nos besoins, donc la cogénération est une solution plus intéressante », souligne le directeur de production. « Nous souhaitons développer l’éolien via une installation sur le site de Barry, mais actuellement, le projet coince au niveau des autorités. »

Ces investissements dans les économies d’énergie et la durabilité ont un impact bénéfique sur l’environnement, mais Francis Deboever ne cache pas que la motivation de son entreprise est en grande partie économique, puisque « les gains réalisés permettent de réinvestir dans des outils performants pour rester compétitifs et à la page ». Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la durabilité et l’efficience énergétique vont souvent de pair avec une amélioration quantitative mais aussi qualitative de la production : « Les investissements que nous avons réalisés ces dernières années dans nos équipements nous ont vraiment permis d’aller de l’avant et d’élaborer des produits plus sophistiqués. On continue donc à explorer d’autres pistes, comme la production de biogaz, ou l’hydrogène qui devrait se développer dans le futur mais reste encore trop coûteux et peu disponible. Bref, les pistes existent, mais en matière d’économies d’énergie, les derniers pourcentages sont les plus difficiles à aller chercher… »

Une Alliance belge pour rendre le secteur de la construction plus vert

Les grands entrepreneurs se sont engagés pour une construction plus verte et plus durable. Une initiative louable… qui demande confirmation dans les faits.

Journaliste en charge du Soir Immo Temps de lecture: 5 min

LAssociation des Entrepreneurs belges de grands Travaux (Adeb), qui représente les grandes entreprises de construction du pays, a accouché d’une initiative qui, si elle est très intéressante sur papier, demandera toutefois des résultats concrets à très court terme.

Au terme de la réunion annuelle de l’Adeb qui s’est tenue (après trois ans d’absence due au covid) au sein du Palais d’Afrique à Tervuren, Raymund Trost et Didier Cartage, respectivement président et directeur général de l’association, ont ainsi dévoilé la Belgian Alliance for Sustainable Construction (Alliance belge pour une construction durable). Pour immortaliser et donner encore plus de signification à l’initiative, les « précurseurs » qui ont adhéré d’emblée à cette nouvelle alliance sont montés sur l’estrade. Parmi eux, les dirigeants d’organisations importantes comme le CSTC (Centre scientifique et technique de la construction), le G30 (architectes), ORI (ingénieurs), Seco (contrôle technique des bâtiments), Beci (Chambre de commerce de Bruxelles), la Confédération Construction, l’UPSI (promoteurs et investisseurs), Febelcem (ciment), PMC (matériaux) et d’autres encore.

En clair, ce regroupement doit servir un but précis : rendre le secteur de la construction, grand pollueur devant l’Eternel, plus « vert ». Diminuer l’empreinte écologique et accélérer la transition énergétique des bâtiments sont des actions de plus en plus obligatoires et toujours plus urgentes. « L’empreinte écologique de notre secteur est intenable à moyen terme », a d’emblée asséné Raymund Trost devant un beau parterre d’entrepreneurs et de constructeurs.

Si, dans la salle certains pouvaient encore hésiter quant à la radicalité et à l’urgence des mesures à prendre, l’exposé de Serge de Gheldere, ingénieur fondateur de Futureproofed (www.futureproofed.com) qui a fait du changement climatique sa raison de vivre, les aura, on l’espère, définitivement convaincus. A ce sujet, la vidéo montrant un dinosaure venant s’exprimer à la tribune des Nations unies sur le danger lié à l’extinction des espèces a fait mouche. « Tout est lié au changement climatique », a notamment expliqué Serge de Gheldere. « Si on ne le contrôle pas, nous allons nous engager dans une inertie très problématique à plusieurs niveaux, avec de nombreuses crises à la clé (migratoire, alimentaire, guerres…). Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui paieront le prix le plus élevé. Qu’on le veuille ou non, les entreprises seront mises face à leurs responsabilités un jour ou l’autre. »

Un travail de rénovation monumental

Mais l’ingénieur a tenu à rassurer (quelque peu) l’assistance. « La décarbonisation est la plus grande opportunité du siècle », a-t-il ainsi martelé. « Le plus important est de déterminer les nouveaux besoins qui vont apparaître. L’énergie 100 % renouvelable deviendra très vite moins chère que notre système énergétique actuel. Mais pour réussir, il faudra travailler ensemble… »

La phrase sans doute la plus importante adressée aux patrons d’entreprises de construction fut celle-ci : « La transition énergétique n’est pas quelque chose que vous devez faire, mais bien quelque chose que vous voulez faire… »

Serge de Gheldere a par ailleurs fait allusion au travail monumental qui attend la Belgique pour la rénovation de son parc immobilier, passablement vétuste. Un domaine où elle accuse par ailleurs un énorme retard. « Pour atteindre nos objectifs de développement durable à l’horizon 2030, le taux de rénovation du bâti existant doit tripler dans les dix prochaines années », s’est exprimé à ce sujet Raymund Trost.

Partager les compétences

Et si l’on veut atteindre la neutralité carbone réclamée pour 2050, ce n’est plus courir qu’il faudra faire, mais galoper. « Notre planète mérite beaucoup mieux que ce qu’on fait aujourd’hui », a déclaré pour sa part Didier Cartage. A 65 ans, le directeur général de l’Adeb prendra sa retraite en mars 2023. L’Alliance pour une construction durable, c’est son initiative. « Plus que tout autre secteur, celui de la construction doit agir, il n’a plus le choix. Nous sommes tous liés par le changement climatique. Ce n’est pas un problème wallon, flamand ou bruxellois. Malheureusement, nous vivons dans un pays où la collaboration n’est pas facilitée. On assiste à énormément d’initiatives pleines de bonnes intentions mais qui n’arrivent pas à bon port. Et comme on l’a vu pendant l’exposé, notre planète nous autorise à émettre encore un peu de CO2, mais pas beaucoup plus… »

Plus que tout, Didier Cartage insiste sur un point : le partage des compétences et des expériences. « Pour réussir le défi qui est le nôtre, nous devrons nous répartir nos moyens humains et financiers », dit-il. « Un exemple parmi d’autres : aux Pays-Bas, la neutralité carbone pour les engins de chantier sera atteinte d’ici 2025. Pourquoi n’allons-nous pas voir comment ils procèdent pour faire la même chose chez nous ? Autre exemple : le béton vert existe en Flandre, mais pas en Wallonie ni à Bruxelles. Pourquoi ? »

Le moment est donc venu de secouer le cocotier. L’Alliance rendue publique à Tervuren va dans ce sens. « Je suis conscient que ce n’est qu’un premier pas et qu’il demande confirmation », conclut Didier Cartage. « Le 24 août, l’Adeb tiendra sa première réunion de travail pour définir concrètement ce qu’il y a lieu de mettre en place. Il faut faire table rase du passé et des clivages qui existent dans notre secteur, pour mettre enfin le climat au-dessus de tout. Mais je suis confiant, car réunir tous les précurseurs autour de notre initiative n’était pas évident. Et pourtant, il ne m’a pas fallu plus de dix minutes pour convaincre chacun d’eux… »

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1 Commentaire

  • Posté par STORDIAU Pierre, vendredi 24 juin 2022, 12:31

    La "Transition Energétique" devrait être pensé de manière holistique ; c-à-d dans sa globalité. Actuellement nous assistons (localement et mondialement) à des positionnements protectionnistes où les objectifs des COP sont loin d'être suivi .

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