Accueil Monde France

France: double plainte pour viol contre Chrysoula Zacharopoulou, le gouvernement réagit

Une enquête a été ouverte après le dépôt de deux plaintes pour viol visant Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d’Etat chargée du Développement, qui se voit reprocher par des patientes des gestes qu’elle leur aurait imposés quand elle exerçait comme gynécologue.

Temps de lecture: 4 min

La première plainte dénonçant des faits de viol a été déposée le 25 mai et l’enquête ouverte deux jours plus tard, avant une deuxième plainte en date du 16 juin pour des faits de même nature, a indiqué mercredi le parquet de Paris.

Selon l’hebdomadaire Marianne, les faits reprochés à Mme Zacharopoulou auraient été commis dans le cadre de sa profession de gynécologue, et concerneraient pour la deuxième plainte une femme majeure. L’enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

Jeudi matin, la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire s’exprimait sur le sujet sur le plateau de franceinfo. « La justice est saisie, elle va se prononcer », a-t-elle réagit. « Nous enjoignons les femmes, qui possiblement ont été victimes, à porter plainte devant la justice, à parler et nous laissons la justice légiférer. Si ces plaintes devaient donner lieu à d’autres faits de justice, des décisions seraient prises ». Avant de souligner l’importance de l’indépendance de la justice : « il est indispensable que la justice puisse travailler indépendamment du pouvoir politique, indépendamment de l’exécutif, pour qu’elle puisse mener à bien ses investigations et porter un diagnostic et une réponse ».

Mal à l’aise

Une troisième femme, Jade (prénom modifié), aujourd’hui âgée de 26 ans et vivant en région parisienne, a raconté mercredi à l’AFP avoir consulté Mme Zacharopoulou pour des problèmes d’endométriose, dont cette gynécologue franco-grecque de 46 ans a fait sa spécialité.

Le rendez-vous, pris avec Mme Zacharopoulou pour sa renommée et spécifiquement parce que c’est une femme, s’est déroulé fin 2016 en présence d’un stagiaire médecin homme. Selon le récit de Jade, la gynécologue « a obligé son stagiaire à m’ausculter ». Au moment où les pieds de la patiente étaient dans les étriers, la médecin spécialiste « sentait que j’étais pas du tout à l’aise, lui n’était pas du tout à l’aise non plus, mon corps était fermé, bloqué, il le sentait », a-t-elle décrit.

« Ensuite, c’était à son tour à elle. Elle m’a dit, en me tutoyant : “Tu vas devoir ouvrir. Moi, je ne suis pas lui”. Elle essayait, essayait, elle n’était pas contente du tout, et moi j’étais très nerveuse, tendue et bloquée », a-t-elle affirmé.

La jeune femme a précisé ne pas se souvenir si la gynécologue avait recueilli son consentement avant de l’ausculter, comme le font aujourd’hui un nombre croissant de praticiens.

Ni plainte ni signalement

Jade, qui dit avoir vécu cet événement « au moins comme une agression sexuelle », n’a pas porté plainte à ce stade. « Je me disais que personne ne me croirait, mais aujourd’hui c’est différent », a-t-elle dit, en ajoutant qu’elle « hésite » à le faire.

Sonia Bisch, fondatrice de StopVOGfr, a indiqué à l’AFP que son collectif contre les violences obstétricales et gynécologiques avait « reçu trois témoignages » la concernant, datant de 2013, 2016 et 2020, évoquant « des violences gynécologiques (…) provenant de trois autres patientes qui n’ont pas porté plainte. »

Née à Sparte, Mme Zacharopoulou a fait ses études en Italie avant d’exercer en France, à l’hôpital militaire Bégin de Saint-Mandé (Val-de-Marne) puis aux Hôpitaux de Paris (AP-HP), notamment à Tenon dans le service du Pr Émile Daraï, sous le coup d’une enquête pour des accusations de viols.

Prenant « complètement en considération les plaintes des femmes », Joëlle Beaisch Allart, présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, a indiqué à l’AFP être « très inquiète de l’usage actuel du mot viol pour qualifier des examens médicaux, notamment gynécologiques, sans la moindre intention sexuelle ».

Secrétaire d’Etat

Chrysoula Zacharopoulou – élue en 2019 sur la liste Renaissance au Parlement européen, où elle a notamment siégé à la commission des droits de la femme – est une médecin engagée de longue date sur la question de l’endométriose. Elle avait remis l’an dernier un rapport sur le sujet au gouvernement français.

Mme Zacharopoulou est entrée fin mai au gouvernement au poste de secrétaire d’Etat chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux, auprès de la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères.

Mme Zacharopoulou a évoqué mercredi sur Twitter un déplacement à Bruxelles mais elle n’a pas réagi à ces révélations et n’a pas répondu à l’AFP.

Plusieurs ministres accusés

Plusieurs ministres actuellement en poste sont accusés de violences sexuelles, dont le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, visé par une plainte pour viol, classée sans suite dans un premier temps puis relancée et pour laquelle le parquet a requis un non-lieu début 2022.

Plus récemment, le ministre des Solidarités Damien Abad a été accusé de viols. Le parquet de Paris a fait savoir qu’il n’ouvrait pas d’enquête préliminaire « en l’état ».

Ces accusations ont suscité critiques et mobilisations, notamment au sein des mouvements féministes.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

7 Commentaires

  • Posté par Schoonbroodt Hubert, jeudi 23 juin 2022, 19:16

    Je vais tous les 6 mois chez un urologue. Il me fait une échographie et un toucher rectal. La prochaine fois, je pourrais aussi me plaindre de viol alors.

  • Posté par Mauer Marc, vendredi 24 juin 2022, 7:57

    Il semblerait que maintenant, le praticien doive nous demander si nous sommes d’accord pour subir l’examen. Et, vu que c’est un échange oral, qu’il n’y a pas de document signé, quelle en est l’utilité ? Car bien entendu, vous avez raison : lorsque nous allons chez l’urologue, nous savons pertinemment ce qu’il va nous faire, et qui est loin d’être agréable. Mais, refuser l’acte, c’est aussi refuser la suite : le diagnostic et les soins ! Il y a une logique qui m’échappe. Une fois de plus, le sachant est ramené au niveau de l’inculte. Ayant subi de nombreuses interventions chirurgicales, j’imagine le futur travail des infirmières : obligées de demander le droit de pratiquer leur métier, à chaque acte posé. Cela va améliorer la productivité ! La logique est quand même que lorsque l’on se présente chez un praticien, on crée un « lien thérapeutique de confiance », l’autorisant à exercer son métier. J’admets que le patient doit avoir compris ce que l’on va lui faire, mais cela suffit ! Si cela ne lui convient pas, il s’en va. Mais aller chez le gynécologue en refusant le toucher vaginal … cela confine à l’absurde.

  • Posté par Mauer Marc, jeudi 23 juin 2022, 15:27

    Bonjour à ceux qui ne vont lire que le titre, et retiendrons le terme « viol » …

  • Posté par Jeanine Delhait, jeudi 23 juin 2022, 13:38

    ca devient un monde de fous!

  • Posté par Le Maigat Damien, jeudi 23 juin 2022, 11:13

    Les proctologues ont du souci à se faire...

Plus de commentaires

Aussi en France

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une